Un Jour dans l'Histoire

A visiter : le Coudenberg, du manoir au palais parti en fumée

Le 3 février 1731, la gouvernante des Pays-Bas, Marie Elisabeth d’Autriche, rejoint ses appartements du Palais du Coudenberg. Exténuée, elle s’endort si rapidement qu’elle en oublie de faire éteindre les bougies qui éclairaient sa chambre. Il ne fallut que quelques heures pour que cette merveille d’architecture s’embrase. Il n’en restera que des ruines sur plus de la moitié des bâtiments. On retrace l'histoire du palais avec Vincent Heymans, historien de l’art, auteur d'un ouvrage sur le sujet.

Pourquoi ce nom ?


Le Coudenberg doit son nom à la colline sur laquelle il est perché, colline grâce à laquelle il domine la ville et est un symbole de pouvoir. La traduction du mot néerlandais "Coudenberg" est littéralement " mont froid ". Il y aurait plusieurs explications plausibles à cette appellation, dont l’action des vents froids venant du Nord, qui frappaient le palais.


 

Quelles origines pour le palais ?

Nous avons la certitude que le palais du Coudenberg était déjà là au XIIe siècle, mais il se pourrait que son existence soit antérieure à ce siècle. Le relief de la colline est assez marqué par rapport au reste de la ville, mais pour Vincent Heymans, le terme "montagne" n’est pas exact. On parle donc d'une colline sur laquelle résidait un seigneur, une sorte de châtelain local, et auprès duquel est venu habiter un comte. Au départ, c'est le comte de Louvain, qui cherche probablement "un accord win win", comme on dirait aujourd’hui. Dans cette installation, chacune des deux parties a à y gagner : le comte n’est pas vraiment chez lui et il est donc défendu par le seigneur local, tandis que le seigneur prend de l’importance grâce à l’installation du comte de Louvain. "Ce même comte deviendra d’ailleurs le duc de Brabant et parmi la suite de ce duc, il y aura de grands personnages historiques pour l’Europe", note Vincent Heymans.

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Le Palais du Coudenberg en 1649 © Curia Brabantiæ in celebri et populosa urbe Bruxellis, incisione di J. Van de Velde, Atlas van Loon)

Un endroit important pour les Ducs de Brabant

Les ducs de Brabant vont vouloir faire de Bruxelles et du Coudenberg un centre politique et de pouvoir. Bruxelles a une position intéressante au niveau de ses axes de circulation, et va donc prendre de l’importance sur le plan commercial. La ville entre en concurrence avec la ville de Louvain. Les souverains locaux ou internationaux errent, passent de capitale en capitale, et progressivement, aux alentours du XIVe siècle, Bruxelles prend la pas sur Louvain, et devient la capitale du Brabant.

La vie autour du château devient importante au fur et à mesure que le château lui-même prend de l’importance. Tout un quartier va finir par s’y installer, un quartier mixte habité par la noblesse de cour qui veut loger près du souverain lorsque celui-ci est à Bruxelles, mais aussi par des artistes, des artisans ou du personnel.

A quoi ressemble le château d'alors ? Où se situe-t-il ?

Lorsque les ducs de Brabant s’y installent, les textes semblent plutôt parler d’un manoir que d’un château. "Il faut sans doute imaginer un bâtiment assez massif en pierre, qui n'est pas vraiment un donjon car ce n’est pas un bâtiment fortifié ( le seul bâtiment fortifié est celui du châtelain), mais un bâtiment néanmoins solide, qui pourrait correspondre à un steen", explique Vincent Heymans. Il ne devient château qu’un peu plus tard.

L’enceinte de ce château va progressivement s’étendre. Quand on construit la première enceinte de Bruxelles au XIIIe siècle, le manoir existe déjà et il est en quelque sorte intégré dans l’enceinte, dans un jeu très subtil. "Ceci dit, pour cette période-là, on est vraiment dans des conjectures, dans l’hypothétique crédible", confesse Vincent Heymans. "Car les textes manquent et les interprétations sont donc complexes."

Le seigneur n’est ni enfermé dans l’enceinte, ni vraiment en dehors de la ville. Lorsque le Palais va s’étendre, ainsi que ses jardins, une deuxième enceinte aura été construite au XIVe siècle, qui correspond au boulevard de la petite ceinture de Bruxelles. Le palais est en quelque sorte libéré de ce corset, mais à chaque fois qu’il a été agrandi,  il est venu buter sur la première enceinte.

Un financement par la ville de Bruxelles... Mais pourquoi?

Avec Philippe Le Bon, ancien Duc de Bourgogne devenu Duc de Brabant, le palais est encore plus qu'avant un enjeu visuel et symbolique des relations entre les autorités bruxelloises et le souverain. Philippe le Bon a demandé à la ville de Bruxelles de financer la construction de l'aula, une gigantesque salle de 40 mètres de haut aux plafonds très élevés. La ville accepte parce qu'avoir un souverain aussi important dans ses murs est quelques chose qui est très important sur le plan symbolique.

La suite de l'histoire du Coudenberg, c'est en compagnie de Vincent Heymans et Laurent Dehossay dans Un jour dans l'Histoire

 

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