Un Jour dans l'Histoire

Au Wisconsin, des Wallons fiers de leurs origines

Namur au Wisconsin
Namur au Wisconsin - © Ci fitchî ci provént d'Wikimedia Commons

Il y a plus d’un siècle et demi, des Wallons émigrent vers le Wisconsin. Retour sur cette aventure extraordinaire avec Françoise Lempereur et Xavier Istasse, les auteurs du livre/DVD Les Wallons du Wisconsin.
 

Pourquoi cette émigration wallonne ?

Avant le 19e siècle, on n’a pas de traces d’une présence wallonne de masse aux Etats-Unis, explique Françoise Lempereur, maître de conférences sur la Transmission du patrimoine immatériel à l’Université de Liège. Il y avait bien quelques religieux missionnaires wallons, ou flamands, mais c’est dans les années 1855-1856 qu’un mouvement de population plus important se produit, en provenance du nord du Namurois et du Brabant wallon, vers le Wisconsin, dans le MidWest des Etats-Unis. On parle officiellement de 5000 personnes, mais les démographes pensent qu’il y en avait beaucoup plus, vraisemblablement autour de 8000.

Les raisons de ces départs sont surtout économiques. Les gens étaient très pauvres dans ces régions wallonnes, c’était des agriculteurs, des tisserands à domicile, qui avaient d’immenses familles. Les terres étaient très divisées et ne suffisaient pas pour nourrir ces grosses familles. La maladie de la pomme de terre, à la fin des années 1840, a provoqué l’émigration de milliers de personnes, d’Irlande, de Scandinavie et de Belgique.

Les raisons étaient aussi religieuses. Les protestants étaient très mal vus par les catholiques, et les prêtres catholiques lançaient même l’anathème sur ces familles, les incitant à émigrer.

A ces facteurs va s’ajouter le fait que les armateurs vont comprendre l’intérêt de cette émigration. Depuis Anvers, 4 compagnies de bateaux à voiles font le trajet vers les Etats-Unis et ont tout intérêt à remplir leurs bateaux. Ils vont donc faire de la propagande pour l’eldorado américain, via des agents qui se déplacent dans les villages.
 

Pourquoi le Wisconsin ?

La traversée est très pénible : le typhus, le scorbut, la dysenterie, la malnutrition règnent sur les bateaux. Au départ, la ville d’arrivée est New-York, mais les Wallons comprennent rapidement qu’il est préférable d’arriver par Québec.

Le Wisconsin se situe à la frontière, là où s’exerce encore le pouvoir administratif des Etats-Unis. L’Est du Mississipi est une terre d’immigration, une terre blanche, et l’Etat américain a tout intérêt à y accueillir des agriculteurs pour peupler et développer la région.

On a promis à ces colons des terres bon marché, un hectare pour quelques dizaines de francs. Mais arrivés au bord du lac Michigan, sur la Péninsule de la Porte, ils s’aperçoivent que ces terres ne sont pas défrichées. Le climat est très continental, très froid en hiver, -30°, et très chaud en été, ils ne peuvent donc pas y implanter la même agriculture que chez nous. Il faut donc repartir d’une page blanche.

Quand les colons wallons arrivent, beaucoup d’Indiens sont déjà partis, mais il reste les Indiens Menominee, qui vont, en toute cordialité, leur enseigner à récolter le sirop d’érable, à fabriquer des pièges à gibier, à construire des maisons solides pour résister aux hivers rigoureux. Ils vont en quelque sorte leur sauver la vie. Il y a d’ailleurs eu des mariages entre colons et Indiens, et il reste quelques traces de mixité aujourd’hui.


La création d’une communauté

L’Eglise ou le Temple, ainsi que la langue vont permettre aux colons de faire communauté. Ils manifestent un grand sens de solidarité, d’entraide et la communauté va ainsi se souder.

Les premières années sont marquées par plusieurs fléaux, naturels ou non : le grand feu, les maladies comme la dysenterie, le scorbut, dont beaucoup ont été introduites par les colons eux-mêmes, la guerre civile de 1861 à 1865, à laquelle certains Belges participeront.

Malgré tout cela, ils vont réussir à prospérer, dans le secteur de l’agriculture essentiellement, et vont développer de grosses exploitations.

Xavier Istasse, réalisateur du documentaire Namur Wisconsin, a rencontré des descendants de ces Wallons partis du Namurois vers le Wisconsin. Il a été reçu comme un cousin, avec une grande convivialité et un grand sens de l’hospitalité.

"Ce qui est étonnant, c’est que cette région, aujourd’hui défrichée, ressemble vraiment à cette région de Grand-Leez. On y entend toujours parler wallon. Ils revendiquent leur appartenance belge, dont ils sont très fiers."

Ils ont mélangé la culture wallonne à la culture américaine : le carré danse est le square dance à la sauce wallonne, par exemple. Il est rare et remarquable de conserver autant de rites et de culture d’origine, tout en la faisant rayonner auprès des autres émigrés de la région, séduits par la jovialité communicative des Wallons.

 

Un lien à préserver

Françoise Lempereur a personnellement des membres de sa famille dans le Wisconsin, originaires de Tourinnes-la-Grosse, d’Aische-en-Refail. "Pratiquement tout wallon qui porte un nom wallon de base y trouvera une famille qui porte son nom".

Après la guerre de 40, au moment où l’instruction obligatoire a été instaurée, le wallon a commencé à se perdre. Mais les jeunes descendants de ces Wallons restent très attachés à ce passé. Ils sont très curieux de connaître leurs racines et seraient désireux de créer des échanges et des liens plus profonds avec la Belgique.

"Le film a été tourné il y a une quinzaine d’années. La plupart des protagonistes du film malheureusement sont décédés. Mais au travers des jeunes là-bas, je suis confiant sur le fait que le lien perdurera", affirme Xavier Istasse.

 

Suivez ici l’entretien dans un Jour dans l’Histoire

Pour plus d’infos : le site Culture de l’Université de Liège

Et découvrez ici le film Namur Wisconsin, de Xavier Istasse

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