Week-end Première

Audrey Vanbrabant : "C’est important que les enfants puissent avoir des modèles qui leur ressemblent"

Elles s’appellent Andrée De Jongh, Edith Cavell, Jeanine Lambotte, Soeur Emmanuelle ou encore Marie Mineur. Elles ont marqué l’histoire de la Belgique. Elles sont surprenantes, courageuses, fortes, intelligentes, emblématiques, sauf qu’on ne les connaît pas vraiment très bien. Audrey Vanbrabant nous propose, à nous et à nos enfants à partir de 8 ans, de découvrir ces femmes parfois un peu oubliées.
 


Audrey Vanbrabant publie Les 30 femmes qui ont marqué l’histoire de la Belgique, aux Editions Auzou. Ce nouveau titre de la série documentaire 100% belge 'Les 30' sortira ce vendredi.


 

Audrey Vanbrabant est journaliste indépendante, mais aussi féministe. Son livre est en quelque sorte un acte de militantisme face à une histoire trop masculine, "dans le sens où ce livre tente de faire la part belle à des femmes que l’on a oubliées, à revaloriser leurs compétences, leur travail, toutes les luttes qu’elles ont menées et tout ce qu’elles ont pu faire, que ce soit au début du siècle passé ou encore aujourd’hui."

Si on les a oubliées, c’est parce qu’elles étaient femmes, parce qu’elles n’avaient pas les mêmes droits, parce qu’elles n’avaient pas droit à la même place. Quand on regarde ce qu’on nous a enseigné à l’école, l’histoire est principalement masculine, principalement blanche, ajoute Audrey Vanbrabant.
 

"J’en ai certainement oublié plein !"

Audrey Vanbrabant s’est arraché les cheveux sur le casting, pour sélectionner les 30 femmes qui figurent dans son livre. Il regroupe des femmes de tous les horizons : la politique, comme avec Antoinette Spaak, le sport avec Nafissatou Thiam, la résistance avec Andrée De Jongh, ou encore la médecine, le droit…

"Trente, ce n’est pas beaucoup et en plus je triche un peu, parce qu’il y a des pages qui regroupent les nouvelles militantes écologistes et donc j’ai pu en mettre plus qu’une.

Mais ce n’était pas facile de choisir car il y a un tas de femmes qui mériteraient d’avoir une double page et je pense que ce livre mériterait d’avoir un 2e, un 3e, un 4e tome, parce qu’il y en a énormément qui ont des choses à raconter."

 

Le livre est présenté de façon ludique, avec de très beaux dessins de l’illustratrice Jialei Sun, avec des photos d’archives ou actuelles.

Le texte est écrit pour des enfants mais les adultes y apprendront aussi beaucoup de choses. Il est scindé en 4 parties :

  • naissance, enfance, jeunesse,
  • en quoi ces femmes se sont illustrées et comment,
  • ce qu’elles ont changé en Belgique ou dans le monde,
  • puis leur actualité ou leur fin de vie.

 

Quel point commun entre ces femmes ?

Audrey Vanbrabant aurait voulu que toutes les femmes mentionnées dans son livre aient lutté, d’une manière ou d’une autre, pour l’émancipation des femmes.

"Après, je ne pense pas que je peux me permettre de les lier comme ça, parce que ce n’est pas forcément une volonté que certaines d’entre elles ont eu ou ont. Mais à travers mon regard, ce qui les lie, c’est qu’elles ont changé quelque chose, qu’elles ont permis à d’autres femmes d’entrer dans des milieux qui n’étaient pas forcément très incluants pour elles, comme la politique ou le journalisme. Donc, elles ont un peu ce statut de 'game changer' ; elles ont bousculé les règles du jeu."

 

Si, pour elle, Nafissatou Thiam et Angèle ont déjà marqué l’histoire, c’est par la renommée et l’aura qu’il y a autour d’elles, leurs médailles, leurs exploits, leur rôle très fédérateur.

"C’était aussi important parce que c’est un livre qui est pour les enfants d’abord, puisqu’Auzou est une collection jeunesse avant tout. C’est important d’y mettre des femmes que les enfants ont déjà vues, qu’ils voient encore aujourd’hui à la télé, et qui feront encore l’histoire de la Belgique après ce bouquin."

Que peut changer ce livre ?

Pour Audrey Vanbrabant, c’est important que tous les enfants puissent avoir, à un moment ou un autre, des modèles qui leur ressemblent.

"Si je repense à mon enfance, j’aurais aimé lire un livre avec plein de femmes fortes qui font à peu près tous les métiers possibles et imaginables, et qui ne sont pas cantonnées à un seul et unique rôle. Je pense que cela peut permettre de donner des modèles, des clés de réflexion aussi.

Il y a tout un glossaire à la fin du livre, auquel je tiens beaucoup, parce qu’on vulgarise des termes très actuels et très importants comme : qu’est-ce que c’est être une personne transgenre ? Qu’est-ce que ça veut dire LGBTQIA + ? Qu’est-ce que c’est une identité de genre ?"

Et je pense que c’est important aussi de pouvoir comprendre rapidement ces termes, pour après, pouvoir en faire quelque chose de bien.

 

Les femmes font-elles du journalisme autrement ?

En tant que journaliste, Audrey Vanbrabant ne pense pas que les femmes analysent les choses autrement ou voient des choses différentes.

"Je pense que c’est important qu’on fasse, toutes et tous, les choses de la même manière, sans que ce soit forcément genré, sans que ce soit forcément défini comme tel. Je crois que Jeanine Lambotte, c’est aussi ce pour quoi elle se battait, pour qu’on la laisse faire du journalisme et de la présentation comme les hommes de son époque le faisaient."

Après on a tous nos biais. Et ce qui transpire dans mon travail, c’est le fait que j’essaie de visibiliser un maximum de femmes, toutes les femmes. Je ne sais pas si c’est une manière particulière aux femmes de le faire, mais moi, c’est comme ça que je regarde le monde et que je pratique mon métier.

 

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