Un Jour dans l'Histoire

Cuisine : découvrez la petite histoire du cube de bouillon

" Au bœuf, au poulet, au mouton, à la crevette ou au safran : aux quatre coins du monde, le cube de bouillon se décline dans toutes les saveurs et s’écoule à des millions d’exemplaires. Dénominateur commun d’une cuisine industrielle riche en exhausteurs de goûts, aujourd’hui largement décriée, sa mauvaise réputation ferait presque oublier qu’à l’origine, le petit cube en or était le fruit d’un rêve : celui de nourrir le plus grand nombre à moindres frais…
 

Première partie : 1840-1910 : de l’extrait de viande au cube OXO, Justus von Liebig, l’homme qui mettait les bœufs en bouteille. "

Ce n’est vraiment une épice, ce n’est pas vraiment un ingrédient. En fait, c’est un cube qui transforme une marmite en un succédané de goût. Il passe inaperçu dans le placard et pourtant il a mauvaise presse. Mais d’où vient-il ?

Au début 18e sicle, de nombreuses famines ont lieu. En plus d’être un problème de société primordial, les famines et les disettes sont de véritables problèmes économiques. Très vite, les dirigeants voient que pour leurs ouvriers restent productifs, il faut améliorer la qualité de la nourriture.

Clairement, la viande est un élément qui apporte beaucoup d’énergie mais les ouvriers n’en mangent pas tous les jours. D’où une question : comment donner plus de viande à moindre prix aux ouvriers.

C’est Justus von Liebig qui tenter d’apporter une réponse. Il est chimiste et rêve de régler les problèmes de famines chez les plus démunis. Il est convaincu que l’essentiel des éléments nutritifs de la viande se trouve dans ses fluides plutôt que dans ses parties solides.

Après maintes recherches, il va réussir à créer un extrait de viande liquide. Seul problème, c’est très coûteux. Il faut près de 30 kgs de viande pour 1 kg d’extrait.

Pendant plusieurs années, il va chercher des partenariats pour faire évoluer sa découverte. Il va trouver un allié en la personne de George Christian Giebert.

Celui-ci n’est pas chimiste, il n’a pas d’argent mais il a quelques idées. Il a beaucoup voyagé, notamment en Amérique du Sud et il y a des troupeaux de bovins que l’on élevait pour leur peau mais dont la viande était gaspillée.

Voici donc la matière première bon marché qu’il manquait à Liebig

 

En 1865, le rêve de Liebig devient réalité. Les premiers pots d’extrait sont produits et arrivent à Anvers.

Il réalise son rêve. Tous les bienfaits de la viande dans un extrait liquide bon marché

Le produit sera d’abord commercialisé par les médecins et les apothicaires. Il est perçu comme un produit miracles.

Liebig publiera dans plusieurs revues scientifiques que son extrait soulage le typhus et les ovaires enflammés.

 

De nombreux médecins se sont joints à Liebig pour vanter les bienfaits de ces thés à la viande. Les hôpitaux vont même en utiliser de grandes quantités.

Ces extraits vont alors largement se répandre et être copiés. Liebig n’a pas déposé de brevets. Mais on va commencer à douer.

Pour beaucoup de scientifiques, il est difficile de croire qu’un extrait ait autant de vertus alors qu’il y a beaucoup à boire mais rien à manger. Juste du sel et de l’extrait de viande. On va accuser Liebig de publicité mensongère.

La société va alors changer de tactique et miser sur le goût plutôt que sur les bienfaits. Ils vont d’ailleurs beaucoup investir en publicité et en marketing

 

Deuxième partie : 1900-2021 : Julius Maggi, inventeur du petit kub qui valait de l’or "

Déjà en 1750, on trouve des traces de la possibilité de réduire la soupe à l’état d’extrait sec pour améliorer sa conservation.

C’est en 1846 avec Julius Maggi que démarre l’histoire du bouillon en cube. Il va torréfier des légumes et des légumineuses pour en faire des farines à soupes. Résultat : une poudre facile à utiliser, riche en protéines et nourrissante.

En 1889, il présente à l’Expo Universelle de Paris, un extrait de bouillon de bœuf séché et compressé. Il est présenté sous la forme d’un dé à coudre.

Mais le message ne passe pas facilement auprès du grand public. Le produit n’est pas connu. IL est donc forcément suspect

Julius Maggi va donc miser sur la publicité et le marketing. Le bouillon est vendu dans des boîtes cubiques rouges et jaunes. Cette boîte est difficile à ranger dans les rayons. Les épiciers sont obligés de les mettre en avant sur le comptoir. Dans la foulée, Maggi va fournir une variété de matériel publicitaire (plaques émaillées, brochures…) afin de se rendre le plus visible possible.

L’essor de la firme va connaître un coup d’arrêt avec la première guerre. En 1914, ses installations en France vont être détruites. Ils sont considérés comme des espions. On va même accuser les produits Maggi d’affaiblir les soldats français pour leur faire perdre la guerre.

Après la guerre, pour se racheter une virginité publicitaire, Maggi va fusionner avec Nestlé.

De nos jours, le bouillon cube est toujours bien présent mais il est de plus en plus décrié. Très riche en sel et en glutamate.

Cependant, il reste une star incontestée sur le continent africain. On en vend 100 millions chaque jour où il fait partie intégrante de la plupart des plats.

Il est idéal. Il ajoute un goût de viande ou de poisson quand ceux-ci deviennent trop chers ou qu’ils viennent à manquer.

Plus étonnant, le cube de bouillon est même devenu un produit de beauté. Sa teneur en graisse est bien connue. Et sur un continent où les grosses fesses sont un argument de séduction, de nombreuses femmes se l’administrent en suppositoire. N’essayez pas cela chez vous ; C’est inefficace et surtout dangereux.

De manière plus générale, il est aussi un facteur de problème de santé en Afrique où il causerait plus de 2000 nouveaux cas d’insuffisance rénale chaque année.

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