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Tout savoir sur l’ocytocine, l’hormone de l’amour

Savez-vous qu’une hormone apaisante coule dans vos veines et qu’elle produit un neurotransmetteur pour dire à vos neurones de s’apaiser. On parle de l’hormone de l’Amour, l’ocytocine. Les explications d’Aline Schoentjes

D’abord, il faut savoir qu’elle est produite dans des régions du cerveau essentielles à l’équilibrage, autrement dit homéostasie, à la fois de nos comportements et du fonctionnement, de la physiologie, de notre corps. Ensuite, c’est l’hypophyse, une glande qui se situe au cœur du cerveau plus ou moins à la hauteur entre nos deux yeux, qui se charge de l’excrétion. Enfin, nous avons dans le corps, toute une série de récepteurs pour qu’elle puisse faire effet.

Une très longue histoire

C’est aussi une substance très ancienne, dont les prémisses remontent à des ancêtres communs avec les invertébrés, il y a 600 millions d’années. D’après les scientifiques, l’apparition des gènes nécessaires à sa production et des récepteurs adéquats va de pair avec l’évolution des comportements mammifères modernes, ce qui implique la lactation et le comportement maternel. Ils vont même plus loin : c’est ce qui a permis une plus grande socialisation, le sentiment de récompense sociale nécessaire à la parentalité. Bref, sans ocytocine, pas d’évolution vers l’humanité.

Pour vous donner une échelle de temps, on situe l’apparition des vertébrés à environ 500 mi-lions d’années, l’évolution des mammifères il y a environ 200.000 ans, en même temps que les gènes de l’hormone sœurs de l’ocytocine, la vasopressine ; les gènes de l’ocytocine ont environ 100.000 ans et nous, braves Homo sapiens, sommes apparus il y a 200.000 ans.

Pourtant, on ne la connaît pas depuis si longtemps. Ce n’est que vers la fin du 19e siècle, début du 20e qu’on se rend compte qu’en injectant des extraits d’hypophyse aux femmes, on provoque des contractions de l’utérus et l’éjection du lait maternel. Et il faut attendre les années 70 pour que les recherches deviennent un peu sérieuses.

Parce que cette hormone qu’on a longtemps crue exclusivement féminine est en réalité une hormone partagée par les hommes, les femmes, les animaux et même certains vers !

 

L’ocytocine, l’hormone miracle

L’ocytocine, c’est un petit miracle, à nuancer certes, mais un petit miracle malgré tout : elle permet de réguler le stress, elle a des effets anti-inflammatoires, antioxydants et cicatrisants, elle protège de l’adversité et des traumas ; elle diminue l’anxiété et la dépression, elle augmente le sentiment de calme et de sécurité ; elle a des effets positifs sur notre système immunitaire et métabolique, elle favorise la confiance, la générosité, l’empathie, l’identification rapide des expressions faciales, l’attachement, le lien social…

L’ocytocine agit sur des régions très anciennes de notre cerveau qui sont liées à la formation du lien conjugal, aux comportements parentaux et sexuels. Ainsi, lorsqu’elle circule dans le sang, elle vient s’attacher à des récepteurs spécifiques qui font contracter les muscles lisses de l’utérus mais aussi dans le pénis lors de l’éjaculation (que ce soit lors des rapports sexuels ou de la masturbation d’ailleurs.

Cette contraction musculaire permettrait de mettre en mouvement nos gamètes pour qu’elles se rencontrent, fusionnent et produisent un joli petit bébé. Neuf mois plus tard, vient le jour J, où tous les processus biologiques de la maman et de son bébé sont prêts pour faire naître ce bel enfant. L’ocytocine va contracter les fibres musculaires de l’utérus, ce qui va permettre au col de s’ouvrir et au bébé d’être poussé dehors. J’allais dire en douceur mais c’est quand même puissant, cette affaire.

L’ocytocine que produit la maman, cette ocytocine qu’on appelle alors endogène, va aussi protéger le cerveau du bébé pendant l’accouchement de la diminution de l’oxygène et du flux sanguin.

Juste après l’accouchement, on observe un pic d’ocytocine qui va permettre au placenta de se décoller et à l’utérus de se contracter et donc de limiter les pertes de sang.

Comme la mère a le nez particulièrement fin à ce moment, l’odeur de son bébé, et particulièrement de sa tête, va stimuler encore la production hormonale, ce qui remet d’ailleurs en question notre habitude, pleine de bonnes intentions, de mettre systématiquement un bonnet aux nouveau-nés quand ils sont en peau-à-peau.

Le bébé va se mettre à téter et augmente ainsi la stimulation hormonale. Cette hormone joue donc un rôle essentiel au début du comportement maternel et à l’attachement mère-enfant.

Pourtant, une série de facteurs viennent interférer dans le déroulement physiologique de l’accouchement.

D’abord, nous ne sommes pas égales, ni égaux d’ailleurs, en termes de production de l’hormone et de ses récepteurs. La cause est à trouver, semblerait-il, dans nos toutes premières expériences de vie. La manière dont nous sommes nés, dont nous avons accueilli à la naissance, le genre d’attachement que nous avons construit, bref, nos expériences émotionnelles précoces vont influencer durablement notre rapport à la vie, notre santé et notre bien-être mental et physique.

Ensuite, nos salles d’accouchement ne favorisent en rien nos comportements mammifères. Il nous faut de l’intimité, de l’obscurité, de la chaleur, des personnes connues et bienveillantes, de la liberté de mouvement.

Enfin, la médicalisation protocolaire engendre une cascade d’effets encore trop méconnus. On sait ainsi que l’utilisation d’opioïdes dans les péridurales peut bloquer le système de production d’ocytocine endogène. Ce qui conduit à utiliser de l’ocytocine de synthèse, qui risque de saturer les récepteurs utérins de la mère et donc d’augmenter le risque d’hémorragie. Que se passe-t-il au niveau de la protection du cerveau du bébé lorsqu’il y a moins d’ocytocine maternelle et plus d’ocytocine extérieure ? Les chercheurs ne sont pas encore d’accord sur l’impact chez les humains mais chez le campagnol, l’utilisation d’ocytocine de synthèse induit des modifications cérébrales chez le bébé et de son comportement par la suite. On a également associé l’administration d’ocytocine exogène à la dépression post-partum chez la mère.

Et la boucle est bouclée pour la prochaine génération vu que les premières expériences de ce bébé vont déterminer, entre autres, sa production d’ocytocine et de récepteurs adéquats.

 

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