Un Jour dans l'Histoire

Immigration italienne: une histoire douloureuse


23 juin 1946, Belgique et Italie signent un accord. Les deux pays s’engagent. La Belgique a besoin de mineurs. Les Ouvriers belges sont réticents à descendre. L’Italie, elle, a besoin, de charbon. On échange des bras contre du charbon. Des milliers d’Italiens vont arriver pour travailler dans les charbonnages belges. Cette année, on célèbre les 75 ans de cet accord. Retour sur cette page d’histoire avec Anne Morelli, Historienne à l’ULB.

L’immigration italienne présente avant 1946

L’immigration italienne n’a pas commencé par cet accord de 46. Entre les deux guerres, il y a déjà 30.000 Italiens en Belgique. Cette immigration remonte souvent à avant la première guerre.

Entre 1810 et 1915, ce sont 15 millions d’italiens qui ont quittés l’Italie pour immigrer. A l’époque, ce sont des gens extrêmement pauvres qui exercent des petits métiers. Du genre vendeur de marron, de glace ou encore joueur d’orgue de Barbarie. A Bruxelles, on les retrouve essentiellement dans le quartier Botanique.

Ils ne sont pas très bien vus. Ils sont extrêmement pauvres et ils ont la réputation d’être des anarchistes.

1946, date charnière

Après la seconde guerre mondiale. L’Italie est complétement ruinée. De nombreux soldats reviennent du front et réclament du travail. Les résistants n’ont pas rendu leurs armes. On est dans une situation sociale et politique très proche de la révolution.

Pour Anne Morelli, il faut être très clair : " Dans ce climat-là, le gouvernement italien va être ravi de se débarrasser 2000 jeunes par semaine. Ca calme le jeu. Et en plus, ils vont ramener des devises au pays. Le franc belge est une monnaie forte à l’époque "

Ça va permettre à des villages de subsister et de survivre.

Des ouvriers surveillés

Pour venir en Belgique, les ouvriers devaient passer des examens physiques stricts. Ils devaient avoir une bonne condition physique et avoir moins de 35 ans.

Ce sont également des ouvriers surveillés. Beaucoup sont considérés comme contestataires. Pendant leur voyage vers la Belgique, ils sont " espionnés " par des agents surveillants. Si des propos tendancieux sont menés, ils peuvent être renvoyés

Mais ce système n‘est pas sans faille. Les patrons-mineurs se plaindront d’avoir dans leurs ouvriers italiens des contestataires. Ils vont essayer d’utiliser des filières parallèles notamment avec le Vatican.

 

" Ils veulent s’assurer d’avoir des ouvriers calmes "

Publicité

Pour attirer les ouvriers, la fédération charbon va organiser des campagnes de publicité qui masque un peu la réalité. On insistait sur les salaires, sur le logement, sur les possibilités de retourner en vacances en Italie. Mais on mettait très peu en avant le type de travail que les ouvriers seraient amenés à faire.

La déception a été grande mais les immigrants n’avaient pas le choix. Ils signaient un engagement de 5 ans. S’ils refusaient de travailler, ils étaient considérés comme étant en rupture de contrat de travail. Ils étaient, alors, arrêtés, mis en prison et regroupés au petit château à Bruxelles afin d’être renvoyés en Italie.

Un autre gros sujet de déception : le logement. A l’époque, la Belgique connaît une crise du logement sans précédent. La seule solution est souvent de les loger dans les anciens baraquements de prisonniers et ce dans des conditions très précaires.

Ce n’est qu’à la suite de la catastrophe du bois du Cazier que l’Italie va dénoncer l’accord de 1946.

Un peuple de gauchiste

Anne Morelli, estime que, si on considère aujourd’hui que l’immigration italienne est une immigration qui s’est bien passée, c’est oublier un peu vite l’histoire.

Ils ont été nombreux à se faire traiter de "macaroni".

Je suis arrivée avec mes parents. On a dû loger à l’hôtel pendant un moment. Beaucoup ne voulaient pas nous louer de logement.

Sur beaucoup d’établissements on trouvait des inscriptions du genre

Non aux animaux et aux Italiens

Ils n’ont pas, non plus, été aidés sur un plan politique. Dans les années 70, les immigrés italiens ont encore une étiquette de contestataires et de gauchistes. En 1984, par exemple, ils votent à 43% pour le parti communiste.

C’est probablement l’un des éléments qui explique que peu de partis politiques étaient favorables au vote des Italiens. (Anne Morelli)

Et encore aujourd’hui, on oublie que leur taux de chômage est le double de celui des Belges.

 

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