Week-end Première

Érotisme et érosion : quel rapport ?

Faire l’amour dans les dunes : une mauvaise idée pour l’environnement ? Aux Canaries, les touristes sont si nombreux à s’ébattre dans les dunes qu’ils les détruisent. Une étude vient de le montrer. Le scientifique Pasquale Nardone saisit l’occasion pour se pencher sur la façon dont se forment et se déforment ces montagnes de sable.

The Journal of Environmental Management publie un article de Levi Garcia Romero, du groupe de géographie physique de l’université de Las Palmas, à Gran Canaria. 46% des îles Canaries, situées en plein Océan Atlantique, à l’Ouest du Sahara Occidental, sont protégés, tout comme le sont plus de 360 hectares de dunes. Les scientifiques et les géographes surveillent donc le comportement de ces dunes mais aussi celui des êtres humains qui les parcourent !

L’impact de l’humain

Il faut savoir que Gran Canaria se caractérise par un tourisme gay assez important, explique Pasquale Nardone. 15% du tourisme est essentiellement homosexuel, basé sur les 5 'S' (Sand, Sun, Sea and Sex with Strangers) ou Cruising, c’est-à-dire des rencontres sexuelles anonymes dans les lieux publics, en particulier dans les dunes.

"On a ainsi pu répertorier 289 sex spots sur plein de 5760 m² de dunes. Or, qui dit rapports sexuels dit activité physique, et cela implique la destruction des plantes endémiques qui n’existent que dans ces îles. Ces plantes étant détruites, la structure physique des dunes est déstabilisée."

Protéger les dunes

L’étude menée par Levi Garcia Romero consiste à repérer ces zones, de manière à mettre en place un système de sécurité, par exemple à autoriser ces pratiques uniquement dans certains lieux, ou à stabiliser certains lieux pour les rendre plus facilement accessibles, sans destruction pour les dunes. On cherche ainsi à comprendre le système de relations entre les activités des humains et la destruction des dunes.

La fragilité des dunes s’explique par le fait qu’elles ne sont formées que de sable, des petits grains qui vont de 2 mm (du gravier) à 0.06 mm (du limon), composés de silicates, de minéraux, de coquillages, de débris organiques, de calcaire, issus de l’érosion due aux vents, aux pluies, à la mer.

Le comportement physique des milieux granulaires est extrêmement compliqué. Les physiciens étudient toujours comment se comportent ces grains de sable, ni liquides ni solides, comment les dunes se forment et se déplacent. Si on observe par exemple la dune du Pilat, dans les Landes françaises, haute de 106 mètres, on observe que la pente qui descend vers la mer ne fait que 5 ou 6°. Par contre, la pente qui redescend vers la forêt fait 30°. Pourquoi ?

De plus, les dunes se déplacent. Le mouvement du vent déplace les grains. Les dunes interagissent aussi entre elles : quand l’une se déplace, elle contrecarre le vent, ce qui fait se déplacer d’autres dunes. Tous ces mouvements entraînent soit une disparition des dunes, soit un déplacement vers l’intérieur les terres, ce qui n’est pas souhaitable. D’où l’intérêt de planter, comme on le fait sur la Côte belge, des oyats pour fixer la dune et solidifier la structure de sable, ou de planter des forêts comme dans les Landes, pour protéger les sols de l’érosion systématique due au vent.

L’étude du déplacement des sables et de la formation des dunes est donc essentielle pour maintenir l’esthétique de la côte, pour garantir l’écologie et la biodiversité des dunes.

Chez nous, marcher dans les dunes ne serait donc pas une bonne chose ? En région flamande, Natuur en Bos surveille les dunes et les protège via des chemins balisés, desquels on ne peut pas dévier, pour ne pas mettre en péril les structures des dunes de la Côte.
 

La chronique Pasquale ramène sa science, c’est par ici

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