Un Jour dans l'Histoire

Comment vivait-on sainement au Moyen Âge ?

L’idée qu’il existe des moyens accessibles à l’humanité pour vivre sainement n’est pas récente. Les régimes santé que nous connaissons n’ont rien inventé du tout. Quels sont les préceptes prônés pour vivre sainement au Moyen Âge ? Du réfectoire des moines à la table des princes, allons-y voir d’un peu plus près avec Lara de Mérode, historienne de l’art, médiéviste.

Dès l’Antiquité, on s’intéressait à l’alimentation, aux exercices, à comment vivre sainement. Les textes les plus anciens de diététique et d’hygiène remontent aux traités rédigés dans l’entourage d’Hippocrate, ce grand médecin du 5e siècle avant notre ère. La médecine était considérée comme la philosophie du corps, ce qui explique pourquoi les philosophes s’y intéressaient également.

Au Moyen Âge, le monde monastique se développe. Pour que les moines s’adonnent au mieux à leur vie spirituelle, il faut que leur santé soit très bonne. Tout une série de préceptes vont être édictés, en particulier la règle de Saint-Benoît, au 5e-6e siècle, qui explique que manger, comment et quand dormir…. Elle recommande par exemple de ne pas manger de viande issue de quadrupèdes, connue pour favoriser la violence et stimuler les appétits.


L’école de Salerne

Dès le 10e siècle, l’Ecole de Médecine de Salerne, en Italie, la première fondée en Europe, va jouer un rôle important en matière de diététique et d’hygiène de vie. Elle va diffuser énormément de textes. Un ouvrage en particulier va faire date : La médecine selon le régime sanitaire de l’école de Salerne (Flos medicinæ vel regimen sanitatis Salernitanum).

Les préceptes médicaux qui y sont exposés sont assortis de règles de morale, de déontologie et d’hygiène élémentaire. Son influence va durer des siècles, et le Regimen sera à l’origine de bien d’autres essais sur la préservation de la santé.


La courtoisie et la théorie des humeurs

Le phénomène courtois, qui se développe dans les hautes classes sociales au 12e siècle en Occident, met en avant un idéal de sobriété, de retenue, qui se manifeste également dans les arts de la table, avec les premiers discours gastronomiques, les premiers traités de savoir-vivre, l’utilisation de couverts,… et la théorie des humeurs.

La théorie des humeurs, en vigueur au Moyen Âge, veut que toute chose qui existe soit constituée des 4 éléments : l’air, le feu, la terre et l’eau, perceptibles au travers de qualités plus ou moins présentes : le chaud, le froid, le sec et l’humide. Quand on ingère un aliment, on ingère ses qualités. Elles sont associées à des humeurs, et chez les humains, à des tempéraments. Il faut privilégier une alimentation équilibrée qui corresponde à sa nature.

On observe ainsi des régimes stéréotypés en fonction du rang social. Un jeune chevalier fougueux devra manger de la viande, en particulier du gibier qui provient de la chasse, une activité nobiliaire, voire politique, qui traduit la domination sociale. A l’inverse, le paysan, qui a un mode de vie tourné vers la terre, un tempérament mélancolique, va plutôt manger du boeuf, qui est la viande la plus courante.


Les recommandations des Tacuinum sanitatis

Fin 13e, début 14e siècle, apparaissent les Tacuinum sanitatis illustrés, basés sur le Taqwīm al-Ṣiḥḥa (Tableaux de santé), un traité médical arabe écrit par Ibn Butlân vers 1050.

Ces ouvrages s’adressent à des gens de la haute société qui n’ont pas de connaissances médicales, mais qui veulent une bonne hygiène de vie.

Le pain est l’une des bases de l’alimentation médiévale, pour toutes les couches de la société, avec le vin et la viande. Il a une portée symbolique très forte, dans la culture chrétienne, il est donc bon et important. Le pain blanc au froment est consommé dans la haute société, le pain gris et les bouillies de céréales chez les plus pauvres. Le pain sert de tranchoir, d’assiette pour accueillir la viande.

On ne consomme la viande que les jours de fêtes, hors des nombreux jours maigres (100 jours pour les laïques), où l’on se contente de poisson, de légumes, de légumineuses. Le boeuf est accessible à tous. Le porc est moins rentable, donc coûte plus cher et est consommé par les gens plus aisés. La volaille – cygne, paon, héron, poulet…- est considérée comme un mets de choix ; cette viande a la complexion proche de celle du corps humain et est donc réputée bonne pour la santé.

Le vin est un élément essentiel du rituel eucharistique. Il est consommé par tout le monde, à tous les âges, souvent coupé d’eau. Il est parfois consommé comme un remède.

On a des cultures de vigne même au nord de l’Europe, mais peu à peu, la bière, la boisson du pauvre, va prendre le pas et une culture brassicole va s’y développer, vers la fin du Moyen Âge.


L’exercice physique et le style de vie

L’exercice physique diffère selon la classe sociale. Les exercices involontaires, qui sont en lien avec le travail, seraient moins bons pour la santé. Les exercices volontaires sont plutôt les activités physiques liées au plaisir : la danse, la chasse, la lutte, la pêche.

On pratique les exercices avant les repas pour ne pas gêner la digestion. Le clergé pratique de nombreuses activités physiques, avec le travail aux champs mais aussi avec du sport en salle.

La danse et la musique sont un plaisir pour les yeux et pour les oreilles. La musique a une dimension philosophique, puisqu’elle permet d’accéder à l’harmonie, au même titre que l’arithmétique, la géométrie ou l’astronomie ; elle fait partie du quadrivium des grandes disciplines.

Le lieu de vie influence la santé ; la qualité de l’air est considérée comme meilleure en ville. C’est le grand développement de l’urbanisme. Les auteurs des traités, sans doute des citadins, se soucient des matériaux utilisés, la hauteur des plafonds, l’orientation des pièces, le chauffage, l’aération, la proximité avec les animaux…

Le sommeil est recommandé pour faciliter la digestion, régénérer les organes et pour rendre l’esprit plus subtil. On préconise de dormir dans une position un peu pentue, en changeant régulièrement les positions. On estime que la veille rend plus irritable, en asséchant le corps, elle entraîne la faim et le désir.

Ecoutez Lara de Mérode dans Un Jour dans l’Histoire

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