Un Jour dans l'Histoire

Féminisme : pour en finir avec l'invisibilité des femmes dans l'Histoire

Jusqu’à récemment, les femmes ont rarement été considérées comme de véritables "sujets d’étude". En Histoire par exemple, la discipline est fortement marquée par une vision masculine et sexiste des faits passés. Mais depuis quelques années, les historiennes et anthropologues s’attellent à sortir les femmes de l’ombre, de la Préhistoire à nos jours, et de réécrire l’Histoire de manière plus neutre, moins misogyne. C’est le cas notamment de la préhistorienne Marylène Patou Mathis qui vient de publier un véritable plaidoyer pour en finir avec l’invisibilité des femmes, intitulé L’homme préhistorique est aussi une femme.

Les femmes, les grandes absentes de l’Histoire et de la Préhistoire

Dans son ouvrage, la préhistorienne Marylène Patou Mathis formule tout d’abord un constat : "On envisage encore aujourd’hui l’évolution de l’Humanité de manière extrêmement masculine. C’est comme si les femmes n’y avaient pas participé, à part pour la procréation […] Il n’y a rien sur leur rôle au niveau de la création, de l’innovation ou de la production. Elles sont complètement invisibilisées". Dans l’imaginaire collectif, les femmes préhistoriques sont en effet cantonnées à un rôle passif (cueillette, garde d’enfants, etc.), tandis que les hommes préhistoriques tiennent le "grand rôle", chassent au péril de leur vie, protègent leur clan et peignent des fresques dans la grotte pour la posterité.

Or, soutient Marylène Patou Mathis, il n’y a aucune raison de penser que les femmes préhistoriques n’aient pas joué un rôle déterminant dans l’évolution de notre société : "Non, les femmes préhistoriques ne consacraient pas tout leur temps à balayer la grotte et à garder les enfants en attendant que les hommes reviennent de la chasse. Les imaginer réduites à un rôle domestique et à un statut de mères relève du préjugé."

"Aucune donnée archéologique ne prouve que, dans les sociétés les plus anciennes, certaines activités leur étaient interdites, qu’elles étaient considérées comme inférieures et subordonnées aux hommes." poursuit-elle. Ce ne sont que des interprétations masculines… anciennes.

Des hypothèses préhistoriennes misogynes

"La Préhistoire est une science jeune, apparue au milieu du 19e siècle", rappelle la préhistorienne Marylène Patou Mathis. Or à cette époque, les préhistoriens – exclusivement des hommes – étaient très influencés par les religions, les discours médicaux et les textes antiques. Trois influences particulièrement empreintes de misogynie et de sexisme qui considéraient les femmes comme étant des êtres inférieurs, subordonnés, incomplets et inachevés. Aucune chance donc pour les femmes d’apparaître comme ayant été déterminantes dans l’histoire de l’Humanité, d’avoir aussi poursuivi de grands mammifères, fabriqués des outils et des parures, construit des habitats et exploré des formes d’expression symbolique.


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La question ne s’est d’ailleurs même pas posée. "À cette époque, la femme n’était vue que par rapport à l’homme, pas comme sujet à part entière […] Pour qualifier ce qu’aujourd’hui on appellerait un féminicide, on parlait de "crime de propriété", c’est dire" précise Marylène Patou Mathis.

Il faudra en effet attendre les années 60-70 - durant lesquelles le droit des femmes a fait quelques avancées majeures - et l’apparition de l’archéologie de genre pour que des archéologues féministes s’interrogent sur le statut de la femme en tant que telle dans la préhistoire. Ces historiennes cassent entre autres le mythe de l’homme-chasseur qui a fait évoluer la société à lui tout seul en soutenant que les femmes-cueilleuses ramenaient 60 à 70% de la nourriture nécessaire à la survie du clan. Mais cette hypothèse n’a pas été bien accueillie… La cause ? Pas assez de preuves. Ce serait oublier que l’étude de la Préhistoire ne se base que sur l’analyse de vestiges (squelettes, objets, gravures, etc.) et que l’analyse de ces vestiges peut être sujette à interprétation.

Des conséquences problématiques pour les droits des femmes

Pour Marylène Patou Mathis, ces hypothèses préhistoriennes tronquées, qui invisibilisent les femmes, sont problématiques car elles participent au maintien d’une domination masculine dans nos sociétés et dans l’imaginaire collectif. "Il est important de pouvoir enraciner son genre dans les fondations de nos sociétés" soutient l’historienne.

En effet, si les femmes sont absentes ou inexistantes de l’histoire,"il est extrêmement facile de se dire "On s’est passé d’elles pendant des millénaires, elles sont inutiles, c’est comme ça depuis la préhistoire." déplore Marylène Patou Mathis.

"Il est donc temps et urgent de poser un autre regard sur l’histoire de l’évolution et de déconstruire les processus qui ont invisibilisés les femmes à travers les siècles" conclut l’auteure de L’homme préhistorique est aussi une femme – une histoire de l’invisibilité des femmes.

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