Week-end Première

A quoi sert l’OMS ?

Depuis la pandémie, l’Organisation Mondiale de la Santé s’est retrouvée au centre du débat, notamment lorsque Donald Trump a décidé d’arrêter de la financer. L’OMS donne des directives aux Etats en matière de santé publique, qui décident de les ignorer ou pas. Elle envoie des experts dans les pays qui connaissent des problèmes de santé, mais ils n’obtiennent pas toujours les autorisations nécessaires pour faire leur travail. Alors à quoi sert vraiment l’OMS ? Est-elle vraiment indépendante, utile, efficace ? A-t-elle les moyens de ses ambitions ?

On fait le point sur la question avec Jean Macq, médecin, professeur de santé publique à l’UCL, spécialiste de l’organisation des soins de santé.

L’Organisation mondiale de la Santé, c’est 194 Etats membres, un budget de 5,89 milliards de dollars pour deux ans, plus de 7000 personnes qui travaillent dans 150 pays différents, dans l’objectif d’améliorer la santé mondiale.


L’OMS est-elle à la hauteur ?

L’organisation est à la hauteur de ce que les pays veulent bien en faire, répond Jean Macq. Ce qui est intéressant avec la crise Covid, c’est que revient en avant toute la question du multilatéralisme, qui peut avoir deux facettes :

  • la facette de l’OMS, qui serait une facette plutôt politique, qui combine une série de conseils techniques.
  • une facette plutôt économique : dans les années 2000 et même avant, on a vu surgir des initiatives publiques/privées, telles que Gavi, l’Alliance du Vaccin, qui veut développer les possibilités d’accès à la vaccination pour les enfants des pays plus vulnérables.

"C’est vraiment le moment de repenser, au travers de l’OMS, un multilatéralisme dans le domaine de la santé qui mette en avant la dimension plutôt politique, donnant la parole à tous les acteurs et tous les pays du monde dans le domaine de la santé, avec des experts du domaine de la santé."


Quelle indépendance ?

Un débat a cours depuis nombre d’années sur la façon de réformer l’OMS. L’organisation a en effet connu de nombreuses critiques, notamment sur le fait qu’elle ne réagissait pas suffisamment vite, qu’elle manquait d’indépendance, puisqu’elle n’a pas la capacité d’agir sans l’autorisation des Etats. Et plus récemment encore, Donald Trump ne l’a pas épargnée.

Ce manque d’indépendance est vrai dans la mesure où l’OMS ne peut intervenir dans un pays qu’avec l’autorisation de ce pays, explique Jean Macq. Un règlement sanitaire international, rédigé avant les années 2000, devait pourtant permettre à l’OMS d’agir de manière indépendante dans les pays. Mais malgré cela, de par sa constitution, son financement, son lien avec les Etats Nations, la situation n’a guère évolué.

L’OMS ne peut pas ou a des difficultés à agir sans l’autorisation des Etats. L’OMS ne peut pas aller en Chine pour essayer de déterminer l’origine du coronavirus, sans l’autorisation de la Chine, ni aux Etats-Unis sans l’autorisation des Etats-Unis, etc…
 


>> A lire aussi : Origine du coronavirus : les experts de l’OMS attendus en Chine n’ont toujours pas reçu les visas nécessaires >>



Quel pouvoir ?

Aucun des Etats membres ne peut imposer que l’OMS puisse avoir plus de pouvoir. L’OMS a la particularité d’avoir une représentation assez équilibrée de tous les Etats, y compris ceux qui n’ont pas le financement nécessaire ou qui sont les plus pauvres. A l’OMS, des Etats comme les pays africains ou asiatiques ont un pouvoir plus important. Contrairement à d’autres institutions comme la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international, dont le directeur vient systématiquement de l’Union Européenne ou des Etats-Unis.

Les experts qui travaillent à l’OMS font partie des meilleurs, mais en assurant un certain équilibre entre les composants de l’OMS, précise Jean Macq. C’est un mix. Imaginons que tous les meilleurs experts en vaccins ne soient que des Belges, cela risque de ne pas fonctionner à l’OMS. Il faut toujours respecter un équilibre parmi les experts, entre les différents pays, entre les différents continents.

"Ce qui ne veut pas dire que les personnes qui travaillent à l’OMS sont totalement incompétentes. Mais il y a toujours ces deux choses qui rentrent en compte. Un peu comme dans l’Union européenne, si vous voulez y travailler comme fonctionnaire, on va toujours chercher un équilibre entre différents pays et on ne va pas seulement vous recruter sur base de vos compétences."


Vaccins : pourquoi tant de certifications différentes ?

Il y a la certification par l’OMS, mais chaque Etat a aussi son système de certification, l’Europe a aussi sa certification… A quoi cela sert-il ?

Avoir un appui de l’OMS devrait permettre à des Etats qui ont un système plus faible ou moins organisé d’avoir plus de garanties par rapport notamment aux vaccins, explique Jean Macq. L’OMS a certainement un rôle très important à jouer dans ces pays, comme les Etats africains ou certains Etats d’Asie ou d’Amérique centrale ou latine.

"Il est donc très important de garder l’OMS, et pas uniquement l’Union européenne ou les Etats-Unis, comme certificateur. "


Un rôle de solidarité et d’équité avant tout

L’OMS aurait donc essentiellement un rôle de solidarité et d’équité au niveau de la santé, plus qu’un rôle de gendarme de la santé mondiale. Pour Jean Macq, c’est l’une des raisons d’être du multilatéralisme.

L’OMS a aussi un rôle très important, qu’on n’entend peut-être pas suffisamment en ce moment, pour trouver un équilibre entre le contrôle de maladies, comme l’éradication de la variole, mais aussi par la conférence d’Alma-Ata, qui a mis en avant une vision de la santé beaucoup plus en lien avec le social, avec le vécu des gens, ce qu’on appelle les déterminants sociaux de la santé.

"En termes d’équité et de solidarité, il y a donc un équilibre à trouver entre mettre tout sur une maladie et tenir compte du fait que ce qui fait la santé des gens, c’est plus que contrôler une maladie."

Dans le cas du Covid, l’OMS cherche à s’assurer que tous les pays ont accès au vaccin, mais d’autres composants de l’OMS alertent sur certains problèmes collatéraux, comme la tuberculose ou la malaria, pour lesquelles la prévention ou l’accès aux traitements ont diminué pendant cette crise Covid. L’OMS a donc aussi un rôle à jouer pour rééquilibrer les efforts et l’attention qu’on porte à différents problèmes.
 

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