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Violences conjugales : quelles sont les solutions ?

Le 25 novembre prochain, ce sera la journée nationale de lutte contre la violence faite aux femmes. Depuis le début du confinement, les appels aux lignes d’écoute sont en hausse de plus de 30%. La sonnette d’alarme est tirée. Quelles sont les solutions et améliorations en matière de Justice ? Explications avec notre chroniqueuse juridique, Yasmine Lamisse.

Yasmine Lamisse distingue différentes formes de violence conjugale : les violences physiques, les violences sexuelles, les violences psychiques et morales, qui sont les plus difficiles à détecter, à prouver, les plus sournoises, et qui sont aussi les plus fréquentes. Il y a aussi les violences économiques, lorsque la victime est privée de tout accès à ses ressources financières.

La violence est quelque chose de répétitif, exercé sur son conjoint, son compagnon ou son ex. Bien souvent, elle commence à la séparation. Elle est basée sur un rapport de domination, avec une atteinte à la dignité, à l’intégrité physique et psychique de la personne.


Il y a encore beaucoup à faire

La violence conjugale est un délit pénal. Plusieurs types d’aide sont proposés. On peut porter plainte ; des agences spécialisées existent à la police, où on peut demander à parler à une femme ; il y a des services d’aide aux victimes au Parquet et à la police ; depuis 2013, les professionnels de la santé peuvent dénoncer aussi des violences à domicile ; une interdiction peut être signifiée au bourreau d’entrer dans la maison, etc.

Malheureusement, ces droits ne sont pas toujours suffisants, ni suffisamment mis en vigueur, ni encore suffisamment connus du public. Ce sont souvent aussi des droits théoriques, parce que plus de 70% des plaintes introduites sont classées sans suite, pour manque de preuves. La plupart du temps, c’est encore la victime qui est obligée de quitter le domicile conjugal, bien souvent sans ressources financières et avec les enfants.

Les associations de victimes souhaitent que d’autres initiatives soient mises en place.

 

Une amélioration récente en Belgique : la formation des juges

Une grande nouveauté est apparue depuis août 2020, suite au confinement : on impose désormais à tous les juges une formation obligatoire aux cas de violences conjugales, et bientôt aux autres acteurs du secteur judiciaire.

Grâce à cette formation obligatoire, ils vont être sensibilisés à cette problématique. On leur a souvent reproché d’être, soit trop laxistes, soit de ne pas toujours se rendre compte de la gravité du problème.

Le constat douloureux, c’est la difficulté des victimes à sortir du silence, à franchir le pas de la plainte. Elles éprouvent un sentiment d’impuissance, elles ont l’impression que la Justice ne les considère pas comme de réelles victimes. Or elles devraient être mises au centre du dossier, ce sont elles qu’il faut protéger, dédommager. Ce n’est pas le bourreau qu’on doit davantage écouter.

"Il faut réhabiliter le statut de victime, vider ce mot de sa charge de honte, de sa charge de faiblesse et d’inutilité, lui rendre le pouvoir, lui permettre de dire : j’ai été flouée, je n’ai pas été respectée, je demande protection, je demande réparation", plaide Yasmine Lamisse.


Et c’est ce qui est déjà possible en Espagne

En Espagne depuis 1997, suite à un assassinat par violence conjugale, des mesures sévères ont été prises et on a assisté à une nette diminution des féminicides. On a introduit le bracelet anti-rapprochement, la formation obligatoire des juges et des acteurs du secteur. Il y a eu aussi une forte sensibilisation de la presse, qui parle maintenant de crimes machistes et plus de simples faits divers. Il y a eu encore la reconnaissance du féminicide, entré dans le Code pénal, avec des sanctions importantes, ce que l’on recommande aussi ici en Belgique et ailleurs.

La situation au niveau des féminicides en France est catastrophique : une augmentation de plus de 20% a été relevée en 2019, sans compter les cas qui ne sont pas recensés. Tout un dispositif de nouvelles mesures a donc été lancé en septembre 2019 : bracelet électronique, places d’hébergement d’urgence, procureurs spécialisés…

La conscience sociale et institutionnelle fait malheureusement encore défaut dans notre pays.

Les politiques en Belgique demandent le bracelet anti-rapprochement, des campagnes de prévention, un budget plus conséquent pour pouvoir mettre de multiples choses en place pour protéger les victimes. Les associations de victimes plaident aussi pour un travail en amont pour la prévention au niveau des bourreaux.

Des associations et des services d’aide aux victimes peuvent aider les personnes qui veulent franchir le pas :

Ecouteviolencesconjugales.be : 0800 30 030, un numéro gratuit, anonyme et accessible 24h/24. Un chat est disponible aussi sur le site.

Pour une intervention policière et urgence médicale, les numéros sont le 101 ou le 112.

Pour SOS Viol : le 0800 98 100
 

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