Tendances Première

Souffrez-vous du syndrome d’imposture ?

Le déficit de confiance en soi frappe de très nombreuses femmes : doute obsédant, peur permanente de l’échec, autodévalorisation, sensation d’être illégitime… Dans la vie professionnelle, certaines sont rattrapées par le syndrome d’imposture. Pourtant, il n’y a aucune fatalité : on peut apprendre à croire en soi !
 

Elisabeth Cadoche, journaliste et auteur, publie, avec Anne de Montarlot, psychothérapeute, Le syndrome d’imposture (Ed. Les Arènes).

Mêlant les informations, les études scientifiques, les récits de cas et les interviews, le livre donne des clés pour prendre conscience de sa valeur et prendre confiance en soi.

Il explique comment s’affranchir du regard des autres, apprendre à s’aimer, faire de ses faiblesses un moteur, apprendre à oser dans le couple, à la maison ou au travail.

 

Ce syndrome d’imposture a été mis en évidence fin des années 70, par deux psychologues américaines, Pauline Rose Clance et Suzanne A. Imes. Il se manifeste par un déficit particulier de confiance en soi. On a peur de tout, on a peur d’être démasqué, d’échouer. On se compare aux autres, on se dévalorise.

"On s’en détache en grandissant, en vieillissant. On se détache du regard des autres, on se concentre sur ce qu’on aime et progressivement, on va s’en débarrasser", explique Elisabeth Cadoche.
 

Pourquoi les femmes en souffrent-elles davantage ?

Si le phénomène touche davantage les femmes que les hommes, c’est pour 3 raisons, précise Elisabeth Cadoche :

  • Une raison historique : les femmes ont longtemps été invisibilisées dans l’Histoire. Elles ont été élevées dans la fragilité, pour être des mères, des épouses, des ménagères, dans une domination masculine qui a été intériorisée.
  • On a intériorisé aussi des stéréotypes sociétaux, des injonctions sociales, des exigences de performance : les femmes doivent être douées dans leur carrière, dans leur rôle de mère, d’épouse, de compagne. La société, les réseaux sociaux alimentent ce syndrome, en véhiculant l’image de femmes au corps parfait, qui réussissent sur tous les fronts.
  • Le rôle de l’enfance. Si vos parents ont un amour conditionnel, qu’ils ne vous aiment que si vous réussissez à l’école par exemple, vous allez développer des stratégies pour être aimée, ainsi que des croyances fausses sur vous-même. Dans leur éducation, on demande aussi souvent aux petites filles d’être sages et polies.

"Tout cet héritage à la fois culturel, social, familial, va faire que les femmes vont être plus touchées par ce syndrome d’imposture que les hommes."
 

Arrêtez d’imaginer ce que les autres peuvent penser de vous !

Elisabeth Cadoche souligne que les femmes ont tendance à privilégier une attribution interne pour expliquer un échec. Si elles ne réussissent pas, c’est de leur faute, elles sont nulles, pas à leur place, elles se comparent aux autres. Tandis que les hommes vont l’expliquer par une attribution externe : l’examen était trop dur, le prof est trop sévère, les attentes sont irréalistes…

C’est une façon paralysante de penser parce qu’on privilégie des croyances biaisées sur soi et les autres : on surévalue les autres, on s’autodévalue et on pense toujours que les autres pensent ça de nous. C’est un récit qu’on se fait et parfois, il suffit de revisiter ce récit pour s’affirmer un peu plus.

Les femmes célèbres ou puissantes ne sont pas à l’abri de ce syndrome. Il touche d’ailleurs surtout les femmes qui réussissent : plus elles réussissent, plus elles doutent. Elles ont intériorisé des stéréotypes véhiculés depuis toujours qui cantonnent les femmes à la sphère privée : être de bonnes mères, de bonnes épouses.

Quand elles arrivent dans la sphère publique et qu’elles réussissent, elles craignent d’être démasquées. Michelle Obama, par exemple, se déclare toujours surprise d’être écoutée, elle se demande si elle est légitime. Simone Veil a eu le même sentiment en arrivant au gouvernement : "Je ne vais pas durer longtemps, parce que je vais faire une grosse bêtise et on va me renvoyer."

Malgré tout votre bagage intellectuel, toutes vos études, et malgré votre légitimité, vous êtes sans arrêt en train de vous déprécier, de vous dévaloriser, ça vous paralyse et vous vous demandez sans cesse : où est ma place ? Est-ce que je suis à ma place ?

Procrastination et burn out

Ce syndrome d’imposture peut être très handicapant dans le travail, avec des conséquences sur la santé. Quand on a peur d’être démasqué, malgré notre carrière, nos diplômes et nos connaissances, on va développer deux stratégies compensatoires :

  • la procrastination : "je vais m’autosaboter, mettre la tête dans le sable jusqu’au dernier moment et on va se rendre compte que je suis une imposture". Ou "je ferai cela plus tard", que ce soit pour une tâche ou pour demander une augmentation ou accepter une promotion.
     
  • le burn out : comme on va l’impression qu’on nous a fait une faveur absolue en nous accordant ce poste, on va surtravailler, on ne va pas compter ses heures, on va hésiter à demander de l’aide, on ne va pas déléguer, on va finir en burn out.
     

Conseils pratiques

Certaines personnes ont vraiment du mal à entendre qu’elles sont légitimes là où elles sont. Il suffit parfois de tout petits riens, de tout petits pas, pour détricoter ses croyances limitantes et pour y arriver.
Elisabeth Cadoche et Anne de Montarlot nous donnent de multiples conseils pratiques, parfois insolites, pour nous aider à nous affirmer face aux fluctuations de la confiance.

Elles recommandent aussi de s’entourer de femmes inspirantes, de lire des livres inspirants, de suivre sur les réseaux sociaux les comptes de personnes qui s’expriment sur leur vulnérabilité.

"Cela fait du bien de sentir qu’on n’est pas toute seule, de se rendre compte que c’est notre lot commun, que c’est l’héritage d’une culture."

L’objet de ce livre est aussi de déculpabiliser les femmes.
 

Le syndrome d’imposture touche aussi la vie de couple

Dans leur couple, certaines femmes n’en reviennent pas d’avoir été choisies. Craignant que leur conjoint ne se rende compte qu’elles sont une imposture totale et ne les quitte, elles sabotent la relation, elles hâtent la séparation.

"C’est aussi le problème du corps, du poids du corps de femmes, souligne Elisabeth Cadoche. On est dans une société qui nous demande d’avoir un corps mince, musclé, jeune, et si on a un petit bourrelet, on va se dire qu’on n’est pas dans la norme. Finalement, cela affecte beaucoup de femmes, mais aussi leur relation de couple. Si elles ne s’aiment pas, elles vont penser qu’elles ne méritent pas d’être aimées."
 

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