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'Un bébé si je peux', une BD sur l’infertilité et la Procréation Médicalement Assistée


Marie Dubois est auteure illustratrice de bande dessinée. Elle a mis sept ans à faire un enfant. Sept longues années de montagnes russes émotionnelles pour tenter ce qui peut sembler le plus naturel au monde. Sa BD 'Un bébé si je peux' aborde avec humour toutes les questions que se posent les couples et leur entourage : sexualité, fécondité, sentiment de honte… Entre récit intime et enquête minutieuse sur l’infertilité.

Ce roman graphique paraît en coédition chez Massot – Revue XXI, après une campagne de crowdfunding qui a fonctionné à 400%, ce qui montre à quel point le sujet est sensible et touche de plus en plus de couples.

"En France, un couple sur 5 consulte pour infertilité, confirme Marie Dubois. C’est une maladie invisible et assez taboue. Je pense que les gens avaient envie de prendre la parole et de se renseigner."


L’infertilité, ce serait dans la tête

La PMA (Procréation Médicalement Assistée) est assez banalisée, mais c’est pourtant un chemin semé d’embûches, où les stéréotypes sont encore extrêmement présents.

"Le stéréotype auquel je m’attaque le plus, c’est l’aspect psychologique. On entend souvent comme conseils bienveillants de ses proches : détends-toi, arrête d’y penser. En gros, l’infertilité, ce serait dans la tête. Je démontre qu’aucune étude scientifique ne corrobore cela.

C’est aussi quelque chose que l’on dit plus aux femmes qu’aux hommes. Les femmes sont souvent tenues responsables de la difficulté d’avoir un enfant, elles sont plus mises sous pression. A cause de l’horloge biologique, on va plus les interroger : et toi, tu t’y mets quand ? Les hommes, on va plus les laisser tranquilles parce qu’ils peuvent devenir papa jusqu’à 80 ans quasiment. Il y a cette inégalité-là, à laquelle je m’attaque aussi un peu."
 

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© Marie Dubois / Coédition Massot – Revue XXI


L’intime devient politique

Faire un enfant est une question éthique et politique. Des lois statuent sur l’accès à la PMA. Actuellement en France, un débat a cours sur l’accès à la PMA pour toutes, y compris les couples de lesbiennes et pour les femmes seules, ainsi que sur la possibilité de conserver ses ovocytes pour plus tard. L’autoconservation ovocytaire restant interdite en France.

"Dans la vie professionnelle, on commence tard, on ne trouve pas toujours la bonne personne. Du coup, le délai pour fonder une famille est très court et les femmes veulent pouvoir accéder à ça. Donc l’intime devient effectivement politique", souligne Marie Dubois.

La société d’aujourd’hui, avec la vie professionnelle, les inégalités domestiques, les modes de garde compliqués, tout cela fait reculer le moment d’avoir un enfant.
 

De multiples inégalités

La PMA est un investissement financier important, ce qui peut créer des inégalités. Un don d’ovocyte ou d’ovule implique d’aller à l’étranger, et donc des frais de voyage. Ce n’est pas remboursé par la sécurité sociale et ce n’est donc pas accessible à tout le monde. Sans compter les inégalités géographiques : on n’a pas accès aux mêmes soins si l’on habite Paris ou dans des déserts médicaux.

La PMA n’est pas qu’un acte technique ; Marie Dubois insiste dans sa BD sur les montagnes russes émotionnelles, sur l’aspect psychologique.

"C’est vrai que quand on suit un parcours de PMA, les rapports qu’on a avec le corps médical se réduisent souvent à un problème à résoudre, c’est très technique et on oublie la part humaine, alors que l’intimité, la sexualité, l’envie de maternité, de fonder une famille, tout ça, c’est beaucoup d’émotions qu’il faut gérer."
 

Le parcours de Marie Dubois s’est magnifiquement terminé : elle a aujourd’hui une petite fille de 3 ans. Mais beaucoup de parcours n’aboutissent pas à une fin heureuse car beaucoup abandonnent, certains pour des raisons financières, d’autres ne supportant pas la pénibilité du parcours. Certains couples volent en éclats devant les difficultés à surmonter. D’autres renoncent et choisissent de reconstruire leur récit de vie différemment.
 


>> La campagne de crowdfunding Kiss Kiss Bank Bank pour 'Un bébé si je peux' en est à 1957 préventes. La contribution étant la précommande de la BD.
N’hésitez pas à faire monter ce chiffre à 2000, que vous soyez directement ou indirectement concerné !




 

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