Un Jour dans l'Histoire

"La saga des Rothschild", l'histoire d'une famille

Les Rothschild, grande famille de la finance en Europe, est également sans conteste l’une des plus connues du vieux continent. Pouvoir, argent et religion s’entremêlent dans l’évolution de leur ascension pour parfois leur servir mais aussi leur desservir. Comment une famille juive vivant dans une époque en partie antisémite a réussi à devenir une famille de pouvoir telle qu’on la connaît aujourd’hui? Tristan Gaston-Breton était l’invité de Laurent Dehossay dans l’émission Un jour dans l’histoire pour présenter son livre "La saga des Rothschild", paru aux éditions Tallandier.

Mise en situation

La famille Rothschild est une famille allemande juive qui vit à Francfort. A cette époque, les conditions de vie pour les familles d’origine juive sont rythmées par l’application d’un statut spécifique relatif à leur choix de culte. En effet, les juifs sont regroupés dans des ghettos dont celui de Francfort considéré comme le plus restrictif d’Europe : ils ne peuvent sortir de celui-ci que certains jours précis et faire des allées et venues qu’à certaines heures, ils ne peuvent faire leurs courses en même temps que tout le monde…

C’est dans ces conditions que les Rothschild vivent rue des juifs au sein de ce ghetto surpeuplé. Pourtant, issus d’une longue lignée de négociants, de fripiers, changeur de monnaie… Ils vivaient dans une maison surnommée la maison à l’écusson rouge qui se dit alors Rot Schild en allemand, surnom qui sera alors utilisé en tant que patronyme familial.

Le fondateur de la dynastie Rothschild

Meyer Amschel Rothschild, est considéré comme étant le fondateur de la dynastie banquière Rothschild. Né dans les conditions difficiles susmentionnées, il arrive grâce à son éducation à gravir les échelons de la société. Celle-ci se base sur une expérience de la manipulation de l’argent dès son plus jeune âge mais aussi sur l’éducation religieuse, qui lui impose une certaine rigueur.

A la mort de ses parents en 1755, Meyer retourne vivre avec ses frères qui ont alors repris les rênes des affaires familiales. Il est envoyé à Hanovre dans une vieille maison de banque juive, Oppenheim, où il développera sa maîtrise des affaires et y trouvera des opportunités. Et pour cause, la principauté de Hanovre, propriété de la couronne d’Angleterre, applique une politique envers les juifs complètement différente qui souffle comme un vent de liberté et de modernité.

Au 19e siècle, le Saint-Empire romain germanique n’est qu’un conglomérat d’Etats et de principautés sans réelle administration centrale. C’est dans ce contexte que les juifs sont alors appelés à gérer les questions d’argent des principautés et Etats. Appel notamment dû au fait que leur religion ne restreint pas les manipulations d’argent mais aussi grâce à leur réseau de contacts très développé. Un nouveau statut est né : le juif de court. Celui-ci se charge de la levée des impôts, de la gestion financière des principautés… métier qui sera réputé difficile étant donné qu’ils seront les premières victimes en cas de contestation du peuple.

La rencontre d’une vie

En 1763, Meyer rencontre, lors d’un achat de pièces et de médailles, le prince de Hesse-Cassel considéré à l’époque comme la plus grosse fortune d’Europe. Celui-ci ayant hérité de son père un juteux business de prêts de troupes de son duché aux cours étrangères - dont l’Angleterre – cherche alors un administrateur pour s’occuper de son business brassant une grosse quantité d’argent. C’est alors que Meyer Amschel Rothschild rentre en jeu et c’est à ce moment qu’est créée véritablement la dynastie Rothschild.

Révolution française et guerre de l’Empire, période propice aux affaires

Les guerres qu’a traversées la famille Rothschild fin 18e et début 19e vont servir de tremplin à l’entreprise familiale. Jouant notamment des conflits entre Napoléon et Wellington, Meyer a commencé à financer les armées qui se battaient contre l’Empereur, ce qui lui a permis de conforter sa place en tant que prêteur aux Etats sur la scène financière européenne.

En 1803, celui-ci est nommé Agent supérieur de la cour de Hesse-Cassel, confortant sa position. Il obtient, par ce titre, le quasi-monopole de la négociation des traités commerciaux et de prêts vers l’Angleterre. Les opérations financières deviennent une spécialité de la famille et en plus de la gestion des finances du prince, il s’engage dans la spéculation de contrebande. L’un de ses fils, Nathan, va d’ailleurs de son côté agir sur le sol anglais en créant des circuits commerciaux illégaux pour permettre aux produits british d’arriver sur le continent.

En 1810, Meyer germanisera son prénom en Mayer, il a alors 67 ans, est à la tête d’une fortune considérable mais n’a pourtant pas un train de vie flamboyant et préfère rester discret quant à la fortune familiale. Loin de vivre dans le faste, sa générosité sera reconnue puisqu’une partie de sa fortune ira à l’amélioration des conditions de vie de la communauté du ghetto en finançant l’éducation, la reconstruction de maisons… Il meurt en 1812 laissant les commandes de l’entreprise familiale à son fils Nathan.

Nathan, fondateur de la branche britannique de la dynastie Rothschild

Nathan Mayer Rothschild, bien que considéré comme une personne autoritaire et assez rustre, était sans doute l’un des plus intelligents de la famille en matière de stratégie entrepreneuriale. Dans un premier temps, il s’occupe de l’expédition, via son réseau de contrebande, d’or afin de financer les troupes du commandant Wellington alors en plein combat contre Napoléon. Dans un deuxième temps, et c’est là que l’on peut voir toute l’intelligence du personnage, il a pensé ses affaires au-delà de la guerre. Effectivement, si la guerre se terminait, le cours des emprunts publics s'effondrerai et il risquerait alors de perdre une bonne partie de sa fortune. Génie de la finance, il décide alors de jouer sur les obligations et emprunts à long terme des Etats. Il est alors le seul à spéculer en faveur d’une fin de la guerre… ce qui rapportera l’équivalent de 600.000.000€ actuels dans le patrimoine familial. Nathan est alors anobli au sortir de la guerre par l’Empereur d’Autriche en remerciement et en reconnaissance des services rendus pendant la guerre. Cela marquera l’agrégation de la famille à la haute société, celle qu’ils intégreront définitivement en 1822, devenant Barons.

Découvrez un extrait de La saga des Rothschild, Tristan Gaston-Breton, paru aux éditions Tallandier

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