Week-end Première

Education : 'Les maths en douceurs' : un livre de recettes sucrées à réaliser avec les enfants, pour leur faire aimer les maths !

Pourquoi les mathématiques donnent-elles des sueurs froides à tant d’enfants et d’adultes ? Peut-on vraiment 'rééduquer' ceux qui ont du mal à appréhender les chiffres ? Dans quelle mesure la pâtisserie est-elle une excellente alliée ? Les maths en douceurs, c’est l’outil qu’il vous manquait pour cuisiner, avec vos enfants ou petits-enfants, de savoureux desserts, tout en rendant les mathématiques joyeuses ! Explications avec Maryse Collignon.

Maryse Collignon, logopède, experte en rééducation des mathématiques par le jeu et la manipulation, publie Les maths en douceurs, un livre de recettes sucrées qui vise à aider les enfants à mieux appréhender les mathématiques grâce à des jeux concrets, pour tous les âges (Éditions Averbode).

Banana bread, madeleine, muffin, mousse au chocolat… les recettes sont imaginées par l’institutrice Valériane Gréban, finaliste du Meilleur Pâtissier. Et à côté des recettes, on profite d’activités manuelles particulièrement ludiques, imaginées par Maryse Collignon.

Mais pourquoi les maths sont-elles si compliquées ?

Si tant de personnes éprouvent des difficultés mathématiques à l’école, c’est probablement parce que certains apprentissages arrivent trop tôt par rapport à la maturation du cerveau. Une multiplication à 8 ans, c’est compliqué, surtout si l’on utilise d’emblée le signe 'x', en demandant à l’enfant de comprendre ce concept abstrait. Il y a clairement un manque de manipulation, la solution, c’est d’être plus concret.

Il faut toutefois distinguer les personnes pour qui les maths ne sont pas aisées et les dyscalculiques à proprement parler, pour qui c’est une pathologie, comme l’est la dyslexie, explique Maryse Collignon.

Contrairement aux difficultés mathématiques, la dyscalculie est un trouble des apprentissages, une pathologie qui est durable et va persister toute la vie. Les enfants présentent des difficultés du raisonnement logico-mathématique. C’est donc vraiment la logique qui pose problème.

"Ils ont appris, ils savent qu’1 + 2, ça fait 3, mais dès qu’il faut rendre ça concret, ça ne fonctionne plus. Les dyscalculiques sont très forts pour retenir par coeur des procédures, et c’est ainsi qu’ils arrivent à faire le calcul. Mais le gros problème est que dès qu’on change un tout petit peu le calcul, ils sont complètement perdus."

La recette est alors de repasser à la manipulation et à la compréhension de ce que l’enfant est en train de faire. On reprend du matériel, des pailles, des allumettes, des playmobils, et on recompte et on vit vraiment les choses.


Rendre les apprentissages concrets

Les activités proposées autour des recettes du livre Les maths en douceurs impliquent donc de toucher les choses.

"On avait envie de faire vivre les choses par l’enfant pour qu’il puisse s’imprégner et que les apprentissages deviennent concrets pour lui. On demande par exemple à l’enfant de calculer une moyenne en fonction des fraises dont il aura besoin pour une recette, et grâce à cela, il le vit, même sil ne sait pas ce qu’est une moyenne à la base", explique Maryse Collignon.

Certains enfants en ressortent avec un sourire incroyable. Et une fois qu’ils ont compris et qu’ils maîtrisent quelque chose, ça devient un plaisir et un jeu pour eux et ils ne font que le redemander : "On peut encore faire ça ?"

L’adulte accompagne l’enfant dans la réalisation des recettes. Le mieux est qu’il lise l’activité avant, pour être à l’aise avec les différentes notions, même si ce ne sont pas des notions très compliquées, précise Maryse Collignon. Il y a trois niveaux d’activités mathématiques pour chaque recette, selon les âges.

Il faut pouvoir choisir le moment opportun, on ne fait pas la recette vite fait entre deux tâches ménagères. On s’installe, on réfléchit ensemble, on va faire les courses éventuellement. On demande beaucoup l’avis de l’enfant. L’objectif est de le mettre en réflexion, de le rendre acteur, qu’il n’attende pas une réponse toute faite de l’adulte, mais qu’il essaie d’imaginer et de réfléchir.


"Les mathématiques sont particulièrement blessantes pour les enfants"

Dans son activité professionnelle, Maryse Collignon travaille beaucoup avec des psychologues, parce que, pour cet apprentissage, un grand soin est apporté au contexte de la vie de l’enfant.

Quel lien avec les mathématiques ? C’est parce que l’enfant n’est pas qu’un apprenant. Il est une personne à part entière. Il a une personnalité, un contexte de vie, il a des parents, des frères et soeurs, une place au sein d’une famille, une place spécifique au sein de l’école aussi. Chaque enfant est à prendre dans sa globalité. Il faut pouvoir entendre tout cela, ainsi que ses éventuelles souffrances. Les enfants se moquent entre eux quand un enfant n’arrive pas à faire certaines choses ; certains se blasent mais pour d’autres, c’est plus difficile et ça les touche vraiment.

Je trouve que les mathématiques sont particulièrement blessantes pour les enfants, parce qu’elles sont très souvent associées à l’intellectuel. Des enfants qui ont des difficultés mathématiques sont souvent connotés 'bêtes'. Alors que pas du tout.

C’est ce qui explique qu’en tant qu’adultes, nous avons le souvenir de ces brimades-là. On a parfois l’impression que si on n’a pas compris tout de suite un concept, on n’y arrivera jamais, que ce n’est pas fait pour nous.

"Alors que pas du tout en fait, il y a vraiment des apprentissages qui arrivent trop tôt dans le développement de l’enfant ou pour nous, en tant qu’adultes. Parfois aussi les mathématiques nous mettent dans un état incroyable de panique et on n’est plus du tout capable de réfléchir."
 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK

{INREAD}