Un Jour dans l'Histoire

En 1763, Mozart est à Bruxelles

Octobre et novembre 1763 : Mozart séjourne dans ce qui s’appelle alors Les Pays-Bas autrichiens. Ce n’est pas le compositeur illustre, déjà de son temps, qui passe dans nos contrées mais le jeune prodige – il a 7 ans – qui par ses concerts éblouit de son talent les cours princières européennes. Au-delà de l’aspect musical, comment voyage-t-on au 18e siècle lors d’un périple qui englobera six pays ? Par où les Mozart sont-ils passés dans la Belgique d’alors ? Qu’ont-ils vu ?

Eclairage avec Philippe Caufriez, sociologue, journaliste, ancien directeur de Musiq’3.


Un jeune prodige

Pour Léopold Mozart, la naissance de son fils Wolfgang en janvier 1756 est un cadeau du ciel. Car sur les sept enfants que vont avoir les époux Mozart, seuls deux vont survivre vu les mauvaises conditions d’hygiène de l’époque : une fille, Nannerl, et un garçon, Wolfgang, qui recevra également le prénom de Gotlieb, c’est-à-dire 'aimé de Dieu', prénom qui sera par la suite latinisé (Amadeus).

Qui plus est, Wolfgang va faire preuve de dons musicaux hors du commun. Son père est bien placé pour s’en rendre compte puisqu’il est musicien et compositeur auprès du Prince Archevêque de Salzbourg et par ailleurs pédagogue reconnu.

Dès 5 ans, le petit Wolfgang joue du clavecin et est capable de restituer une musique entendue une seule fois. Il est rapidement en mesure de jouer une œuvre inconnue à la volée (à la première lecture de la partition). Il commence à composer dès 6 ans et joue bientôt également du violon et de l’orgue.

Une tournée européenne

Son père décide alors de mettre sa propre carrière entre parenthèses et 'de montrer au monde ce miracle né à Salzbourg'. Il s’agit non seulement d’une fierté mais aussi d’un devoir, estime-t-il.

En 1762, il part avec ses deux enfants à Munich, en Bavière, puis à Vienne, capitale du Saint Empire germanique. Wolfgang a alors 6 ans et sa sœur, également claveciniste, 11 ans. Ils jouent au château de Schönbrunn, devant l’empereur François de Lorraine, l’archiduchesse Marie-Thérèse (par ailleurs souveraine des Pays Bas autrichiens) et leur fille, la future reine de France, Marie-Antoinette.

Après trois mois de concerts largement rémunérés par l’Impératrice, Léopold Mozart décide d’entamer une tournée européenne le menant notamment en Allemagne, en Belgique, à Paris, à Londres, La Haye. Le retour à Salzbourg n’étant pas prévu avant de longs mois, c’est la famille Mozart au complet qui s’embarque début juin 1763 à bord du carrosse acheté par Léopold Mozart.

Après avoir donné des concerts dans diverses villes allemandes, les Mozart arrivent début octobre en Principauté de Liège puis dans les Pays-Bas autrichiens (l’actuelle Belgique). Ils y resteront jusqu’au 16 novembre 1763 et seront reçus à la cour de Charles de Lorraine, le gouverneur des Pays-Bas autrichiens.

 

En octobre et novembre 1763, les Mozart traversent donc nos régions, de Liège à Anvers, en passant par Louvain, Bruxelles, Mons, Gand et d’autres endroits.

Dans quelles conditions s’est déroulé ce voyage ?

Un Jour dans l’Histoire, sur base de la correspondance de Léopold Mozart, raconte ce périple dans nos régions, leurs conditions de voyage, ce qu’ils y ont vu, les rencontres qu’ils vont y faire.

Ecoutez ici...

Lettre de Léopold Mozart

Le 17 octobre 1763, la famille Mozart est à Bruxelles.

Léopold Mozart écrit à Johann Lorenz Hagenauer, marchand d’épices à Salzburg et, en quelque sorte, banquier ou sponsor des Mozart.

"… D’Aix-la-Chapelle, nous sommes partis pour Liège. Nous n’y sommes arrivés qu’à neuf heures du soir, parce qu’en chemin nous avons perdu le cercle de fer de la roue avant.

Liège est une grande ville très peuplée et florissante, pleine d’animation. Pourtant, nous sommes repartis dès le lendemain matin, peu après sept heures et demie. C’était une journée superbe. Mais, manque de chance, après seulement trois heures de route, le bandage de l’autre roue avant s’est cassé.

Il n’y a pas lieu de s’en étonner, car de Liège à Paris – imaginez l’énorme distance – la route postale est pavée comme en pleine ville, et bordée d’arbres comme une allée de jardin […]

Attendant la réparation de la roue, nous avons dû déjeuner deux heures plus tôt que d’habitude. Mais l’endroit ne valait rien, il s’agissait en fait d’une gargote à charretiers. Nous étions assis à la hollandaise, sur des chaises cannées près d’une cheminée dans laquelle un chaudron était suspendu à une longue chaîne ; de la viande y cuisait et des carottes etc.

Puis, ils nous ont installés à une misérable petite table, et nous ont servi de la soupe et de la viande puisée dans le chaudron, le tout accompagné d’une bouteille de champagne rouge.

Et tout cela sans un mot d’allemand, mais en pur wallon, c’est-à-dire en mauvais français. La porte est restée ouverte tout le temps, et c’est pourquoi nous avons eu souvent l’honneur de recevoir la visite de cochons qui grognaient autour de nous […]

Nous nous sommes dit à plusieurs reprises : Madame Haugenauer devrait nous voir ici !

Il y a une chose que vous n’aurez aucune peine à imaginer : nous avons pu payer le repas et la réparation à la liégeoise ou mieux, à la wallonne ! Car surtout envers les étrangers, ce peuple est le plus méchant du monde…"


 

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