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Les junkies d'Hitler - secret de la Seconde Guerre mondiale

Les junkies d'Hitler : secret de la seconde guerre mondiale.
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Les junkies d'Hitler : secret de la seconde guerre mondiale. - © Tous droits réservés

Durant la Seconde Guerre mondiale, les soldats allemands étaient-ils dopés ? Quel usage l’armée allemande a-t-elle eu de la Pervitine, méthamphétamine prisée des conducteurs de chars, des aviateurs et commandos?


« France, mai 1940. À l’aube du 9 mai, l’armée allemande déclare l’offensive qui lui permettra d’atteindre la France. Le 13 mai, alors que les Ardennes sont réputées infranchissables, la Wehrmacht (armée du IIIe Reich) se présente à Sedan. Le 15 mai, les défenses franco-britanniques sont définitivement enfoncées. »

Citation tirée de l’ouvre : « Rommel. En pointe du Blitzkrieg: de l’Ardenne à la Manche » — Hugues Wonky.

La Blitzkrieg, c’est une série de blindés qui écrasent tout et vite sur leur passage ; des Allemands où on ne les attend pas ; des bombardiers d’assaut qui abattent hommes et réfugiés, une guerre éclair de 5 jours.


Blitzkrieg, seulement une guerre de mécanique pure?

Cette guerre remportée par les Allemands en 1940 est due à plusieurs éléments.

 

Notion de tempo et de supériorité technique

Cette notion est impérative. La rapidité avec laquelle les opérations se succèdent, permet une guerre éclair. Les Allemands peuvent réagir en 6h contre 36 pour les Français. Ils parcourent le cycle de boyd* 6 fois plus vite grâce aux matériels à disposition: les radios embarquées sur les chars en ligne de front et l’aviation.

Avec les radios, il n’est plus question de consulter des rapports, mais bien d’être tenu au courant immédiatement de la situation ce qui permet des réactions dans la foulée.

Avec les avions, les Allemands ne doivent pas amener et positionner des canons. Ici, il suffit de demander l’appel et si un avion est prêt à décoller, il est rapidement sur place. Beaucoup plus rapidement que l’artillerie.

 

Notion de surprise

Les Français, qui s’attendaient à voir arriver les Allemands de face, sont pris de flans. Ils ne pensaient pas voir arriver la Wehrmacht par Dinant et Sedan pour deux raisons : il y a la Meuse à franchir et ils pensaient que les Belges défendaient les Ardennes belges, ce qui n’était pas le cas.

 

Comment se fait-il que des soldats effectuent pratiquement 20 jours d’opérations quasiment sans repos ? Y a-t-il eu un adjuvant, un petit coup de pouce ?

« Durant l’été 1940, les opérations se font de nuit. La Pervitine est indispensable, avec deux comprimés, un pilote peut rester éveiller 30h sans dormir » Hugues Wonky.

Les effets de la Pervitine sur l’organisme des soldats sont multiples. Elle permet de suivre un mouvement soutenu; de rester éveillé; d’augmenter la concentration; de faire disparaître le besoin de sommeil. C’est également une drogue euphorisante.

Mais Nicolas Bogaerts, historien et journaliste, nous dit de relativiser les choses: « Ce n’est pas la Pervitine qui permet Blitzkrieg mais elle aide les choses. Un peu comme deux cyclistes du tour de France de force identique. Si l’un se drogue, il va gagner. Mais les deux doivent être entraînés pour pouvoir concourir. »

Est-ce que cette drogue est distribuée de façon massive aux armées ?

Nous avons très peu d’infos sur le sujet. Nicolas Bogaerts ajoute : « On sait que 35 000 pilules ont été commandées. En revanche, ont-elles été toutes distribuées ? On ne sait pas. Quand on voit Blitzkrieg, on se doute que ça a été employé massivement. Autrement, l’infanterie qui a dû suivre à pied les blindés devait être surentraînée. »


L’armée anglaise et américaine utilisait-elle aussi ce genre de coup de pouce ?

La consommation de drogue et d’alcool n’est pas une nouveauté apportée par l’armée allemande ou par la deuxième guerre mondiale. Napoléon, déjà, a distribué de l’eau-de-vie à ses troupes pour franchir les Alpes.

Il est très probable que les armées anglaises et américaines en utilisaient. Pour certaines opérations, la Benzedrine était utilisée pour lutter contre le sommeil. « Mais d’une manière aussi large que les Allemands en 40, je ne pense pas » nous apprend Nicolas Bogaerts.

Les sources sont rares, mais dès l’été 1941, la Pervitine est plus difficilement accessible et moins distribuée aux soldats. Un des médecins de la santé du IIIe Reich, Leonardo Conti, interdit la Pervitine à usage privé.
« Il craint que le peuple allemand en consomme massivement et devienne incontrôlable », ajoute le journaliste. Cette diminution confronte très vite l’armée à une addiction et à des effets secondaires très spectaculaires. Des soldats se suicident par épuisement, le cerveau n’arrive plus à suivre entre le manque de sommeil et la compensation par la drogue. Ils ont des visions. Le teint cireux, des plaies au visage…

 

L’absence de Pervitine a-t-elle occasionné la perte de vitesse de l’armée allemande vers 1942-1943?

Dés 1942, l’armée allemande est confrontée à un adversaire qui utilise des méthodes similaires aux siennes. Elle perd progressivement l’avantage aérien. Et finalement, les opérations sont ralenties à cause des Ardennes: la région est vallonnée, il neige et les journées d’hiver sont courtes. Le manque de Pervitine n’est pas responsable de la perte de vitesse de la Wehrmacht, mais le mal provoqué par sa consommation est évident.

 

Est-on certain de l’utilisation de la Pervitine comme outil de guerre par l’armée allemande ?

Malgré les éléments abordés ici, la théorie de l'utilisation de Pervitine n’est que le fruit de déduction. Effectivement, le problème est l’accès aux sources écrites de la Seconde Guerre mondiale. « La majorité des rapports allemands ont été classés secrets par les Russes et les Américains », déclare l'historien. Personne ne peut dire aujourd’hui la quantité de pilules qu’un soldat consommait par exemple. Les documents concernant la Pervitine étaient classés secrets ou ont été détruits.

 

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*CYCLE DE BOYD : concept inventé par le pilote de chasse John Boyd basé sur le processus "Observe, Orient, Décidé and Act" permettant de formaliser le cycle de décisions face à l’ennemi.

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