Tendances Première

Une série à découvrir : ANNA, nos instincts les plus primaires sont-ils si proches ?

Julien Gilles décrypte pour nous la série ARTE "Anna”, qui nous questionne sur la nature de l’Homme, la transmission, l'importance de la culture et le monde que nous laissons à nos enfants.

Tiré du roman éponyme publié en 2016, l’histoire nous plonge dans monde contemporain ravagé par un mystérieux virus, la " rouge ". Seuls les enfants sont épargnés d’une mort certaine, du moins jusqu’à leur puberté où les premiers signes de maladie apparaissent, systématiquement, avec toujours la même fin tragique,  une mort douloureuse. (óécho avec le Covid : symptôme, enfants préservés, aspect pandémique, etc) 

Dans ce récit, qui tient de la fable, l’auteur nous questionne sur la nature de l’Homme, la transmission, l'importance de la culture (au sens des codes, coutumes, etc), et le monde que nous laissons à nos enfants.  

 

On suit ANNA, 12-13 ans et son petit (demi)  frère Astor (7-8 ans) dans une Sicile sauvage (la nature a repris ses droits) et belle, mais désertée de tous les adultes, morts d’une épidémie foudroyante.

Livrée à elle -même, elle tente de survivre à l’écart des troubles en protégeant son petit frère (lui faisant croire qu’il ne peut pas sortir d’un certain périmètre sans risquer de disparaître littéralement).

Mais voilà, arrive le moment où Astor est " enlevé " et Anna de partir à sa recherche

C’est alors qu’elle se trouve confrontée à toute la bestialité, la sauvagerie du monde tel qu’il continue d’exister. Ici, les bandes d’enfants font la loi, plus ou  moins menées par des préadolescents cruels. Aucun d’entre eux n’a de perspective car tous sont conscients qu’ils mourront avant même de devenir  adulte. 

Cette série nous plonge dans une ambiance parfois étrange,  entre Mad Max et Peter Pan (avec des relents de Sa Majesté des mouches de W. Golding), dans des décors dont la beauté par moment vient accentuer le contraste avec la situation désespérée de cette non-société d’enfants. La lumière vient contraster la noirceur des sentiments.  

Le récit exprime l’idée qu’en l’absence de culture, portée par le monde adulte et censée être transmise par eux, les enfants se retrouvent à agir de manière cruelle, dépourvus de toute empathie et incapables de s’organiser au-delà du lendemain.

 

Les plus âgés d’entre eux, prépubères, se nommant les blancs car couverts de peinture blanche afin de masquer les traces de la maladie qui les ronge (les plaques rouges d’où le nom " la rouge ") impriment leur force sur les plus faibles (toujours les premiers  à être éliminés)  et instaurent une forme d’organisation reposant sur le divertissement et le culte mystique d’une adulte survivante : personnage étrange dont nous ne saurons jamais pourquoi elle survit à l’épidémie, qui mine de rien instille une forme d’espoir dans le récit.

On voit dans une scène un ersatz de X factor, souvenir d’un télécrochet à la mode, entraînant les plus décevants des " candidats " vers l’élimination définitive, la mort.  

On oublie l’idée de l’innocence de l’enfance, de la pureté soi-disant inhérente des enfants.

 

C’est tout le contraire, l’auteur semble vouloir nous exprimer le fait qu’intrinsèquement l’Homme, et y compris ses plus jeunes représentants, est un loup, et que seule la culture, c’est-à-dire les codes, lui permettent de s’organiser et de ne pas s’entretuer.  

Anna est finalement attachée à son petit frère , car on voit par flash-back qu’étant son demi-frère elle a développé une forme d’animosité envers lui, c’est qui fait d’elle quelqu’un de différent dans ce monde-là, capable d'empathie. Elle l'a développé parce qu'elle s'est vue confier la garde et l'éducation de son frère. Ce qui nous fait dire que nos civilisations s’organisent d’abord dans et par le noyau familial. C’est bien au sein de nos familles que nous formons nos visions du monde, que nous devenons capable de solidarité, d’amour ; c’est le premier lieu de la culture. Une fois ce noyau disparu, il ne reste que  la loi du plus fort. On croise un personnage, le plus cruelle, l’opposée d’Anna  dont on nous montre par flash-back comment en l’absence de considération parentale elle s’est muée en être cruelle, sadique, etc 

 

Mais tout n'est pas perdu. Anna c'est l'espoir aussi. Celle qui refuse ce qui ressemble à la fatalité. Le personnage qui se souvient qu'il y a eu de l'amour, que la vie peut et doit être différente d'une lutte de tous contre tous...  

L’auteur questionne sur le monde que nous laissons à nos enfants. Cela fait étrangement écho aux enjeux environnementaux actuels. Les générations au pouvoir sont-elles en train de laisser à la jeunesse un monde invivable, dans lequel seuls les plus forts survivront ? On le voit déjà, l’impact du changement climatique touche d’abord les plus faibles… 

La considération, l’empathie, la solidarité ne seraient-elles pas les seules voix capables d’enrayer ce phénomène ? Doit-on finalement lutter contre notre nature première ? Fait d’individualisme, de tentation de domination, égoïsme, etc…  Nos instincts les plus primaires sont-ils si proches, qu’à peine le vernis de la culture écaillé, ils reprennent le dessus… 

 

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