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Violences conjugales, femmes battues : que faire ?

Avec Jean Van Hemelrijck, Psychologue et psychothérapeute de couple

Le confinement produit sur certains couples un effet désastreux car il force au rapprochement. En temps normal, on voit des amis, on voit la famille, on sort : on ventile son couple. Quand on ne peut plus le faire, on se retrouve à deux.

La dispute dans un couple " normal " met de la distance entre les deux partenaires mais pour d’autres, ça tourne à la violence. Le confinement augmente la violence conjugale.
 

Deux types de violences conjugales

La violence agression

Les deux partenaires ont fabriqué un couple sur un mode d’égalité absolue, ils sont toujours ensemble, doivent toujours avoir le même point de vue, les mêmes envies au même moment. Ce qui est évidemment impossible. De ce fait, l’un doit à un moment se coller à la vision de l’autre mais ne l’accepte pas. La différence n’est pas vue comme une ressource mais comme une menace. Lorsqu’un des deux n’est pas d’accord et le fait savoir, l’autre ne l’acceptera pas et le frappera pour le réduire au silence (ce sont majoritairement les hommes qui frappent). La menace est violente et l’agression est forte pour faire taire l’autre. Dans ce processus, la femme qui subit les violences ne les accepte pas, elle crie, elle s’en plaint, elle ne reconnaît pas à celui qui frappe, la légitimité de frapper. Mais elle n’a pas les ressources nécessaires pour s’écarter. Elle rentre momentanément dans le rang et après un moment, le différend réapparaît et l’intensité de la violence ne fait que croître. Au départ, c’est un coup puis ça devient des blessures plus importantes. Il arrive dans ce cas que celui qui a frappé soit, momentanément, en questionnement par rapport à son geste. Il expliquera que s’il a frappé c’est la faute de l’autre, il niera son implication mais il y aura quand même un questionnement.

 

La violence punition

Elle est beaucoup plus délicate. Elle n’existe pas dans un couple basé sur l’égalité mais sur le principe d’une différence absolue. Celui qui frappe a toujours l’impression d’avoir raison et celui/celle qui reçoit les coups croit toujours avoir tort. Le couple s’est construit avec l’idée que l’un est supérieur à l’autre. Et celui qui est en position basse est convaincu que c’est la place qu’il/elle doit occuper. Mais de temps en temps, il/elle se permet d’être autant que l’autre, s’autorise l’égalité et là, la violence se déclenche. Le gros problème c’est que celui/celle qui reçoit les coups les estime justifiés : " je n’aurais pas dû ". Il s’agit de couples basés sur un " endettement ". Souvent, c’est la femme qui "doit (croit devoir) quelque chose à l’homme " et le prix à payer est son silence, son accord sur tout. Si elle ose parler, donner son avis, la violence vient lui rappeler qu’elle a juste le droit de se taire.

 

Arrêtons les clichés

 

Il est très important de comprendre que le discours social fait aux femmes battues est insupportable car on leur dit qu’il suffit de quitter ces hommes qui les frappent. Mais ce n’est pas si simple.

La plupart des femmes battues sont extraordinairement courageuses. Elles essaient, parfois mal, mais elles essaient d’exister malgré tout. Si elles se trouvent en face d’un homme qui leur offre une relation non violente, elles seront preneuses. Dire que les femmes battues le sont par plaisir, par soumission, qu’elles manquent de courage est un énorme cliché. Les femmes battues ont un courage que les hommes n’ont pas, elles essaient à tout prix de s’en sortir.

En battant une femme, le mari fait le vide autour d’elle : elle perd sa famille, ses amis, ses collègues. Elles sont seules.

Elles sont parfois aidées par des professionnels de la santé mais qui souvent leur posent la question : " Est-ce que vous ne quitteriez pas cet homme qui vous frappe ? ". La question est pertinente mais quand on est seule, sans ressource, c’est très compliqué. Il ne reste que cet homme violent. Ce n’est pas la meilleure solution mais c’est en tout cas la moins mauvaise.

Arrêtons d’avoir des idées toutes faites sur les femmes battues ! Ce sont des femmes intelligentes qui comprennent bien ce qui leur arrive, elles ne sont pas idiotes, elles ne sont pas là par soumission, par masochisme mais par impuissance. Elles tentent d’inventer des solutions pour s’extraire de ce cercle, parfois maladroitement mais elles essaient. Elles méritent tout notre respect et non pas notre mépris.

La femme battue qui n’arrive pas à s’en sortir, se " colle " à son bourreau pour se protéger. C’est le même principe qu’en boxe : si on se colle à son partenaire, il ne peut plus donner de coup.

 

Comment ces femmes peuvent-elles être aidées ?

 

Il y a trois choses à faire :

  • Croire la personne qui parle, que sa lecture du monde est crédible
  • Restaurer les relations, autant que possible, de fratrie, de famille, de collègues. Réinstaurer des contacts autour d’elle composés de gens qui la verront comme une femme, une amie, une collègue…
  • Ne pas lui donner l’impression, dans votre écoute, que vous pensez qu’elle n’a pas de ressource, qu’elle n’est pas capable de faire autre chose, qu’elle y retourne sans cesse.

L’idée qu’une femme battue retourne chez un homme battant rapidement est fausse. Elle n’est pas à la recherche de ça. Le psy peut aider en démontrant que cette solution (de retourner chez le battant) n’est pas une lâcheté ou une soumission.

 

Travailler sur l’estime de soi ?

 

C’est difficile dans le cas des violences agression parce qu’il ne faut absolument pas donner le sentiment qu’on lutte contre la lecture que la personne a d’elle-même, d’être moins que son partenaire. Lui démontrer que ce n’est pas le cas aura pour effet qu’elle s’enfermera ou se fermera.

Il faut alors les amener à cette simple question : " à quoi ça sert d’être moi ? Plutôt que de vouloir être plus ou autant, il faut d’abord se poser la question : " quelles sont les bonnes raisons pour qu’un homme ou une femme puisse avoir dans sa vie le sentiment d’être moins ? Ça vient d’où ?

C’est un vrai travail.

 

Ces femmes doivent sentir qu’on est à côté d’elles non pas pour les faire bouger mais pour les soutenir dans une démarche où il n’est pas question tout de suite de mettre en avant la rupture du lien. Même si l’idée est bonne, elle n’est pas opératoire, pas envisageable dans un premier temps.

Par contre, si on vient vers cette même personne en lui demandant quelles sont les bonnes raisons d’être " moins ", elle peut réfléchir parce qu’elle ne doit pas défendre sa lecture de la situation.

Imposer une vision ne marche pas, c’est humiliant.

 

Si les proches sont présents, leur rôle est de s’indigner, montrer leur tristesse et leur disponibilité, faire du bruit.

Mais surtout, quand la femme battue se confie, s’il y a répétition de la violence les jours suivants, il faut continuer à l’écouter, malgré l’insupportable déception.

La chimie du cerveau des femmes battues se modifie. C’est prouvé scientifiquement. C’est une réelle capture des corps.

 

Les hommes battants sont souvent des hommes déçus d’eux-mêmes qui reportent cette responsabilité sur les femmes.


Ecoute violences conjugales : 0800 30 030.

https://www.ecouteviolencesconjugales.be/

 

Réécouter la séquence.

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