Tendances Première

Une contraception non-hormonale est-elle possible ?

La pilule, symbole de l’émancipation des femmes, est-elle aujourd’hui remise en question ? Il semblerait que oui, car beaucoup de femmes se tournent vers une contraception non-hormonale. De plus en plus d’hommes sont de leur côté intéressés par une contraception masculine, mais il n’y a pas encore grand-chose sur le marché.

Une contraception non-hormonale est-elle vraiment possible ? Existe-t-il des méthodes contraceptives plus naturelles et efficaces ? Pourquoi ne pas partager davantage la contraception entre partenaires ? Y a-t-il du nouveau dans le domaine de la contraception masculine ?
 


Tour de la question avec Daniel Murillo, gynécologue CHU Saint Pierre, Chloé Debon, réalisatrice et créatrice du projet Shoukria on line, et Maxime Labrit, l’un des inventeurs de l’anneau contraceptif masculin.



Selon une récente enquête sur les moyens contraceptifs réalisée par Solidaris, 54,5 pourcents des femmes de 16 à 55 ans déclarent être sous pilule contraceptive. Pourtant toujours selon cette même enquête, 56 pourcents des femmes se disent aussi inquiètes de la composition hormonale de certains contraceptifs. Et, les jeunes femmes d’aujourd’hui s’interrogent davantage sur la pilule contraceptive.


La pilule, presque un rite de passage

Chloé Debon a pris la pilule jeune, à 15 ans, pour des raisons d’acné, et jusqu’à ses 25 ans. Suite à l’accident cardiovasculaire qu’a subi Marion Larat, en lien avec la même pilule, elle s’est rendu compte qu’elle ne connaissait pas les dangers de certaines contraceptions hormonales.

Elle s’est donc lancée dans l’idée d’un documentaire pour en parler, "parce que je trouve qu’il y a une espèce d’automatisme en fait. En tant qu’adolescente, on prend très vite une pilule. C’est un peu un rite de passage, c’est presque une envie, en fait, de vouloir la prendre. Je pense que c’est important de rappeler que c’est un médicament – et attention, je n’ai pas du tout un discours anti-pilule, ça peut vraiment correspondre à beaucoup de personnes -, mais il faut juste garder en tête que c’est un médicament et que, oui, il peut y avoir des effets secondaires."


Sortir de 'la norme contraceptive'

En arrêtant la pilule, Chloé Debon a observé des changements hormonaux, notamment des effets positifs sur sa libido.

La baisse de libido sous pilule est en effet constatée scientifiquement, confirme le docteur Daniel Murillo. "C’est assez fréquent, néanmoins, la pilule reste aussi un instrument de l’émancipation féminine et donc il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Parce que la pilule peut aussi correspondre à certaines pathologies : règles trop abondantes, douleurs menstruelles importantes.

Sa première indication est la contraception. Ce sont des injonctions qui ont été très rapidement institutionnalisées, les jeunes filles ont été très rapidement conscientisées à maîtriser leur fertilité, et c’est important qu’elles le soient. Et effectivement, au début, on n’avait que la pilule et le préservatif, et le stérilet pour les femmes qui avaient déjà eu des enfants. C’est ce qu’on appelle la norme contraceptive. Les gynécos et le personnel soignant ont été formés dans cette optique-là et il est difficile de changer cette norme contraceptive."

Aujourd’hui, cette norme contraceptive est remise en question, poursuit-il, la prise de conscience est progressive, et on va plutôt vers l’individualisation de la contraception, c’est-à-dire discuter avec la patiente pour lui proposer et choisir avec elle le meilleur moyen contraceptif lui correspondant.

 

Pourquoi cette baisse de libido ?

Le principe physiologique de la pilule est de donner une petite dose d’oestrogènes et de progestatifs, à doses constantes, pendant toute la période du cycle. Le cycle naturel va être complètement mis en veille et il n’y aura plus ces changements qui sont typiques de la sécrétion hormonale pendant le cycle naturel.

Il va donc y avoir comme une mise à plat du profil hormonal de la femme. Or, on sait très bien que la libido et le désir sexuel augmentent aux environs de l’ovulation. La pilule aplanit tout cela et donc, il n’y a plus ces changements qui peuvent augmenter la libido, au moment de l’ovulation.

Les femmes qui optent pour une contraception non-hormonale le font par envie de se réapproprier leur corps et de le comprendre. Pour sa part, après avoir été sous pilule pendant des années, après avoir arrêté et mieux compris comment son corps fonctionnait, Chloé Debon peut dire qu’elle a plus vécu cela comme une libération. "Mais je pense que c’est très générationnel et il y a vraiment quelque chose qui évolue en fonction du temps et des générations."
 

Du côté de la contraception masculine

L’anneau contraceptif masculin

Maxime Labrit est l’un des inventeurs de l’anneau contraceptif masculin, l’Andro-Switch. Il s’agit d’un anneau qui permet de maintenir les testicules dans une position qui va les exposer à la chaleur du corps. Et c’est cette chaleur qui va avoir un effet contraceptif, en freinant la production de spermatozoïdes à un point tel que la personne pourra être considérée comme en état de contraception.

"Cette connaissance est vieille comme le monde, Hippocrate parlait déjà de l’effet de la chaleur sur les testicules. Les Romains utilisaient déjà ces phénomènes-là pour se mettre en état de contraception. En Asie aussi, l’exposition à la chaleur était pratiquée. Donc on est vraiment en train de réinventer, revisiter, des process contraceptifs qui existent depuis des centaines, voire des milliers d’années."

Le principe : la poche scrotale, excentrée du corps, est connectée à une autre poche au niveau du pubis, là où les testicules se mettent lorsqu’il n’y a pas de place entre les jambes. L’idée est donc de maintenir les testicules dans cette poche au niveau du pubis. La position est naturelle, indolore, et le fait d’exposer ses testicules à la chaleur, en les laissant dans cette poche pubienne une quinzaine d’heures par jour, permet d’arrêter la production de spermatozoïdes.

Un spermogramme doit être réalisé avant de porter la contraception thermique, puis trois mois plus tard pour vérifier le taux de spermatozoïdes. La méthode est bien réversible.

Quand on évoque l’anneau contraceptif, au premier abord, "en général, de la part des garçons, il y a un peu de rire. C’est normal parce qu’ils ne sont pas informés, pas sensibilisés, encore moins éduqués, à ce qu’ils ont entre les jambes. Clairement, c’est une découverte pure et simple. Cette partie du corps, symboliquement, peut représenter plein de choses, est chargée d’archétypes principalement bien patriarcaux. Donc c’est une zone d’accès qui est compliquée, qui est tabou."

Mais passé ce premier temps de rigolade bien normal, puisque c’est un vrai changement de pratiques, une vraie rupture, une intégration de nouvelles habitudes, les garçons reviennent et on peut discuter, aborder cette fameuse remontée et comment la pratiquer au quotidien pour avoir un effet contraceptif. Et l’adhésion est de plus en plus grande, souligne Maxime Labrit.

De la part des femmes, l’accueil se fait plutôt à bras ouverts, basé sur la curiosité, l’intérêt et l’envie de pouvoir mieux répartir la charge contraceptive.

>> Plus d’infos sur le site Thoreme


Le slip chauffant

Des études montrent l’efficacité de la contraception thermique, précise le docteur Daniel Murillo.

Dans les années 90, à Toulouse, une équipe française, dirigée par le professeur Mieusset, a revisité le slip chauffant, dit le 'remonte-couilles toulousain', et le prescrit aujourd’hui. Mais il n’y a pas encore de distribution, parce que le brevet n’est pas encore reconnu.

Toutefois, certains, désireux de contrôler leur fertilité, se sont approprié cette technique et ce principe et ont 'copié' le concept du slip toulousain, pour se l’appliquer à eux-mêmes.

En France, l’Association pour la Recherche et le Développement de la Contraception Masculine, Ardecom, met à disposition des tutoriels pour fabriquer soi-même ce slip contraceptif.


Le manque d’intérêt des firmes pharmaceutiques

Malheureusement, rappelle le docteur Daniel Murillo, ces méthodes thermiques manquent cruellement de littérature scientifique prouvant leur efficacité et leur réversibilité.

La contraception masculine n’intéresse personne, ce n’est pas l’intérêt des firmes pharmaceutiques de développer ce genre de produits.

On parle depuis longtemps de la pilule pour les hommes ou de gel injectable, mais pour l’instant, il n’y a toujours que le préservatif, ces moyens chauffants ou la vasectomie, qui n’est pas un moyen de contraception.

Il nuance son propos : "Il y a des chercheurs et des centaines d’études qui ont montré l’efficacité de la contraception hormonale chez l’homme, et des alternatives non-hormonales également, mais cela n’a jamais abouti à une commercialisation d’une solution ou d’un médicament, actuellement. Cela se heurte toujours au stade du développement et de la commercialisation."
 

Partager la contraception

La charge contraceptive a été prise par les femmes pendant si longtemps que c’est un peu déstabilisant de la partager maintenant avec les hommes. Mais étant donné qu’il y a de plus en plus de femmes qui ne sont pas satisfaites de la contraception hormonale, cela vient à point nommé.

Chloé Debon rappelle souvent ces chiffres : "Une femme est fertile une grosse semaine par mois. Un homme l’est 24h sur 24 et 7 jours sur 7, très longtemps et très tard dans sa vie. Ce n’est pas très normal qu’il y ait une si grosse différence dans le fait que ce soit porté uniquement et presque majoritairement par les femmes aujourd’hui. Donc, oui, ce partage est super bien accueilli.
Après, ça vient bousculer plein d’habitudes et il y a quand même beaucoup de femmes pour qui la question de confiance revient souvent. C’est un point crucial de se dire : si mon partenaire prend en charge la contraception, c’est quand même moi qui vivrai dans mon corps une grossesse non désirée, s’il y a un 'accident'. "

C’est pour cela que Chloé Debon parle de contraception partagée : pourquoi est-ce que ce serait l’un OU l’autre ? Pourquoi pas les deux dans le couple qui assument cette contraception ? Cela pourrait être deux méthodes non-hormonales qui, combinées ensemble, verraient leur efficacité augmentée. Le partenaire pourrait porter l’anneau, le slip chauffant ou encore le boxer thermique, sorte de bouillotte sur pile, que l’on peut acheter sur internet.
 

Vers plus de grossesses non désirées ?

Ces méthodes non-hormonales, plus naturelles, ne risquent-elles pas de provoquer plus de grossesses non désirées et donc d’IVG ? s’inquiètent certaines.

"Je ne pense pas, répond Daniel Murillo, à partir du moment où les techniques sont validées et tout à fait efficaces et où il y a surtout un dialogue dans le couple. Comme la pilule, si elle est mal prise, débouche sur une grossesse non désirée. La méthode hormonale n’est pas plus efficace que la méthode thermique, à condition qu’elle soit bien portée."

La pilule reste l’une des meilleures techniques contraceptives, théoriquement. Mais dans la pratique, ce n’est pas vrai, dans la mesure où la personne est un être humain comme tout le monde, elle peut l’oublier ou être malade, ce qui diminue son efficacité.

Elle est donc moins efficace pratiquement qu’un stérilet, qui une fois qu’il est porté et bien en place, s’il n’y a aucun souci, reste tout aussi efficace théoriquement que pratiquement, affirme-t-il.

 

Quelles méthodes non-hormonales ?

Parmi les méthodes non-hormonales, explique Chloé Debon, le stérilet cuivre est le moyen le plus répandu et le plus connu. Le cuivre en augmente l’efficacité. Le système, assez ancien, a beaucoup évolué, il y a aujourd’hui différentes tailles de stérilet, en fonction de la taille de l’utérus, selon que l’on est une jeune fille, une femme sans enfant ou une femme qui a eu des enfants. Le stérilet peut être le premier moyen de contraception d’une jeune fille, à condition qu’elle soit bien informée.

On parle aujourd’hui de DIU (pour dispositif intra-utérin) plutôt que de stérilet, car non, il ne rend pas stérile et il peut convenir à des personnes qui n’ont pas eu d’enfants.
 

Il y a la méthode symptothermique, basée sur l’observation de cycles. La méthode la plus connue est celle de Sensiplan, qui offre un bon taux d’efficacité. Elle initie aussi parfaitement au fonctionnement du corps et il y a donc beaucoup moins de risques de se tromper, parce qu’il y a une vraie compréhension derrière.

"Moi, je trouve ça très beau et je trouve qu’on devrait l’apprendre. Même si la méthode symptothermique n’est pas utilisée pour sa contraception, à terme, je pense qu’elle est super utile pour se comprendre et se connaître en tant que femme, en fait. Je trouve qu’elle devrait être enseignée à l’école !" s’enthousiasme Chloé Debon.

"Beaucoup de jeunes filles ne comprennent pas encore le fonctionnement de leur corps, renchérit Daniel Murillo. Il y a encore un grand manque dans l’éducation à la vie sexuelle et affective. Tout est focalisé sur le contrôle des maladies sexuellement transmissibles."

Chloé Debon a développé Shoukria, un programme en ligne qui propose différents modules pour donner une vue globale de ce qui existe en termes de méthodes non-hormonales, avec des infos concrètes, mais aussi tous les aspects relationnels et sociétaux. L’association réunit divers professionnels de la santé, gynécologues, psychologues, sages-femmes,… 
 

Que penser de la vasectomie ?

Il semble que de 2 à 5% des vasectomies entraîneraient, par la suite, des douleurs.

"Le chiffre me semble un peu élevé, commente le docteur Daniel Murillo. C’est vrai que c’est une intervention qui est bénigne, mais tout dépend de l’individu. Certaines interventions sont compliquées parce que l’accessibilité aux petits canaux est difficile. Cela dépend aussi de la technique et de l’expérience du chirurgien. Mais c’est vrai qu’on peut avoir des douleurs dues à une réaction inflammatoire au niveau du site opératoire. Il faut éventuellement envisager une deuxième intervention."
 

Tendances Première consacrera bientôt un dossier à ce sujet.

En attendant, retrouvez ce dossier complet en vidéo ici.

 

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