Un Jour dans l'Histoire

Nous irons à Ostende

C’est à Ostende, la reine des plages ou la ville belge la plus britannique, qu’Un Jour dans l’Histoire nous emmène, et pas que pour prendre des bains de mer ! On suit les traces, laissées sur le sable, de quelques personnages illustres : Chateaubriand, blessé de guerre, Vidocq devenu contrebandier ou encore James Ensor qui quitta si peu la station balnéaire.
 

Une fois revêtu de son costume de bain, il est conseillé de ne pas stationner sur la plage, surtout si le vent est un peu violent, ou si le corps, à la suite d’une course ou de jeux échauffants, se trouve couvert de transpiration- mais de s’avancer rapidement dans l’eau jusqu’à ce que la vague, en se brisant, mouille toute la surface du corps, y compris la tête. - Extrait d’un guide paru en 1922, sous le patronage du Touring Club de Belgique.

Au début du 19e siècle, la mode des bains de mer bat son plein. Née en Angleterre, elle est arrivée chez nous avec les Anglais. Ils ne sont pas particulièrement bien vus, on trouve leurs manières déplacées, mal élevées : il faut dire qu’on n’avait jamais vu de gens se dévêtir au bord de l’eau et s’installer ainsi en terrain conquis.

Les bains divisent aussi le corps médical. Certains médecins leur attribuent des vertus thérapeutiques, par exemple contre la stérilité ou le choléra. D’autres les déconseillent formellement.

"C’était invraisemblable que le contact avec l’eau, qui est quand même une chose très, très ancienne, déclenche au 19e siècle une littérature aussi surréaliste", observe Marc Pasteger, journaliste, rédacteur en chef du Soir Magazine, auteur de Les plus belles histoires de la Côte belge, Ed. Racine.
 

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Ostende en 1895 © --

Une révolution des moeurs

Les premiers touristes viennent des classes privilégiées. Ce sont des gens qui ont les moyens de séjourner dans les palaces, les hôtels bon marché n’existent pas. On est très loin du tourisme de masse qui naîtra au 20e siècle, après la guerre.

Les premiers nudistes sont les Allemands. Le voyeurisme se répand. Cela ne plaît pas à une Flandre très catholique qui va condamner ces moeurs, via ses journaux, et déposer plainte auprès du gouvernement pour qu’on interdise aux gens de trop se dévêtir. En janvier 1848, les baignades sont interdites en dehors des endroits réservés à cet effet.

Les premières cabines de bain sont montées sur 4 roues et sont amenées tout au bord de la mer pour que les dames puissent discrètement se glisser dans l’eau et en ressortir. Mais les interstices entre les planches de ces cabines en bois permettent aux curieux d’apercevoir un peu de chair fraîche…

Ostende avait été surnommée, avant la guerre de 14, la reine des plages. Pendant les années folles, Ostende a été l’un des lieux, pendant la saison d’été, où les troupes les plus folles, les orchestres noirs venaient essayer leurs numéros avant de les faire passer à Paris à l’automne. Beaucoup d’artistes y venaient pour James Ensor, pour Permeke, Spilliaert… éblouis par l’expressionnisme flamand.


Les écrivains sur les plages

Victor Hugo y passe l’été 1837, avec Juliette Drouet. Il admire volontiers les jeunes femmes sur le sable. Il écrit à Ostende quelques-unes de ses plus belles pages, très mélancoliques. Ostende où la mer n’est pas furieuse, mais triste, écrit-il.

D’autres grands hommes de la littérature ont arpenté les plages d’Ostende. Lord Byron, poète et homme politique, grand provocateur, y fuit l’Angleterre suite à de nombreux scandales. Il y mène grand train, en oubliant de payer ses notes, avant de s’installer à Bruxelles.

François-René, vicomte de Chateaubriand, blessé au siège de Thionville, quitte la France après la Révolution, en 1792, pour s’installer à Ostende d’où il prendra un bateau vers Jersey, puis vers l’Angleterre.

Outre les écrivains, des aventuriers, des voyous ont aussi hanté les dunes d’Ostende. Eugène-François Vidocq, bandit condamné au bagne, devenu indicateur de police, détective, puis chef de la Sûreté, s’est souvent réfugié en Belgique et en particulier à Ostende.

"Ostende était pour beaucoup le point de départ d’une vie rêvée de l’autre côté de la mer", souligne Marc Pasteger.

L’écrivaine et exploratrice Alexandra David-Neel, née d’une mère belge et d’un père français, y pleurera, à 14 ans, le temps qui fuit. Ses écrits d’adolescente sont bouleversants, empreints de mélancolie et de spleen. A Ostende, elle rêve d’ailleurs. A 15 ans, elle fugue aux Pays-Bas. Elle sera notamment la première femme européenne à séjourner à Lhassa, au Tibet.

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Les Bains à Ostende, de James Ensor © James Ensor / MSKGent

L’Ostende de James Ensor

James Ensor hante véritablement Ostende. Il y voit le jour le 13 avril 1860, d’une mère flamande et d’un père d’origine anglaise, dans un milieu très catholique.

"C’est très rare qu’un artiste soit autant identifié à une ville et surtout qu’il y ait passé la quasi-totalité de sa vie. Il marche énormément tous les jours, tout le monde connaît sa silhouette, il fait partie du paysage d’Ostende. Il faut d’ailleurs visiter le musée qui est sa maison. Il y a une âme dans cette petite maison, c’est assez prenant."

 

Ecoutez ici Un Jour dans l’Histoire, avec Marc Pasteger

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