Un Jour dans l'Histoire

Elections 1999: un scandale mal géré

Elections 1999: un scandale mal géré
Elections 1999: un scandale mal géré - © Tous droits réservés

Nous sommes le 27 mai 1999. Le gouvernement fédéral est en affaires courantes. Les élections approchent, la campagne électorale se déroule dans un climat un peu morne lorsqu’une information est révélée dans la presse : des poulets d’élevage ont été intoxiqués à la dioxine. Récit d’un scrutin qui a bouleversé le paysage politique belge il y a 20 ans, avec Eric Loze et les archives audiovisuelles de la SONUMA.

Cette affaire de poulet intoxiqué à la dioxine retient certes l’attention sans pour autant provoquer de grandes agitations dans les rédactions … A cet instant, personne ne prend la mesure du scandale sanitaire qui s’annonce. C’est le lendemain, le 28 mai 1999, que l’affaire commence à prendre de l’ampleur…

Des mesures de précautions sanitaires exceptionnelles sont ordonnées par les autorités fédérales, en l’occurrence le Ministère de la Santé publique : tous les poulets belges ainsi que les œufs produits chez nous sont retirés de la vente manu militari. Une décision radicale alors qu’une partie seulement de la production a été impactée par cette contamination.

La machine médiatique s’emballe

Alors que la situation semble maîtrisée et sous contrôle, le 31 mai, soit 4 jours après le début de l’affaire, la presse affirme que les départements de l’Agriculture et de la Santé publique savaient depuis au moins un mois qu’il y avait une contamination à la dioxine. Faire preuve d’opacité dans un tel dossier, voilà qui est pour le moins maladroit… Les Ministres de l’agriculture, le CVP Karel Pinxten et le Ministre de la Santé publique, le socialiste flamand Marcel Colla, ont-ils réellement tardé à communiquer cette information au public ? Les principaux intéressés s’en défendent. Ils estiment avoir fait tout ce qui était en leur pouvoir pour limiter les dégâts. Du côté des partis politiques, on demande des comptes et de la transparence le plus rapidement possible.

Le Premier ministre, Jean-Luc Dehaene, va alors intervenir mais il est déjà trop tard. Lorsque Dehaene flaire l’odeur du scandale, il sent que la situation lui échappe déjà. Le 1er juin, il tente de sauver ce qui peut encore l’être en présentant la démission des deux ministres incriminés : le CVP Karel Pinxten et le SP Marcel Colla. Mais Dehaene sait que le mal est fait : l’image de son gouvernement et de son parti, le CVP en ont pris un coup.  A 12 jours des élections, l’addition risque d’être salée.

Une crise non maîtrisée 

Dehaene est pourtant un habitué des crises politiques… qu’il parvient le plus souvent à maîtriser. Le gouvernement que Jean-Luc Dehaene forme avec les socialistes et sociaux-chrétiens entre 1994 et 1999 a effectivement traversé des tempêtes, parfois bien plus violentes que celle-ci. Il y a eu l’affaire Dutroux et ses nombreuses conséquences politiques, l’Affaire Agusta qui a jeté le discrédit sur les socialistes ; l’évasion de Dutroux ; la mort de la jeune réfugiée Samira Adamou étouffée par des gendarmes lors de son rapatriement forcé ; l’Affaire Di Rupo sans oublier les nombreuses tensions communautaires dues aux velléités flamandes d’obtenir une nouvelle réforme de l’Etat. Chaque fois, Jean-Luc Dehaene est parvenu à redresser la barre, à s’en sortir tant bien que mal, parfois en sacrifiant quelques ministres…  On ne le surnomme pas ‘le démineur’ pour rien. Mais il a aussi, quelques fois, péché par manque de transparence à cause d’une communication hasardeuse et maladroite. La crise de la dioxine en est un exemple assez frappant.

Jour de vote

Nous sommes le 13 juin 1999, en soirée. Les élections ont eu lieu et les résultats commencent à tomber. Au fur et à mesure des dépouillements, la soirée va révéler son lot de surprises voire de bouleversements. Et dessiner les contours d’un nouveau paysage politique en Belgique. Tout d’abord, les partis membres du gouvernement fédéral sortant, soit les socialistes et sociaux-chrétiens du Nord et du Sud du pays, perdent tous des plumes. Mais c’est le CVP qui affiche la perte la plus importante : il n’est plus le premier parti de Flandre. Il perd sept sièges à la Chambre, du jamais vu depuis 41 ans, et 7 sièges également au Parlement flamand. Cette véritable dégringolade profite à l’extrême-droite mais aussi et surtout au VLD, le parti libéral flamand et son président Guy Verhofstadt, qui occupent désormais la pôle position en Flandre. Quels sont les vainqueurs et les autres tendances de ces élections de 1999 ?  Sans doute bien aidé par la crise de la dioxine, les écologistes font une percée inédite, tant en  Wallonie, qu’à Bruxelles et en Flandres. Ecolo et Agalev sont les grands vainqueurs de ce scrutin en doublant par endroit leur score par rapport aux élections de 1995. A Bruxelles par exemple, les Verts passent de 7 à 14 sièges.

Du côté francophone, comme tous les observateurs l’avait d’ailleurs prédit, le PS enregistre un net recul. La perte de siège varie : 2 en moins à la Chambre, 4 en moins à Bruxelles et 5 en moins en Wallonie. Quant au PSC, il recule partout, mais en limitant les dégâts. 

Reste le PRL-FDF-MCC qui n’obtient pas le raz-de marée attendu. Les libéraux se maintiennent mais ne profitent pas de la déroute des socialistes et des sociaux chrétiens. Deuxième en Wallonie et premier à Bruxelles, la fédération PRL-FDF-MCC devient certes le premier parti francophone mais son président Louis Michel espérait récolter beaucoup plus de voix. Lorsqu'il arrive au QG de son parti, le leader libéral range sa déception au vestiaire et, face aux militants, tient un discours aux accents résolument triomphants.

Dès le lendemain, Jean-Luc Dehaene tire les conclusions des résultats désastreux du CVP. Comme souvent au CVP, le Premier ministre sortant incarne presqu’à lui seul le leadership du parti pour les élections. En tant que figure de proue de cette campagne de 1999, Jean-Luc Dehaene endosse toute la responsabilité de la défaite.

Nouvelle carte politique 

Sur la base des résultats, le Roi va donner la main aux libéraux. A Louis Michel tout d’abord qui devient informateur, chargé de déblayer le terrain et d’examiner les scénarios possibles. Le leader libéral avait déjà une petite idée en tête avant d’accepter la mission royale, et avant même les élections, à savoir tenter d’échafauder une coalition dite laïque avec les socialistes, sans la famille sociale chrétienne. Louis Michel va donc s’y employer, en y ajoutant les écologistes, vainqueurs du scrutin. Sa mission d’information dure 8 jours. Il rencontre tous les acteurs politiques et les représentants de la société civile.  De ces entretiens naît un projet dont il n’est pas peu fier.

Le modèle de coalition Bleu – Rouge – Vert va servir de base à toutes les négociations qui ont lieu dans le pays. En Wallonie, En Flandre, à Bruxelles et au Fédéral, l’alliance libérale – socialiste – écologiste est privilégiée. Cela va fonctionner en Wallonie et aussi en Flandre où il faut toutefois ajouter la Volksunie pour obtenir une majorité. A Bruxelles en revanche, c’est l’échec. L’assemblée d’Ecolo rejette les termes de l’accord négociés avec les socialistes et les libéraux. Les verts siégeront dans l’opposition. Quant aux négociations au niveau fédéral, elles sont menées tambour battant par le libéral flamand Guy Verhofstadt, sur la base du rapport écrit par l’informateur Louis Michel, avec la volonté de mettre rapidement sur pied une coalition vert- rouge – bleu.

Le 7 juillet, les partenaires signent un accord de majorité intitulé " la voie vers le 21ème siècle " : un programme ambitieux aux nombreux accents socio-économiques, un projet expurgé de toute exigence communautaire et destiné à restaurer la confiance des citoyens envers les institutions.

Reste alors une dernière formalité. Les Ministres prêtent serment devant le Roi Albert II au Château de Laeken le 12 juillet 1999, à peine un mois après les élections, et pour la première fois en présence des caméras. Le gouvernement Verhofstadt 1er baptisé "arc-en-ciel" compte 15 ministres et 3 secrétaires d’Etat.  

Un gouvernement de rupture, à la composition inédite, prend ainsi les rênes de l’Etat fédéral. La législature sera mouvementée, les désaccords nombreux, principalement entre les Verts et les autres membres du gouvernement. Certaines ambitions seront revues à la baisse. Mais cela, c’est une autre histoire…

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