Un Jour dans l'Histoire

LGBTQI : comment leur combat a-t-il évolué depuis les années 80 ?

LGBTQI : comment leur combat a-t-il évolué depuis les années 80 ?
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LGBTQI : comment leur combat a-t-il évolué depuis les années 80 ? - © CAMILLE DELANNOIS - BELGA

Le 28 juin 1980, à l'initiative de la FWH (Federatie Werkgroepen Homofilie), du CCL-Infor Homosexualité de Bruxelles, du Rooie Vlinder et du Groupe de Libération Homosexuelle, se tient la première marche nationale pour les droits des homosexuels.

Elle marque le début en Belgique d'une prise de conscience de la différence de droits entre hétérosexuels et LGBT.

Malgré le fichage et une majorité sexuelle repoussée, l'époque n'est pas traversée comme aujourd'hui par une violence verbale, physique, ouvertement homophobe.

Présentateur radio et artiste, Xavier Ess retrace cette histoire des luttes pour la reconnaissance des droits LGBTQI (lesbienne, gay, bi, trans, queer, intersexe).

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Le début du militantisme

En 1969, à New York, devant le bar de Stonewall, des travestis, drag queens, marginaux sont les premiers à se révolter contre les fréquentes descentes policières.

Ces émeutes marquent le début du militantisme : les homosexuels veulent être partie prenante de la société, comme communauté et comme identité. Ils revendiquent des droits.

 

Les avancées en Belgique

En Belgique, le Groupe de Libération homosexuelle naît en 1976. Avant cela, le CLL - Centre de Culture et de Loisirs défendait déjà l'idée que les homosexuels devaient être assimilés dans la société.

Même si la légalité de l'homosexualité ne fait pas de doute, cela ne débouche à l'époque pas nécessairement sur l'égalité des droits, car il n'y a pas de relais politique, aucun parti n'est intéressé et ne veut prendre le risque d'agir pour cette cause. "Il faut bien reconnaître que c'est grâce au parti socialiste que les choses ont avancé", rappelle Xavier Ess.

Avant les années 80, les principaux griefs des homosexuels concernaient :

  • le fichage policier des homosexuels : il fallait se déclarer à l'entrée des bars gay, donner son nom et sa carte d'identité. 
     
  • l'article 372 bis, qui fixait la majorité sexuelle hétérosexuelle à 16 ans, et la majorité sexuelle homosexuelle à 18 ans.
    "Cet article était discriminatoire et induisait qu'il existait un mélange pédophilie-homosexualité. Cela a été un long combat pour arriver à cette égalité, dans les années 80."

A la même période, se sont mis en place certains droits, jusqu'au mariage et à l'adoption, dans les années 2000.

Le 30 janvier 2003, la Belgique devient effectivement le deuxième pays au monde, après les Pays-Bas, à reconnaître le mariage homosexuel, avec certaines restrictions concernant la filiation, qui seront abrogées par la loi du 1er décembre 2005.

Le retour de l'homophobie ordinaire

Xavier Ess collabore à l'exposition La boîte de Pandore / LGBTQI : violences, résistances et appropriations qui se tient à l'ULB jusqu'au 23 juin.

Elle s’interroge sur la libération d’une parole basée sur l’injure et l’exclusion, entretenue sur les réseaux sociaux et dans le chef de certains hommes (pas ou peu de femmes) de pouvoir.

Cette libération a pour conséquence un retour de l’homophobie ordinaire dans les paroles et dans les actes.

Quelques exemples ?
Le président tchétchène Kadirov a rouvert un camp de concentration d'homosexuels et recommande publiquement leur mort. Poutine interdit que l'homosexualité soit abordée à l'école, à la télévision, dans les films de fiction... Un site russe de dénonciation organise par ailleurs de véritables ratonnades d'homosexuels. Donald Trump a exclu les transgenres de l'armée.

L'Eglise quant à elle n'a pas avancé sur sa conception de la famille et sur la place des homosexuels. En Afrique, 33 pays criminalisent encore l'homosexualité.

Ce retour d'une parole d'intolérance touche l'homosexualité, mais est aussi une parole raciste, une parole anti-féministe. 


La triste époque des triangles roses

L’exposition rappelle aussi la manière dont les homosexuel.le.s étaient traité.e.s pendant la Seconde Guerre Mondiale dans les camps de la mort (obligation de porter le triangle rose, expériences médicales, castration, mais aussi répression entre prisonniers, prostitution...). Les homosexuels allemands étaient particulièrement maltraités, considérés comme la dégénérescence de la race aryenne.

 

Du sexe vers le genre

L'exposition évoque enfin les avancées des mentalités et les avancées de droits (dont le mariage pour tous). 

Aujourd'hui, constate Xavier Ess, "on est passé du sexe vers le genre, et je suis très optimiste car le genre concerne tout le monde, ce n'est plus une question de minorité. Prendre conscience que le genre n'est pas naturel, mais une construction culturelle, suppose que tout le monde peut se créer son genre et sortir de cette binarité masculin-féminin, pour dire que chacun peut prendre une part des deux et l'exprimer."

 

Xavier Ess rappelle aussi l'importance que la convergence des luttes (LGBTQI, féministes, antiracistes) a eue dans l'émancipation de toutes les formes de sexualités. Ecoutez-le ici...

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