Un Jour dans l'Histoire

Pour arriver à ses fins, le 3ème Reich avait inventé le management moderne

Pour arriver à ses fins, le 3ème Reich avait inventé le management moderne
Pour arriver à ses fins, le 3ème Reich avait inventé le management moderne - © Johncairns - Getty Images

De nos jours, on parle beaucoup de management participatif. Si on s’attarde sur l’histoire du 3ème Reich, on peut constater que les Nazis avaient déjà défriché le terrain et mis en place des processus toujours utilisés aujourd'hui. Retour sur cette période avec Johann Chapoutot auteur du livre " Libres d’obéir – Le management du nazisme à nos jours ".

Dès 1933, les Nazis vont entamer une mission de réarmement massif. De plus, le Reich va s’étendre territorialement. Pendant la guerre, 18 millions de personnes seront sous les drapeaux. Ils seront donc confrontés à un énorme besoin de main d’œuvre pour mener à bien leurs projets.

Des intellectuels nazis révolutionnent la vision de la société

On va alors voir émerger plusieurs intellectuels. Ils s’appellent, entre autres, Wilhelm Stuckart ou Reinhard Höhn. Ils vont revoir complètement l’organisation du travail.

" Les Nazis se sont vite rendus compte que, pour produire de manière massive, il fallait motiver les gens,  les gratifier. Ils avaient bien compris que les faire travailler sous la contrainte serait contreproductif. "

Cette organisation du travail sous le 3ème Reich va à l'encontre de toutes les idées reçues sur l’organisation allemande, qui se veut rigide, très centralisée et extrêmement codifiée.

Wilhelm Stuckart va remettre en question les notions de centralisation et de décentralisation. Selon lui, l’État ou la direction de l’entreprise fixe un cadre clair et définit un objectif.

Après cela, les employés ont la liberté et la flexibilité pour réaliser leur mission. Ils disposent donc d’une grande autonomie. L’employé a la liberté de choisir comment il va arriver à ses fins mais il en endosse la responsabilité en cas d’échec. Des notions étonnamment contemporaines.  

L'état est despotique

Pour les Nazis, l’action de l’État est néfaste. D'ailleurs, Hitler ne voit pas l’État comme une structure pertinente d’organisation. Pour lui, l'État serait despotique.

Les Nazis vont préférer créer des départements et des agences qui seront chargées de missions bien spécifiques. Elles ont l’avantage d’être plus souples, flexibles et plus adaptatives que des ministères centralisés. C’est le genre de raisonnement que l’on retrouve aujourd’hui dans le management ou le new public management.

Selon eux, ces agences ont un autre avantage. Elles peuvent très bien être suspendues ou supprimées une fois leur mission accomplie. Ce qui n’est pas le cas de l’État.

En fait, le régime nazi est complètement désorganisé. Mais cette désorganisation a été pensée en temps réel.

 

Le bien-être au travail

Déjà à cette époque, les entreprises doivent penser aux aménagements qui garantissent le bien-être du travailleur. Au Ministère du Travail comme au syndicat unique, on a des réflexions sur l’esthétique et sur l’ergonomie des espaces de travail.

On met également sur pied des comités qui vont organiser les loisirs des travailleurs. Il peut s'agir de sorties au cinéma ou au théâtre, de randonnées dans les bois de Bavière mais aussi de croisières spécialement affrétées. 

Ces avantages et ce droit du travail ne vaut que pour les internes. En 1945, le 3ème Reich compte 15 millions de travailleurs étrangers. Pas question pour eux de disposer des mêmes droits.

Que vont devenir ces intellectuels ? 

Reinhard Höhn, par exemple, va devenir le fondateur d’une école de management allemande. Il va se refaire une vie. Il ne parle plus de génocide des Juifs ou d’extermination, mais il ne renie rien. Dans son école, il recycle des anciens Nazis, des anciens camarades qui, souvent, ont été condamnés à Nuremberg.

Il va ainsi former 600.000 cadres issus de plus de 2000 entreprises allemandes. Il sera démis de ses fonctions avec l'arrivée des sociaux-démocrates et du chancellier Helmut Schmidt.

 

Les références

 

Johann Chapoutot

" Libres d’obéir – Le management du nazisme à nos jours "

éditions Gallimard.

 

 

 

 

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