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Sommes-nous tous des menteurs ?

Sommes-nous tous des menteurs ?
Sommes-nous tous des menteurs ? - © Pixabay

Existe-t-il des contextes qui favorisent le mensonge ? Y a-t-il de bons et de mauvais menteurs ? Peut-on mentir en cachant ses émotions ? Peut-on détecter un mensonge ? À une époque où certains font passer les propos mensongers pour de simples différences d’appréciations, le livre Mensonges ! Une nouvelle approche psychologique et neuroscientifique (Ed. Odile Jacob) du Dr Xavier Seron, est particulièrement bienvenu !

Si le mensonge est un art, tout comme le dessin, nous le pratiquons tous à des niveaux différents. Le docteur en neuropsychologie et expert médico-légal Xavier Seron distingue plusieurs notions :

- Les producteurs de mensonges sont très différents les uns des autres en termes de qualités et de capacités. Il y a d’excellents menteurs et de très pauvres menteurs. Notre capacité de détection du mensonge est par contre très homogène : nous sommes globalement mauvais. Elle est voisine du hasard, du moins quand on n’a pas d’informations.

- L’intention derrière le mensonge est essentielle. On ment pour des raisons très différentes : certains vont mentir pour protéger et aider les autres, d’autres pour protéger leurs propres intérêts et éventuellement pour nuire aux autres. Il y a donc des mensonges pro-sociaux et des mensonges anti-sociaux. Certains mensonges apparaissent pro-sociaux, mais ils sont en réalité égoïstes, car il y a une intention derrière, par exemple un service à demander. Un mensonge est dit altruiste, non seulement quand il fait plaisir à quelqu’un, mais aussi quand il coûte quelque chose : par exemple, céder sa place dans le bus malgré sa fatigue.


Le mensonge dans la vie en société

On ment souvent pour faire plaisir, pour ne pas blesser, pour éviter que l’autre ne perde la face, par stratégie. Trop de franchise peut parfois faire passer quelqu’un pour mal élevé. On a besoin de mécanismes d’inhibition, qui nous évitent d’exprimer notre pensée à tort et à travers, ce qui est toujours dangereux.

La construction sociale, c’est donc ce difficile équilibre à trouver entre l’assertivité, le consensus et le mensonge pieux, altruiste, non-égoïste, qui va maintenir les relations sociales.

Certains mentent très mal, notamment parce qu’ils ont une incapacité de contrôle émotionnel quand ils mentent. Le rapport entre le mensonge et l’émotion est hasardeux selon les sujets. Un psychopathe avéré va mentir sans sourciller, sans réaction émotionnelle.
À l’inverse, certains disent la vérité mais, craignant de ne pas être crus, vont avoir des réactions de peur qui pourront être prises pour une preuve de mensonge.

Il faut de bonnes capacités cognitives, créatives et des capacités d’inhibition de la vérité, pour pouvoir concevoir un mensonge et le tenir dans la durée. Les bons menteurs sont des gens intelligents.


La psychologie du mensonge

Pour le Dr Xavier Seron, la recherche en psychologie ne s’est pas assez attardée sur les différents types de mensonges. Elle a étudié le mensonge classique, à savoir raconter quelque chose qui est contraire à la vérité, parce que c’est ce que le monde de la Justice et le monde de l’expertise médicale ont demandé. Du type : étiez-vous bien à tel endroit à tel moment ?

"Mais on n’a pas assez étudié tous les petits mensonges de la vie quotidienne, qui sont plus subtils : "je ne donne pas toute l’information", "je réponds de manière embrouillée", "je change de sujet"…. Ce ne sont pas vraiment des mensonges, mais c’est au-delà du mensonge, le mensonge n’est qu’un dispositif à l’intérieur de toutes les transformations de l’information."

On est biologiquement fabriqué pour la vérité ; il n’y a pas de vie en société possible si les gens autour de nous émettent autant de propos mensongers que vrais. Toutes les petites phrases de la vie quotidiennes sont généralement vraies, la communication est généralement collaborative.

Il y a un danger à penser par exemple que la vie politique est une vie de mensonges, parce que cela finit forcément par fabriquer le populisme : les hommes politiques sont tous des menteurs sauf ceux qui adhèrent à vos positions personnelles, souvent peu réfléchies. Vous ne lisez plus, vous n’écoutez plus les autres. Le mensonge provoque l’insécurité, dit le Dr. Xavier Seron.


Le rôle d’Internet

Internet favorise le mensonge parce qu’il suscite une forme de désinhibition, du fait de ne pas avoir d’interlocuteur en face de soi. Avec le mensonge en face-à-face, on prend un risque. Sur Internet on est protégé par l’anonymat. On constate que plus on est non-identifiable, plus l’importance et la fréquence du mensonge vont être importants.

Par ailleurs, on véhicule sur Internet des informations émotionnelles et de propagande pour lesquelles la vérité n’a plus beaucoup d’importance. C’est le cas de Trump qui tweete sans arrêt des choses, vraies ou fausses. Le drame est que le fait qu’il délivre des informations fausses n’est pas pris en compte par son électorat, car on est dans une situation de propagande, comme dans les situations de guerre. Les gens attendent des nouvelles auxquelles ils croient et ne sont pas dans une procédure de vérification de l’information.

"Nous sommes aujourd’hui habitués à avoir des représentations clivées. La presse traditionnelle a perdu son statut d’instance neutre qui délivre la vérité ; elle est considérée maintenant comme partie partiale à la cause. Les gens ne l’écoutent même plus. Il y a donc un clivage qui s’est fait et donc un recul de la pensée critique et de la réflexion sur le fond. On ne parle plus du fond, on parle des acteurs et c’est très différent."


La capacité à détecter le mensonge

Les détecteurs de mensonges, basés sur l’analyse de la transpiration, des modifications cardiaques ou respiratoires, de tous ces signes qui accompagnent l’émotion, ne fonctionnent pas bien. Il y a en effet des menteurs qui n’ont pas d’émotions et des gens qui disent la vérité mais qui ont des émotions. L’imagerie cérébrale fonctionnelle est une technique utilisée aujourd’hui, avec plus de succès.

Très peu de mensonges sont détectés au moment où ils sont émis. L’écoute et l’observation de l’expression non-verbale ne sont d’aucune utilité. Ce qui est important, c’est dans quel contexte le propos a été émis, qui émet le propos, dans quelles circonstances, et si on peut avoir une idée des intentions de la personne. Il faut analyser toutes les bases d’information autour du propos.
 

Savez-vous que l’on ment à partir de 3 ans, que les animaux mentent aussi ?
>> Découvrez tout cela dans la suite de l’émission, ici ! >>

 

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