Un Crime, une Histoire : 36, Quai des Orfèvres

Crime : Assassinat Rue Montaigne, intrigue chez les courtisanes (Episode 1)


Paris, 1887

Ce matin du 17 mars 1887, Paris s’est réveillée sous un manteau blanc.

Cette année-là, la capitale française se prépare… pour la future Exposition universelle. Et à cet effet, on pose déjà les fondations - les quatre piliers - de celle qui deviendra l’emblème de la ville et le symbole de la France : la Tour Eiffel.

Notre histoire commence Rue Montaigne, non loin du rond-point des Champs-Elysées. 

A l’époque, le quartier est très prisé par l’aristocratie et la haute bourgeoisie parisienne. De nombreux immeubles haussmanniens y fleurissent depuis le Second Empire.

Comme chaque matin, au numéro 17, la cuisinière attend qu’on vienne lui ouvrir la porte, pour prendre son service chez Mme de Montille. Mais personne ne vient. Et malheureusement, personne ne viendra… 

Les habitantes du 17 rue Montaigne ont été sauvagement assassinées. La scène de crime que découvre la police est effroyable : la courtisane Mme de Montille, sa femme de chambre et sa petite-fille baignent dans le sang.

Une courtisane ? Jérôme De Brouwer, historien du droit à l’ULB, nous parle de cette figure  féminine emblématique du 19ème siècle : 

 

Régine de Montille est ce qu’on appelle à l’époque une " femme galante " - plus connue aujourd’hui sous le nom de courtisane. Régine de Montille n’est pas son vrai nom : elle l’a adopté en quittant sa région natale pour “monter” à Paris. En effet, il était d’usage pour les cocottes de prendre un nom d’emprunt.

La courtisane a un statut bien spécial. Toutefois, elle n’est pas une prostituée : c’est une femme " entretenue " par deux ou trois amants réguliers. L’un paye pour le loyer, l’autre pour les transports… Rappelons qu’à cette époque, la plupart des femmes ne travaillait pas… 

Honoré de Balzac a bien dépeint ce contexte dans son roman Splendeurs et Misère des courtisanes.

Alors, les soupçons s’orientent naturellement vers les amants de la victime. D’autant que la marque d’un corps sur le matelas laisse à penser que Régine de Montille n’a pas passé la nuit seule...

Rapidement, les hommes de la Sûreté prennent en charge cette enquête compliquée. ll s’agit du commissaire Goron et de l’inspecteur Jaume. Ils n’ont jamais rien vu de pareil, malgré leur grande expérience. Jérôme De Brouwer nous donne des précisions sur le protagoniste central : 

 

Le commissaire Marie-François Goron est entré au service de la Sûreté parisienne (ndlr : qui sera amené à devenir par la suite le 36, Quai des Orfèvres) au début des années 1880. Il est passé commissaire en 1885. Il est, à l’époque qui nous occupe, l’adjoint du sous-chef de la sûreté depuis un an. C’est donc un policier dont on reconnaît la valeur. Il le démontrera dans d’autres affaires ultérieures, encore plus retentissantes. Avant de s’illustrer comme auteur de romans policiers…

 

Et que découvrent les hommes de la Sûreté en poursuivant leurs investigations ?

Que les coups semblent avoir été portés par la même main. En d’autres termes, qu’il s’agirait d’un seul et même criminel… un monstre. Mais un monstre qui semble avoir été bien imprudent. En dessous du lit de la victime, on découvre une ceinture portant des initiales, ainsi qu’une lettre signée et datée du 15 mars 1887, soient 2 jours avant le crime… Maladresse de l’assassin ou mise en scène volontaire ? Les enquêteurs vont devoir le découvrir... au prix d’une course effrénée, menée au coude à coude avec la presse :

 

Un triple meurtre, dans les beaux quartiers parisiens, chez une cocotte tuée dans un déchaînement de violence inouïe ? C’est du pain béni pour les journalistes. Dans les colonnes, on fait jouer le registre de l’émotion, on évoque la sauvagerie du crime, on publie des reconstitutions des lieux du crime… Tout est bon pour maintenir le lectorat en haleine.  Et le fait que l’une des victimes soit une enfant exacerbe le sensationnalisme d’une affaire déjà bien lugubre. Mais n’oublions que la presse va jouer un rôle important dans l’avancement de l’enquête policière…






 

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK