Un Jour dans l'Histoire

Marc Danval : "En jazz, les Belges ont aussi été des précurseurs"

Avec notre spécialiste du jazz Marc Danval, retour sur les grands moments et sur les grands noms du jazz en Belgique.

Marc Danval est l’auteur de Histoire du jazz en Belgique, paru aux éditions Avant-propos, et de Robert Goffin, avocat, poète et homme de jazz, paru aux éditions Le Carré Gomand.

Au tout début, l’Afrique

C’est en Afrique que démarre ce voyage dans l’univers du jazz, avec le tam tam. "Curieusement, il n’y a pourtant jamais eu de jazzman africain, alors que tout vient de là. Il y a d’excellents orchestres de rumba, comme OK Jazz, mais où on n’entend pas une note de jazz", relève Marc Danval.

Le rapport de la Belgique avec cette musique et l’Afrique, c’est qu’à La Nouvelle-Orléans, l’un des berceaux du jazz avec entre autres Congo Square, la plupart des esclaves étaient d’origine congolaise. Ce sont eux les ancêtres des grands jazzmen américains.

Cette musique primitive va évoluer rapidement et marquer des musiciens natifs de Louisiane, comme Louis Armstrong, Buddy Bolden, King Oliver, pour devenir un courant artistique à l’échelle planétaire.


Dès 1910, en Belgique

La Belgique en est une étape privilégiée. C’est en 1910, pendant l’Exposition universelle de Bruxelles, que le jazz s’y est révélé. Et en particulier au Château, un restaurant avec attractions, où se produisait un orchestre de musiciens noirs américains, Alabama Ragtimes, qui avait énormément de succès.

Mais c’est dans les années 20 que le jazz éclate vraiment. Le mot jazz n’était d’ailleurs pas utilisé jusque-là. Tous les établissements ont désormais leur jazz.

Les Mitchell’s Jazz Kings jouent au Théâtre de l’Alhambra et provoquent une véritable révolution, que ce soit dans le public comme parmi les musiciens de variété. On assiste à une éclosion extraordinaire de petits et de grands orchestres de jazz. Certains se contentent d’ajouter 'jazz band' à leur nom, tout ne jouant jamais une note de jazz…

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Robert Goffin

Robert Goffin était un grand ami de Marc Danval, ensemble ils partageaient leur égale passion du jazz. Originaire de Ohain, avocat, poète, homme de jazz, intellectuel francophone, Robert Goffin était protéiforme.

"Ce qui est intéressant, c’est qu’il a été le tout premier au monde à écrire un article sur le jazz, dans la revue littéraire Le Disque vert, allant jusqu’à prédire la disparition de la musique classique. Deux ans plus tard, en 1932, il écrit le premier livre sur le jazz : Aux frontières du jazz."

Robert Goffin rencontre Louis Armstrong à Londres, une belle amitié naît entre eux. Avant la Seconde Guerre Mondiale, il part pour 4 ans à New York, il écrit des romans policiers, traduit des romans en français, double des films… Son ami Armstrong lui apporte son soutien matériel.

Il revient en Europe en 1945, où il est accueilli un peu comme le messie du jazz. Mais peu à peu, il va s’éloigner du jazz, surtout après la disparition de sa femme en 1965.


Omer Van Speybroeck

Omer Van Speybroeck est le premier jazzman belge à la destinée internationale. Originaire de Nevele, il fait partie de ces milliers de Belges pauvres partis d’Anvers pour émigrer, avec la Red Star Line, vers les Etats-Unis.

Il arrive en 1909 à Ellis Island, il ouvre d’abord un magasin de chaussures. Musicien, il est engagé ensuite dans de très bons orchestres, dont il existe heureusement des enregistrements. Il est aujourd’hui quasiment tombé dans l’oubli.

Le Bistrouille

Le premier grand orchestre de jazz belge à l’échelon européen est le Bistrouille Amateurs Dance Orchestra, fondé en 1920. Son influence sera considérable : tous ceux qui ont ensuite compté dans le domaine du jazz et de la musique classique ont fait partie de cet orchestre.

Il parvient à imposer une musique syncopée au public. Le public belge a d’ailleurs toujours été très réceptif aux nouveaux rythmes, rappelle Marc Danval, déjà à l’époque du Cake Walk, du Ragtime en 1910, puis avec le jazz des Mitchell’s Jazz Kings et avec toute l’évolution dans les orchestres de jazz, puisque les musiciens écoutaient les disques américains et s’en inspiraient.


Ostende

Durant les années 20 et 30, Bruxelles est la ville la plus importante pour le jazz, suivie de Liège et d’Anvers.

Mais Ostende a aussi une place privilégiée ! Pendant les Années Folles, de grands musiciens venus d’Amérique s’y sont produits : Willie Lewis, Arthur Briggs, Arthur Rollini… Les clubs avaient tous leur big band. On comptait 40 big bands dans la même rue !


Les Trois Grands

Le 18 avril 1934, au PBA de Bruxelles, se donne le premier concert belge d’un très grand jazzman américain : Cab CallowayLe musicien est accompagné de son orchestre du Cotton Club de Harlem.

Dans la salle, se trouvent les trois plus fameux chefs de big bands belges : Stan Brenders, Fud Candrix et Jean Omer. On les appelle Les Trois Grands, parce qu’ils sont à la tête de musiciens extraordinaires. Le trio est resté mythique, on réédite encore aujourd’hui leur musique.


La Rose noire

Rue des Bouchers à Bruxelles, La Rose noire est un club mythique, ouvert en 1953 par Louis Laydu, personnage fantasque. Tous les grands jazzmen venaient y jouer après leurs concerts, devant un public de passionnés, "les purs, les vrais, les tatoués".

Les Belges précurseurs en jazz

"Touchant au jazz, on a été précurseurs dans beaucoup de domaines extraordinaires" observe Marc Danval.

C’est ainsi qu’en 1959, Comblain-la-Tour ouvre le premier festival open air de l’histoire du jazz européen et accueillera les plus grands noms du jazz : Coltrane, Chet Baker, Jimmy Smith, Nina Simone, Ray Charles…

On peut parler d’une école liégeoise du jazz, avec des musiciens étonnants comme Bobby Jaspar, René Thomas, Jacques Pelzer, de nos jours Robert Jeanne. On venait d’Anvers, de Bruxelles pour les écouter !

Jazz pour les Troupes

Pendant son service militaire, en 1958, on demande à Marc Danval de faire, à l’INR, l’émission de chansons La demi-heure du soldat. Sans en demander la permission, il décide de la remplacer par Jazz pour les troupes, ce qui lui vaudra trois jours de prison !

>> Retrouvez Marc Danval dans La Troisième Oreille
tous les samedis à 14h sur La Première
et écoutez ici ses multiples anecdotes
dans Un Jour dans l’Histoire <<<

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