Un Jour dans l'Histoire

États-Unis : un impérialisme qui ne date pas d’hier

Les États-Unis d’Amérique, pays fondé par l’impérialisme des puissances européennes aux XVIe et XVIIe siècle, sont aujourd’hui un pays puissant et influant sur l’échiquier mondial. L’origine de cette influence viendrait, entre autres, de l’idée de " destinée manifeste " utilisée pour la première fois en 1845 par le journaliste new-yorkais John O’Sullivan, idée selon laquelle la nation américaine aurait pour mission divine l’expansion de la " civilisation ", d’un point de vue démographique, économique mais aussi territorial. Retour sur les origines de cet impérialisme qui a construit les États-Unis et le monde que l’on connaît aujourd’hui.

 

Un livre comme bible de cet impérialisme

Dans la deuxième partie du XIXe siècle, les États-Unis sont dirigés et pensés par des hommes blancs nés en Amérique de parents ou grands-parents issus de l’immigration majoritairement britannique.

Ces hommes prônent un certain style de vie, une certaine morale qui, selon eux, les démarque des autres nations du monde. Ces théories sont notamment édictées par le révérend Josiah Strong, pasteur missionnaire congrégationaliste, dans Our country – its possible future and its present crisis, qu’il publia en 1885.

Dans cet ouvrage, il déclare que les Anglo-Saxons (ici les Américains parlant anglais) sont destinés à être libres et puissants, formant une grande " race missionnaire " destinée à assimiler ou déposséder les races plus faibles et à modeler le reste jusqu’à ce que l’humanité soit totalement anglosaxonnisée. Cet ouvrage fut un véritable best-seller au moment de sa parution.

Josiah Strong y identifie plusieurs maux de l’Amérique :

  • L’intempérance dans l’alcoolisme (contre laquelle sont organisées plusieurs croisades des femmes à cette époque)
  • L’urbanisation
  • Le mormonisme
  • Le catholicisme
  • L’immigration (dont le début du grand âge marque les années 1880)
  • Le socialisme (mouvement radical à l’époque) qui est amené par l’immigration étrangère

 

Deux qualités de la "race américaine" : christianisme et dynamisme

Josiah Strong identifie également ces deux qualités fondamentales sur lesquelles vont s’appuyer les Américains pour justifier leur impérialisme.

 

Le christianisme d’abord parce qu’il est la source de l’esprit messianiste, qui règne au pays de l’Oncle Sam. Les Pères pèlerins, censés représenter l’immigration fondatrice aux États-Unis, étaient majoritairement des protestants anglais qui ont accosté en Nouvelle-Angleterre au début du XVIIe siècle pour fuir les persécutions dont ils étaient l’objet en Europe. L’Amérique devint alors un refuge pour les persécutés, un asile pour les gens de foi, un berceau à partir duquel répandre la bonne parole.

Le dynamisme ensuite évoque l’idée d’être toujours en mouvement notamment dans le domaine du territoire. La notion d’honneur masculin lié à l’outdoor life, à la figure du pionnier, du conquérant… du soldat face à l’Indien en est le fruit. L’Amérique doit être une nation forte, virile, dominatrice mais tout en étant bienveillante et protectrice.

La réunion de ces deux qualités donne vite naissance à des mouvements missionnaires et motive notamment la conquête de l’Ouest.

Mais une fois leur propre territoire complètement conquis avec la fin officielle de la conquête de l’Ouest en 1890, c’est vers le reste du monde que les Américains vont se tourner.

 

Un pays jeune qui veut se démarquer et jouer dans la cour des grands

À la fin du XIXe siècle, les États-Unis sortent de la guerre de Sécession (1861-1865), une guerre fratricide qui a décimé une grande partie de la population et a vidé les caisses de l’État. Vingt ans plus tard, le pays a retrouvé une économie forte, qui le rend plus puissant que jamais et qui va lui permettre d’assouvir un désir ancien : ne plus être derrière les Britanniques sur la scène internationale.

 

Premier objectif : le Pacifique

Une fois la côte pacifique atteinte après la conquête de l’Ouest, il est naturel que les Américains se tournent vers l’Asie et l’Océanie qui représentent un marché potentiellement énorme. Mais les États-Unis vont devoir s’y mesurer aux nations européennes qui y sont déjà bien implantées.

Les archipels océaniens sont un enjeu important et notamment Hawaï dont les îles sont convoitées par les Britanniques, les Allemands mais surtout les Japonais et les Américains.

Dès le début du XIXe siècle, les Américains sont très présents dans le Pacifique grâce à la chasse à la baleine et au commerce des produits issus de cette chasse. Ils entretiennent donc déjà des liens commerciaux forts avec les habitants d’Hawaï et vont en profiter pour mettre en pratique leur théorie de " race missionnaire anglo-saxonne ". Ils commencent par y contrôler l’industrie du sucre avec des planteurs américains qui amènent leur savoir-faire, pour petit à petit prendre le contrôle total de l’économie, stratégie qu’ils appliqueront également à Cuba plus tard. À la suite d’accords avec la royauté hawaïenne et d’un coup d’État manqué, les États-Unis réussiront enfin à prendre le contrôle total de l’archipel en l’annexant en 1898.

Cette annexion sera vue différemment par les autres puissances mondiales. Les Allemands, fort présents à l’époque dans le Pacifique, la déploreront, les Français s’estimeront servis avec Tahiti et les Anglais, pour leur part, consentiront à laisser ce territoire aux " petits frères américains " qu’ils considèrent comme inférieurs (ce qui est le cas à cette époque en matière d’influence politique mondiale et de puissance militaire).

 

Deuxième objectif : les Antilles

La doctrine de Monroe, datant de 1823 énonce les grands principes de la stratégie des États-Unis en matière de politique étrangère : le continent des Amériques (et ce qui l’entoure) leur appartient, représente leur sphère d’influence privilégiée. Du coup, il est du devoir des États-Unis d’aider les pays qui veulent s’émanciper des puissances européennes.

Cuba est la plus grande île des Antilles, occupée à l’époque par les Espagnols et elle représente un intérêt tout particulier pour les Américains puisqu’elle est située à moins de 150 km de leurs côtes. Ce qui lui confère une potentielle importance militaire. La culture du sucre, tout comme à Hawaï y est fort développée et les Américains vont beaucoup y investir après la guerre de Sécession.

Cuba entrera en confit avec L’Espagne à la fin du XIXe siècle. La stratégie américaine lors de ce conflit fut tout d’abord la non-intervention. D’un côté, les Américains, conformément à la doctrine Monroe, veulent aider Cuba à acquérir leur indépendance comme ils l’ont fait face aux Anglais. Mais ils sont aussi animés par une idée de neutralité, qu’affectionnera tout particulièrement le président Theodore Roosevelt (parfaite illustration de l’homme américain dynamique) qui se plaira à voir les États-Unis d’Amérique comme la puissance de la médiation. Il recevra d’ailleurs le prix Nobel de la paix en 1905 pour avoir participé aux négociations de paix entre la Russie et le Japon, illustrant ainsi au mieux cette tradition de non-intervention.

3 images
Dessin de presse publié en 1905 représentant Theodore Roosevelt comme gendarme du monde se dressant entre l’Europe et l’Amérique latine © Tous droits réservés

Les États-Unis finiront par entrer en guerre contre l’Espagne en 1898, à l’issue de laquelle Cuba obtiendra son indépendance et les États-Unis recevront de l’Espagne Porto Rico, les Philippines (qui resteront sous leur coupe jusqu’à la veille de la deuxième guerre mondiale) et Guam.

3 images
Dessin de presse publié en 1898 représentant Hawaï, Cuba et les Philippines © Tous droits réservés

Et après…

Tout au long du XIXe siècle, cette idée de " destinée manifeste " aura conduit les États-Unis à repousser sans cesse leurs frontières terrestres jusqu’aux Antilles et au Pacifique, les faisant ainsi intégrer le cercle très fermé des puissances impérialistes. Le XXe siècle verra leur sphère d’influence s’élargir encore plus pendant la guerre froide, dépassant les limites même de la Terre avec la course à l’espace que la NASA remportera. La NASA qui aujourd’hui continue à baptiser ses programmes avec des noms tels que " New Frontier ", " New Horizon ", des noms qui illustrent bien l’idée de conquête, d’impérialisme qui anime encore les États-Unis.