Week-end Première

A quoi servent les philosophes ?

Est-ce que philosopher, ce n’est pas se prendre la tête pour rien ? se demande-t-on souvent. Le philosophe Matthieu Peltier nous répond.

C’est vrai qu’on peut s’interroger sur le sens de certaines questions philosophiques. Dans la Grèce Antique, les philosophes se posaient la question du changement, en se demandant si Socrate assis était la même personne que Socrate debout. Descartes se demandait si on pouvait être sûr que la réalité existe.

On dirait de l’extérieur que les philosophes aiment couper les cheveux en quatre, voire carrément chercher des problèmes là où il n’y en a pas. Matthieu Peltier ne croit cependant pas que ce soit le cas.


S’étonner des choses de tous les jours

"Il est certain que réfléchir toute sa vie à la question de l’être ne va remplir votre frigo, ni à payer votre emprunt. Mais l’homme ne se nourrit pas exclusivement de pain, est-il déjà écrit dans les Evangiles. Et nous avons tous, à certains moments de nos vies, un besoin de sens, qui va bien au-delà d’une utilité purement technique. Parce qu’en fait, c’est étonnant la réalité. C’est étonnant qu’il y ait une réalité avec du temps, de l’espace, de la matière, des gens dedans qui ne comprennent rien. En fait, philosopher, c’est ne pas parvenir à trouver ça normal."

Philosopher, c’est se comporter vis-à-vis de l’univers comme si rien n’allait de soi, a dit Vladimir Jankélévitch.

Pour Arthur Schopenhauer, avoir l’esprit philosophique, c’est être capable de s’étonner des événements habituels et des choses de tous les jours, de se poser comme sujets d’études ce qu’il y a de plus général et de plus ordinaire.

Les enfants sont d’ailleurs souvent habités par cet étonnement-là et c’est plus tard, que certains l’enfouissent, observe Matthieu Peltier.
 

S’équiper pour faire face aux contradictions

A défaut d’utilité, la philosophie rendrait-elle heureux ? Matthieu Peltier ne pense pas que la philosophie soit un chemin qui mène nécessairement au bonheur. On meurt toujours trop tard, disait Cioran.

Mais il n’est pas certain qu’être heureux soit le but ultime. Qui troquerait son intelligence et sa lucidité contre un état de bonheur plus élevé ? Car notre soif de comprendre est un moteur puissant, même s’il n’est pas directement lié au fait d’être heureux.

Finalement, philosopher, c’est s’équiper pour faire face aux contradictions, c’est se donner les moyens de ne pas être complètement submergé par le flou et la confusion que les grandes questions suscitent en nous.

"Si la philosophie ne donne au final pas vraiment de réponses définitives, elle permet de cartographier notre difficulté à comprendre le monde, et cela nous donne cette capacité critique de nous méfier des propositions simplistes qui justement pourraient nous faire croire que tout est simple, que tout est normal, et qu’il ne faut surtout pas se prendre la tête."

 

Retrouvez Matthieu Peltier ici

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