Tendances Première

Travail : souffrez-vous du syndrome du scarabée ?

Vous êtes compétent(e) mais vous n’arrivez pas à obtenir la promotion dont vous rêvez ? Vous ne comprenez pas comment vos collègues arrivent à grimper les échelons (alors qu’entre nous, ils sont clairement moins bons que vous) ? Vous êtes peut-être une victime collatérale du syndrome du scarabée.


C’est quoi le syndrome du scarabée ?

Ce qu’on appelle le syndrome du scarabée est un biais cognitif inconscient selon lequel les dirigeants ne donneraient des promotions qu’à ceux qui leur ressemblent. Ce syndrome a été mis en lumière par une étude publiée en 2017 et cosignée par George Akerlof (prix Nobel d’économie 2001) et Pascal Michaillat, professeur d’économie à l’Université Brown aux États-Unis.

Dans cette étude, les deux chercheurs se basent sur des expériences menées dans les années 50-60 par des entomologistes (des chercheurs qui étudient la vie des insectes) qui avaient révélé que, chez les coléoptères, ce n’est pas forcément l’espèce la mieux adaptée à l’environnement qui survit. Les scarabées étaient déjà connus pour manger leurs propres œufs. Mais le zoologiste Thomas Park a découvert qu’ils étaient en fait encore plus enclins à manger les œufs des autres espèces de coléoptères dans le but de favoriser leurs congénères et, à terme, de faire totalement disparaître les autres.

À partir de ce constat, les économistes George Akerlof et Pascal Michaillat ont décidé d’aller un cran plus loin, persuadés que "ce phénomène pouvait s’appliquer à l’espèce humaine dans certaines situations, notamment le domaine scientifique". Ils ont confirmé cette hypothèse dans une première étude qui montre qu’effectivement "les scientifiques de renoms ont tendance à favoriser les jeunes scientifiques qui adhèrent à leur théorie et à exclure ceux ayant des points de vue divergents ou opposés".

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Le syndrome du scarabée : les managers auraient tendance à donner du pouvoir et des privilèges à ceux qu’ils considèrent comme leurs semblables. © Getty images

Le concept du syndrome du scarabée développé par les deux économistes repose en fait sur l’homophilie, c’est-à-dire le fait que les gens ont tendance à favoriser ceux qui leur ressemblent… à l’instar des scarabées. "Et bien sûr, cela s’observe également dans le monde de l’entreprise, en particulier lorsqu’il s’agit de choisir quel collaborateur obtiendra une promotion", souligne le chercheur de l’Université de Brown. Selon cette théorie, les managers auraient donc tendance à donner du pouvoir et des privilèges à ceux qu’ils considèrent comme leurs semblables (même point de vue, mêmes études, même milieu social, etc.) et, du même coup, d’écarter les employés qui n’appartiennent pas au "groupe dominant".

Comment éviter le syndrome du scarabée ?

"Le syndrome du scarabée est souvent inconscient, c’est un biais cognitif" précise notre chroniqueur Jean-Olivier Collinet. "C’est une distorsion de la réalité qui affecte notre logique et notre rationalité, nos jugements, nos raisonnements et notre mémoire […] tout le monde a des biais cognitifs, c’est tout à fait normal".

Comment faire, dès lors, pour éviter ce syndrome du scarabée et favoriser la diversité des profils lors des recrutements ? Jean-Olivier Collinet nous donne plusieurs pistes :

  • S’informer sur les biais cognitifs, notamment par la lecture de l’ouvrage Système 1 / Système 2 du prix Nobel d’économie Daniel Kahneman. En prenant conscience de nos propres biais cognitifs, on peut parvenir à prendre du recul et prendre des décisions plus logiques et raisonnables ;
  • Organiser les recrutements en duo, afin de multiplier les points de vue ;
  • S’assurer que les comités d’entreprise représentent toute la diversité des salariés de façon égalitaire.

Plus d’infos :

Retrouvez la chronique de Jean-Olivier Collinet de Jobyourself dans le podcast Tendances Première ci-dessous :

Pour en savoir plus sur les biais cognitifs et sur le syndrome du scarabée, notre chroniqueur Jean-Olivier Collinet vous conseille de lire :

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