Un Crime, une Histoire : 36, Quai des Orfèvres

Crime - Le crime de la rue Bonaparte: l'homéopathe empoisonneur


Paris, 1858

 

Ce dossier criminel  se déroule dans les sphères de la bonne société parisienne, sous le Second Empire. La société de la seconde moitié du XIXe siècle  promeut l’innovation, l’industrie et la science. La médecine forme elle aussi un domaine d’explorations et d’avancées nouvelles. L’homéopathie, dont il est question dans ce dossier, apparaît alors. Son développement est très récent.

Elle séduit certains cercles, elle est “en vogue”, malgré les incertitudes qui l’entourent. Pratique médicale alternative, elle est sans doute aussi, pour certains, un moyen de se faire remarquer. Comme pour le protagoniste de cette histoire, Edmond Couty de La Pommerais. Jérôme de Brouwer, historien du droit à l’ULB, décrit le contexte particulier dans lequel cette affaire se déroule :

 

L’homéopathie, dont le principe consiste à - pour faire simple - à soigner “par le semblable”, c’est-à-dire par le mal à très petites doses, est découverte par Hahneman, un Allemand, à la fin du XVIIIe siècle. Elle se développe progressivement en Europe au cours de la première moitié du 19e siècle. Elle est promue à Paris par plusieurs acteurs influents, dont Hahneman sa femme, qui sont installés à Paris. 

Elle connaît un succès important entre 1830 et 1860, dans un contexte où la médecine traditionnelle ne parvient pas encore à apporter de réponses satisfaisantes. Bien que l’histoire ne retienne pas son nom pour cela, Couty de La Pommerais  contribue d’ailleurs lui-même à la promotion de l’homéopathie par la publication d’un “Cours d’homéopathie”, en 1863.

 

Ainsi, la bonne société parisienne du Second Empire apparaît comme un terrain réceptif aux nouvelles idées, dans le domaine scientifique et médical également. Au-delà du domaine d’activité qui est le sien - la médecine, la figure de ce jeune médecin ambitieux n’est pas sans rappeler certains personnages romanesques bien connus, comme on en trouve chez Balzac, dans La Comédie humaine. Ces personnages balzaciens qui se laissent dévorer par l’illusion de ce qu’une vie parisienne - entre frivolités, vices et anonymat - pourrait leur offrir. Certains verront dans Edmond Couty de La Pommerais un Eugène de Rastignac...

 

Mais le dossier “Couty de La Pommerais”  est à situer à un tournant. Si l’homéopathie s’est développée à la faveur des “vides” de la médecine traditionnelle, celle-ci connaît des avancées décisives au cours de la seconde moitié du XIXe siècle. Les progrès de la médecine légale et de la toxicologie, dont il est également question dans cette histoire, en sont, d’une certaine manière, une illustration.

Les progrès qu’on observe en font progressivement, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, des éléments incontournables de l’enquête criminelle. C’est l’analyse toxicologique et l’analyse chimique qui permettent de confondre Edmond Couty de La Pommerais, de faire dérailler la mécanique si bien orchestrée de notre fameux docteur…

La substance dont il fait usage dans sa pratique d’homéopathe, et qui est aussi le poison avec lequel il tue,  va finalement être mise au jour par Ambroise Tardieu. Jérôme de Brouwer explique en quoi cette période marque un tournant pour les enquêtes criminelles :

 

L’appui des experts devient déterminant au cours de la deuxième moitié du XIXème siècle. Et l’appui du médecin-légiste au premier chef. Tardieu, doyen de la Faculté de médecine, en est alors l’illustration. Source d’inspiration pour Emile Zola, il joue un rôle déterminant dans un grand nombre d’enquêtes criminelles. Dans ce dossier, c’est bien la " révélation " des substances formant de potentiels poisons qui est difficile.

En l’occurrence, Ambroise Tardieu est persuadé qu’il s’agit d’un poison d’origine végétale. Et pour le prouver, il va employer une méthode qui a déjà fait ses preuves… en Belgique. ll s’agit d’un procédé permettant d’isoler les alcaloïdes, c’est-à-dire les molécules végétales, qui sont très difficiles à identifier.

Elle aurait été empruntée au chimiste belge Jean-Servais Stas, qui avait mené des expériences sur des animaux : chiens, grenouilles et même oiseaux.

 

Ce XIXe siècle est donc une période riche en expériences et expérimentations, dans de nombreux domaines de la médecine et de la science.. Mais toutes ne furent pas aussi fructueuses et pérennes que la toxicologie… L’exécution de Couty de La Pommerais a donné lieu elle-même à une expérience:

En effet. Le docteur Velpeau, chirurgien et anatomiste bien connu, aurait demandé à Couty de La Pommerais, une fois condamné à mort, s’il voulait se livrer à une expérience " post-mortem ". Dans un contexte d’expérimentation, et dans le prolongement d’autres expériences du même type sur le fonctionnement du système sanguin et le système nerveux, le docteur Velpeau avait formulé l’hypothèse selon laquelle la sensibilité subsistait dans l’être humain malgré la décapitation. Il va donc convenir avec le condamné de la méthode expérimentale suivante : il lui adressera trois clins d’œil après la décapitation. La Pommerais n’aurait fait qu’un seul clignement, dit-on.

La série

Au coeur de Paris, sur l’île de la Cité, se trouve l’une des plus célèbres adresses de l’histoire de la police. Elle a vu défiler les plus grands criminels, elle a vu travailler les plus grands enquêteurs : le " 36, Quai des Orfèvres ".

À Paris et au-delà, dans la France entière, Jean-Louis Lahaye vous fait revivre les plus grandes affaires criminelles des 19e et 20e siècles, dans leur époque.

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