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Votre psychiatre vous aime-t-il ?

L’alliance entre le patient et son psy joue un rôle déterminant dans l’efficacité du traitement. Nicolas Zdanowicz, psychiatre à Mont Godinne et professeur à l’UCL, analyse l’étude qui vient d’être réalisée sur ce facteur.

On sait que plus on fait d’épisodes dépressifs, plus on a des risques de refaire de la dépression. Une longue étude, sur deux ans, a été menée sur les antidépresseurs dans le but d’estimer les risques de récidive. L’efficacité des différents antidépresseurs a été comparée, en combinaison aussi avec d’autres médicaments comme de l’aspirine.

Le plus intéressant est qu’on a choisi également de mesurer l’importance de l’alliance entre le patient et le psy, c’est-à-dire de mesurer combien chacun mise sur l’autre, et avec quel impact. Pour cela, un questionnaire à deux volets a été utilisé, l’un devant être rempli par le patient, l’autre par le psychiatre.


Le rôle de l’empathie

Les études précédentes avaient montré que plus le patient comptait sur son médecin et avait une bonne alliance avec lui, plus les traitements antidépresseurs étaient efficaces.

La nouvelle étude démontre que l’inverse est vrai aussi : plus le médecin investit son patient et estime qu’avec lui, il pourra faire du bon travail, plus les patients répondent au traitement et moins ils rechutent dans les deux ans.

C’est certainement vrai dans des tas d’autres domaines, observe Nicolas Zdanowicz. On constate par exemple que l’on guérit mieux et plus vite, même d’un simple rhume, si l’on est face à un médecin empathique, à qui l’on fait confiance.

On savait donc que cela fonctionnait dans le domaine somatique, on voit maintenant que cela fonctionne aussi dans le domaine de la psychiatrie.


La nécessaire distance

Au minimum, il faut donc que le médecin ait de la sympathie pour son patient. Avoir en face de soi un grand professionnel froid et distant va se solder par une perte d’efficacité. Il faut qu’il soit investi dans le traitement avec son patient pour que cela marche bien.

La question est de quantifier de façon équilibrée cette empathie. La distance est importante, entre autres pour éviter les transferts. Le psychiatre est censé pouvoir naviguer entre ces deux écueils, ne pas tomber dans l’inverse et aller jusqu’au dérapage.


L’importance de l’alliance

Globalement, à deux ans, un patient sur deux connaîtra une récidive. On constate que les personnes qui bénéficient d’une bonne alliance se trouvent à plus de 65% dans le groupe qui n’aura pas de récidive. Ces chiffres sont assez impressionnants.

D’où l’importance de s’assurer que le patient 'colle' avec son psychiatre, et vice-versa, de voir si l’alliance est possible. La première impression est très rapide, elle se fait dès la première demi-heure. Trois rendez-vous sont toutefois conseillés pour confirmer ou infirmer cette impression, pour comprendre les déterminants et les enjeux, et pour se mettre d’accord sur l’analyse de la situation. Si l’alliance ne se fait pas, ce n’est pas la peine d’insister, que ce soit pour le psy comme pour le patient.

Le psychiatre doit éprouver un intérêt pour le patient ou un intérêt pour sa problématique. Si ce n’est pas le cas, il est préférable qu’il refuse le patient, sinon le traitement ne lui sera pas profitable et traînera en longueur. Même si, quelle que soit la discipline, il y a toujours une forme d’affect envers le patient.

Ecoutez les explications de Nicolas Zdanowicz ici

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