Un Jour dans l'Histoire

Islam : quelle est la place des femmes ?

Quel pouvoir les femmes ont-elles eu dans l’islam à travers les siècles ? Réponses avec Azadeh Kian, professeure de sociologie à l’Université Paris 7-Diderot, directrice du Centre d’Enseignement et de Recherches pour les Études féministes (CEDREF). Elle publie Femmes et pouvoir en Islam (éd. Michalon).


Le contrôle des femmes, de leur corps et de leur sexualité, aux fondements du pouvoir patriarcal, s’exerce par l’institution familiale, fondée sur le mariage patrilinéaire ou l’échange des femmes entre les hommes. La femme est donc un objet d’échange.


L’origine du mariage patrilinéaire

Ce type de mariage a été renforcé par l’islam et les lois islamiques. Avant l’avènement de l’islam, dans la péninsule arabique, le mariage de type matrilinéaire prévalait : les femmes restaient dans leur propre tribu, avec leurs enfants. Et le père rendait visite à la mère et aux enfants.

Ce type de famille matrilinéaire commence à disparaître, non pas à cause de l’islam, mais lorsque La Mecque devient un centre commercial important et que la société, au départ tribale, y devient de plus en plus marchande. Des chefs de tribu commencent à accumuler des capitaux, qu’ils souhaitent transmettre à leurs fils, et le nom du père commence à devenir plus important que celui de la mère et de sa tribu.

L’islam a renforcé ce type de mariage. Du coup, les femmes ont perdu le pouvoir et la sexualité qu’elles avaient auparavant, puisqu’elles pouvaient contracter un mariage ou un divorce, et sont devenues un objet d’échange.

Une hiérarchie entre les hommes et les femmes est établie et renforcée par ce type de mariage patrilinéaire et patriarcal.

La polygamie joue un rôle politique important dans la consolidation du pouvoir du prophète et de l’islam. Les dynasties profitent de la polygamie pour renforcer leur pouvoir. Le prophète reste lui-même monogame avec sa première femme Radhika. Il ne devient polygame qu’après son décès.

Dès le départ, les femmes contestent cette hiérarchie sociale entre les hommes et les femmes.


L’âge d’or de l’islam

La période située entre le 8e et le 9e siècle est présentée comme un âge d’or pour les pays arabes, parce que l’islam se répand de plus en plus.
Le Califat abbasside, sunnite, se renforce, avec comme capitale Bagdad, et que les sciences et la richesse matérielle et spirituelle se développent. Mais ce n’est pas au bénéfice des femmes… Les jurisconsultes réinterprètent les lois et les traditions islamiques au détriment des femmes et de leurs droits.

En revanche, dans le Califat fatimide, chiite, qui s’instaure d’abord en Afrique du Nord, en Egypte, puis vers le Yémen, des femmes atteignent la position de reine ou sultane et leur autorité religieuse est reconnue. La société n’est pas opposée à la prise de pouvoir des femmes, même au plan religieux. Beaucoup de femmes circulent non voilées au Caire, travaillent, se plaignent de leur mari ou de leurs problèmes de droits auprès des autorités religieuses et obtiennent gain de cause. Et cela jusqu’au 12e siècle.

L’époque des Mamelouks, qui ont régné jusqu’à l’avènement des Ottomans, donne aussi des exemples de femmes qui sont arrivées à des positions de pouvoir.

L’époque des conquêtes signifie également un déclin de l’autorité des femmes, parce que souvent les musulmans qui allaient conquérir un pays en emportaient les traditions et les structures sociales. L’empire perse et l’empire byzantin par exemple avaient une structure très hiérarchique, genrée, sexuée, que les conquérants mettaient ensuite en place.

« Quand on parle d’âge d’or, ou d’expansion, il faut donc voir de quel modèle on parle et à qui il s’adresse. Les femmes n’étaient pas toujours gagnantes », rappelle Azadeh Kian.


Droits et pouvoir des femmes

Au 19e siècle, les femmes riches perdent leur fortune, et donc de leur autorité. Selon l’islam, les femmes ont en effet le droit à la propriété et de rester propriétaires de leurs biens après le mariage, contrairement aux femmes occidentales de l’époque. Suite à la rencontre avec la modernité et à la colonisation pour certains de ces pays, le modèle occidental devient dominant et les femmes perdent leur pouvoir économique et financier. C’est le cas en Egypte par exemple.

En Iran, dès 1905, l’une des revendications des femmes est l’éducation des filles au même titre que les garçons. Mais il a fallu attendre de nombreuses années avant que cela ne se réalise. Les militantes, souvent d’origine aisée, n’ont pas attendu l’Etat et ont pris les devants en créant des écoles pour filles, en Iran, en Turquie et en Egypte. Cela signifiait pour elles le premier pas vers l’acquisition des droits pour les femmes.

Plus tard, vers les années 30, avec l’avènement des Etats-Nations modernes, les filles commencent à accéder plus généralement à l’éducation. Cette éducation reste très sexuée toutefois : éducation des enfants, hygiène… L’autre revendication étant l’abolition de la polygamie, qui se concrétisera dès 1924 en Turquie, avec l’avènement d’Attatürk.

Émanciper les femmes sert aussi à libérer les hommes. Elles participent alors à la gestion du foyer et les hommes peuvent alors se consacrer aux mouvements pour la libération nationale ou à la construction de l’Etat-Nation moderne. L’affaire politique est laissée aux hommes alors que les femmes se battent pour des droits politiques.


La question du port du voile

La tradition du voile existait déjà dans l’empire perse et dans l’empire byzantin. Le premier texte qui évoque le voile est le Code de Hammurabi, qui date de 1770 avant JC. Le voile représentait le statut des femmes d’origine aisée ou aristocratique, en signe de distinction. Ce signe a été adopté par l’islam, pour distinguer les femmes du prophète des autres femmes, puis les musulmanes des autres femmes. C’est donc un symbole de statut et de distinction.

Les femmes des classes aisées seront peu à peu contraintes à être recluses dans le harem, mais cela ne représente pas la majorité des femmes de ces sociétés, par rapport aux femmes qui travaillent soit comme paysannes soit parmi la classe moyenne dans les villes, et qui ne portent pas le voile.

Puis le voile va devenir un instrument de résistance, après la colonisation de l’Egypte, de l’Algérie… et s’étendre. En Iran, le port du voile devient le symbole de l’unité contre le régime du Shah, qui souhaite occidentaliser l’Iran.

Sous les régimes modernisateurs dans ces pays, le modèle qui a été mis en avant est celui des femmes non religieuses, qui ne portent pas le voile.

Des mouvements se sont créés, particulièrement en Turquie, pour revendiquer l’accès à l’université, à l’emploi dans l’administration, tout en étant voilées. Les exclure veut dire exclure plus de 60% des femmes de l’emploi et de l’université. L’Union européenne a soutenu ces revendications, souligne Azadeh Kian.

L’Iran, à partir de 1979, a rendu le port du voile obligatoire dans l’espace public. Un mouvement s’est aussitôt créé contre le port obligatoire du voile, réclamant que les femmes soient libres de choisir de le porter ou non. L’Iran est donc à contresens de ce qu’on constate dans beaucoup de sociétés musulmanes.

Écoutez ici les explications détaillées de Azadeh Kian.

 

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