Week-end Première

Coronavirus : la fin du rêve chinois pour les entrepreneurs belges ?

Comment les entrepreneurs belges installés en Chine ont-ils vécu l’épidémie de Coronavirus ? Ont-ils été accompagnés par des mesures de soutien, pour sortir de la crise ? Est-ce la fin du rêve chinois ? Réponses avec le chocolatier Pierre Marcolini, qui répond à une autre question qui nous brûle les lèvres : aurons-nous toujours du chocolat dans les mois qui viennent ? 

Pierre Marcolini est implanté en Chine depuis 2016 avec 6 boutiques, 4 à Shanghai, 2 à Hanzu ; de nouvelles boutiques devraient ouvrir prochainement à Pékin. Il investit pour se déployer là-bas, puis arrive le Coronavirus. Comment a-t-il vécu cette situation ?


Le Nouvel An chinois marqué par le coronavirus

C'est à la mi-janvier que Pierre Marcolini a entendu parler pour la première fois du coronavirus. Sa collaboratrice en charge du déploiement de la Maison Marcolini sur la Chine, Jeanne Guillet, l'a alerté sur ce virus qui touchait la région de Wuhan, qui avait dû complètement fermer.

Marcolini a donc dû, dès la fin janvier, fermer ses boutiques à Shanghai, avec les conséquences financières que cela implique. 

"Il faut savoir que le nouvel an chinois prend une proportion inimaginable là-bas et dure pratiquement un mois. La Chine est totalement à l'arrêt : un milliard et demi de Chinois ne font rien pendant cette période, à part consommer dans des proportions  outrancières."

Février a aussi été catastrophique, avec la Saint Valentin qui a été perdue.


Le revenge market

Avec le déconfinement, Pierre Marcolini constate aujourd'hui un effet inverse : les gens pratiquent le revenge market, c'est-à-dire qu'ils consomment, à nouveau, de façon hallucinante.

Les boutiques Marcoloni ont réouvert mi-mars et les chiffres d'avril sont encourageants.

"On est fasciné par la vivacité de ce marché, par la rapidité, par la manière dont ces gens se mettent au diapason. Je rappelle qu'il y a 30 ans, on se posait la question de savoir comment les Chinois allaient nourrir leur population. Su un milliard 200 millions d'habitants, il y a 850 millions qui s'en sont quasiment sortis et qui ont aujourd'hui un pouvoir d'achat qui dépasse 1500 euros net par mois. Ils ont redressé d'une façon incroyable. Moi, je pense que c'est la première puissance économique.

En tant qu'entrepreneur, j'y vais depuis une petite dizaine d'années. Et quand vous arrivez à Shanghai, vous vous dites, c'est marrant, ça ça n'existait pas, ça non plus... Il y a une rapidité d'exécution absolument hallucinante. On sent que ce sont des gens qui sont capables de s'adapter, sans parler de l'internet, de l'e-commerce, où ils vont très très vite."


Quel soutien de la part des gouvernements chinois et belge ?

Le gouvernement chinois a mis en place un abattement au niveau des taxes, qui a été assez radical et a permis de soutenir l'économie, explique Pierre Marcolini.

"Du côté des Malls, où la Maison Marcolini est implantée, les loyers ont été diminués sans discuter, on sentait vraiment l'esprit de solidarité."

Les aides du gouvernement belge n'ont concerné que la Belgique et absolument pas l'export. Mais il a pu avoir recours, pour son personnel de production en Belgique, au chômage technique pour force majeure, une mesure essentielle qui a très bien fonctionné.

"Il n'y a pas d'emploi menacé pour l'instant chez Marcolini, mais la reprise est compliquée. On est à moins de 60% de chiffre d'affaires dans les villes, et ce n'est pas suffisamment compensé par le commerce en ligne. On est en phase d'apprentissage dans ce domaine."


Quid de l'avenir ?

Pierre Marcolini nous rassure, il y aura encore du chocolat ! Les stocks sont énormes, de quoi tenir jusqu'à l'année prochaine.

"Il y a eu un ralentissement des transports maritimes en février, mais je pense qu'à partir de juin, juillet, on va revenir à la normale."