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" Sport et résilience " ou comment rebondir après un traumatisme

Le sport, vecteur de reconstruction
Le sport, vecteur de reconstruction - © Zero Creatives - Getty Images/Cultura RF

Entourés par une dizaine d’experts de différentes disciplines, de la psychiatrie à l’histoire en passant par la sociologie ou le coaching, Boris Cyrulnik et Philippe Bouhours nous montrent comment le sport favorise le développement de la résilience.

La résilience, c’est quoi ?

Philippe Bouhours, psychiatre, spécialisé en thérapie comportementale et cognitive :

 

La résilience est la capacité de rebondir après un traumatisme quel qu’il soit : physique ou psychologique.

On parle souvent du sport comme moyen de résilience pour les personnes accidentées, " abîmées ". Que l’on soit sportif de haut niveau ou simple amateur, le sport offre la possibilité d’être soi-même, de se dépasser, de (re) trouver une estime de soi, de se (re) développer après une blessure.

De manière plus large, le sport est un vecteur idéal pour fédérer une nation.

 

" Tout comme on ne naît pas champion mais qu’on peut le devenir par l’effort et la persistance, on ne naît pas résilient mais il est possible de le vivre si des circonstances particulières nous y conduisent, parfois même sans le savoir, déclenchant une absolue nécessité de se battre pour réapprendre à exister. "

 

S’il y a une partie d’inné dans la résilience, une forme de défense naturelle : un bébé apprend à lutter pour vivre, lutter contre une infection,…  la résilience est également et surtout le fait d’acquis progressifs résultant des aléas de l’existence, du développement de vie, de l’éducation. C’est là qu’intervient la notion de tuteur de résilience. Il s’agit d’un apport extérieur, d’une personne qui va aider au développement de la résilience.

On parle souvent aujourd’hui du sport comme outil pour surmonter un handicap, un accident de vie physique ou psychologique. On a perdu l’estime de soi, on ne se reconnaît pas dans l’image qu’on a de soi, on a perdu confiance. Pour aller mieux, il faut retrouver de la force et du courage : deux valeurs qu’on retrouve dans le sport, tout comme l’apprentissage, la performance, l’envie de se dépasser.

Entouré d’une équipe, d’un soutien sportif, l’individu pourra reconstruire son image, son parcours de vie mais aussi parler. Parler de soi-même aux autres, des conditions difficiles qu’on a vécues, c’est déjà le début de la résilience. La narration est le premier élément qui aide à se reconstruire.

 

Les héros de la résilience

" Je suis le maître de mon destin, je suis le capitaine de mon âme " (Invictus, poème du 19e siècle), de William Ernest Henley.

 

" Invictus " était le poème préféré de Nelson Mandela. Il l’a aidé à survivre durant ses longues années d’emprisonnement et s’en est inspiré lorsqu’il était au Pouvoir en Afrique du Sud. Il a réussi à fédérer son pays autour l’équipe de rugby des Springboks

Créés en 2014 par le Prince Harry, les Invictus Games rassemblent des militaires ayant vécu les traumatismes de la guerre, physiques ou psychologiques. Ils s’affrontent dans différentes épreuves sportives. Cette année, ces jeux seront organisés à La Haye, du 9 au 16 mars, avec, pour la première fois, une équipe belge.

Dans l’ouvrage " Sport et résilience ", le mot " héros " est souvent associé au sportif, au résilient. Le sportif de haut niveau devient, au fur et à mesure de ses exploits un héros grâce à ses performances.

Dans le cadre des Invictus games, ces militaires sont des héros de guerre qui le deviennent une seconde fois dans le domaine du sport. La capacité de renaître après une catastrophe fait aussi l’étoffe du héros.

 

Les jeunes en difficultés

Pour ces jeunes, le sport est aussi un outil de résilience.

Michel Pradoline est le fondateur, animateur et président de " City Pirates ", un projet social de grande envergure et un club de football actif dans différents quartiers d’Anvers. En 2018, Il a reçu le prix de la citoyenneté pour son action à Merksem, une commune de la banlieue pauvre d’Anvers qui a connu beaucoup de difficultés.

Michel Pradoline est un tuteur de résilience. Il s’adresse aux jeunes d’une manière simple, directe, compréhensible, claire, avec sincérité et établit la confiance. Il crée ainsi du lien. C’est la première étape de la résilience. C’est un moyen de se retrouver avec les autres, de partager un sport d’appartenir à une communauté. Le sport devient un moyen d’action sociale qui permet la résilience de groupes de personnes " abîmées " par la vie (difficultés économiques, culturelles ou sociales).

Le coach (sportif), c’est le tuteur de la résilience, c’est un élément essentiel. C’est celui qui amènera chacun et chacune à se dépasser. Il permettra de retrouver des valeurs tant physiques que des principes moraux.

 

Quand le sportif de haut niveau s’arrête

Le livre aborde aussi la résilience du sportif de haut niveau lorsqu’il arrête le sport.

Etre sportif de haut niveau c’est un accomplissement, c’est être quelqu’un d’exceptionnel qui accomplit des performances exceptionnelles.

Durant sa carrière, il est confronté à des blessures physiques ; il doit faire preuve de résilience mais lorsqu’il arrête, le sport ayant pris tellement de place dans sa vie, il lui faudra de nouveau se reconstruire. Cette force de résilience devra se manifester d’une tout autre manière, en se réorientant professionnellement ou en entraînant des jeunes, par exemple. Il devra rebondir.

Et les supporters…

Ils sont essentiels pour encourager un sportif, une équipe. L’émotion générée par la victoire amène les individus à se parler, à échanger. L’émotion fait appel à des valeurs d’apprentissage de respect ; elle favorise le vivre ensemble.

Dans la vie, les supporters sont l’entourage, la famille. Un enfant qui vit et se développe dans une famille sécurisante aura des capacités plus importantes que s’il vit dans une précarité affective. Le début de la vie et sa construction progressive amène l’individu à aborder la résilience au fil de sa vie.

 

Le souhait de Philippe Bouhours

C’est que le sport concerne toute la population : homme, femme de tous âges et qu’il soit vu, dans sa pratique individuelle ou en équipe, comme un élément essentiel du bien être et de la santé. Qu’il soit reconnu comme vecteur essentiel dans le développement personnel, dans la reconstruction après un accident de vie, comme un outil pour améliorer le vivre ensemble, pour fédérer des individus, une population.
 

Avec la collaboration de Carl Blasco, Makis Chamalidis, Caroline François, David Le Breton, Laurent-Éric Le Lay, Mark Milton, Aurélie Navel-Girard, Hubert Ripoll, Otto J. Schantz.

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