Un Crime, une Histoire : 36, Quai des Orfèvres

Crime : où a disparu le huissier Auguste Gouffé ?

Nous sommes à Paris, en août 1889, au cœur de la capitale, Rive droite, à deux pas du Palais-Royal. L’ambiance est festive, en ce début du mois d’août 1889. Trois mois plus tôt, Paris a inauguré la dixième Exposition universelle. La France se relève de la guerre de 1870, de l’humiliation de Sedan et de sa défaite contre l’armée prussienne. Cette Exposition - pendant six mois - doit lui permettre de présenter au monde l’image de sa prospérité et de sa fierté retrouvée, l’image d’une nation résolument tournée vers le progrès. Mais c’est un événement festif qui n’est pas sans bémol, comme nous l’explique Jérôme de Brouwer, historien à l’ULB :

"Certains pays, dont la Belgique, boycottent l’Exposition universelle de Paris. La raison ? La France célèbre, à l’occasion de l’Exposition universelle de 1889, le centenaire de la Révolution. Cette célébration, centrale dans l’organisation de l’événement, indispose plusieurs pays. Certaines monarchies, dont la Belgique, notamment, refusent d’y prendre part officiellement. Par ailleurs, sur le plan intérieur, si la France est en “représentation”, si elle expose sa foi en l’avenir ; elle n’est pas tout à fait sereine pour autant. Si la IIIème République a été inaugurée depuis 1871, cette fin de siècle est traversée par des tensions politiques qui restent importantes, dans lesquelles plusieurs courants s’opposent. Face au parti républicain, il y a un mouvement monarchiste qui reste important, ainsi qu’un courant bonapartiste. Sans parler du mouvement anarchiste qui va bousculer la scène politique, de manière violente, au cours de la décennie 1890."

Et puis… il y a les huissiers, qui organisent leur banquet annuel… et qui vont finir par remarquer l’absence de l’un de leurs, un certain Auguste Gouffé. On en plaisante, du fait que cet habitué ne se soit pas présenté aux festivités de l’année. Mais après dix jours sans nouvelles de l’huissier Gouffé, le temps n’est plus à la plaisanterie. L’affaire a été confiée à la sûreté parisienne, aux hommes du 36 Quai des Orfèvres. Mais les pistes suivies par le commissaire Goron et l’inspecteur Jaume ne font pas avancer l’enquête sur cette mystérieuse disparition. Jérôme de Brouwer nous donne des précisions :"

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© Getty/Leemage

Il s’agit d’un dossier difficile. À Paris, l’enquête sur la disparition de l’huissier Gouffé est confiée à des policiers de grande expérience. Marie-François Goron a un peu plus de 40 ans. Il est le chef de la sûreté parisienne depuis 1887. Quant à l’inspecteur principal Paul Jaume, qui se fait appeler aussi “Chocolat” - en raison de la couleur de ses costumes… - il a gagné une certaine notoriété. Il s’est fait connaître à la suite de plusieurs enquêtes, par son efficacité et par son goût du déguisement. Il joue un rôle décisif dans l’affaire de la malle à Gouffé. Mais pas tout de suite. L’enquête piétine et c’est la sûreté lyonnaise - la police judiciaire de Lyon - qui va lui donner une impulsion décisive."

C’est vraiment de Lyon que vont venir les avancées de cette enquête. Et les Parisiens vont devoir se rendre à l’évidence. La police judiciaire lyonnaise peut s’appuyer sur des experts de très haute qualité. Et notamment le médecin-légiste qui va réaliser la seconde autopsie, Lacassagne :

"Titulaire de la chaire de médecine légale à la Faculté de médecine de Lyon, Lacassagne apporte une contribution décisive au développement de cette discipline. Il est l’une des figures fondatrices de la criminologie et de l’anthropologie criminelle. Il marque son temps, notamment, en remettant en cause l’importance de la théorie dite du “criminel-né”, de l’hérédité criminelle développée par Cesare Lombroso, et qui connaît en Europe un succès certain. Il insiste sur la part de l’environnement - de la relation entre l’individu et son milieu social - dans le passage à l’acte criminel. Dans le dossier qui nous occupe, il apporte des conclusions décisives sur l’identification du cadavre de Millery, à la suite d’une deuxième autopsie, pratiquée sur des restes dans un état de putréfaction avancée."

Alors, qu’est devenu l’huissier Gouffé ?

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