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Sommes-nous obligés d'être connectés tout le temps ?

En réalité, les seuls sons dont nous avons vraiment besoin pour être plus créatifs sont ceux de la nature, nous dit Salma Haouach
En réalité, les seuls sons dont nous avons vraiment besoin pour être plus créatifs sont ceux de la nature, nous dit Salma Haouach - © Pixabay

Avez-vous fait une vraie trêve de connexion numérique pendant ces fêtes ? À quoi sert la déconnexion ? Comment déconnecter, en tant que personne à responsabilités ? Réponses avec Salma Haouach et son 'Lab de Salma' !

Une injonction sociale nous oblige aujourd’hui à être présents sur tous les réseaux sociaux. Ils sont devenus les nouveaux indicateurs de performance, dans la vie professionnelle comme dans la vie privée. En délaissant un peu ces réseaux, on va pouvoir travailler notre présence au quotidien, celle qu’on a un peu oubliée.

Lorsque l’on est sans cesse connecté, on est tout le temps dans la pensée archaïque, dans la notion de récompense, explique Salma Haouach. C’est la récompense du 'ping' de notre smartphone, qui stimule la dopamine, mais qui est nocive ! Comme il n’y a pas eu d’effort pour la recevoir, il n’y a pas d’apprentissage. Le cerveau pense qu’il s’agit d’une nouvelle, qu’elle soit bonne ou mauvaise, et se shoote à ce genre de petits pings.

Au contraire, quand on écrit un mail, quand on parle avec une personne, on construit sa pensée, on passe du mode automatique archaïque au mode cognitif.

Les jeunes, dont le cerveau n’est pas tout à fait formé à construire la pensée, risquent de se retrouver bloqués avec des modes de pensée qui ne sont que des séquences d’archaïsmes, sans construction et sans interaction avec l’autre.


Le multitasking en question

En entreprise, on a le même genre de problème lorsqu’on encourage le multitasking. Or si on est multitâches, on n’arrive pas à se concentrer. Le cerveau ne se repose pas, ne se régénère pas.

Ce qui est important, c’est de faire plusieurs microdéconnexions pendant la journée de travail, à l’aide de certains outils, comme

  • Le vagabondage de la pensée
  • Le silence
  • La méditation guidée, par exemple celle où l’on sature le cerveau d’images pour qu’il lâche prise, tout comme on raconte une histoire aux enfants le soir pour les emmener dans un autre univers
  • La méthode Pomodoro, pour apprendre à se concentrer intensément sur une tâche à la fois
  • Le lâcher-prise : ce n’est pas parce qu’on ne répond pas qu’on n’est pas là

Il n’est pas toujours évident de s’éduquer soi-même à la déconnexion. Car il faut savoir que la déconnexion est une compétence en soi. On n’a pas tous cette faculté-là, qui s’assimile en fait au lâcher-prise.
 

Une éducation à la déconnexion

Il existe une sorte de représentation sociale, professionnelle, au fait d’être connecté, d’être présent. "Si je ne suis pas sûr de moi, si je ne me sens pas tout à fait à ma place, je vais essayer de prouver, de surenchérir, entre autres en étant connecté, en répondant tard ou le week-end, en donnant l’impression d’être disponible. Je ne joue pas sur la qualité de ma présence mais sur la quantité", explique Salma Haouach.

Certaines entreprises coupent les serveurs pour favoriser cette déconnexion, mais on constate des pics de stress et de saturation du serveur juste avant la coupure et juste après. Les gens se mettent la pression, car ils n’ont pas la discipline pour le faire, c’est une compétence à mettre en place.

La connexion et la déconnexion ne sont donc pas des acquis innés. Il faut travailler sa compétence à choisir le moment où on se connecte. Non, nous ne sommes pas censés être connectés tout le temps : si je me connecte, c’est de manière posée et concentrée. Sinon, ce n’est pas grave, je ne le fais pas.


L’hyperconnexion contre-productive

L’injonction à la présence et à la réactivité est contre-productive. C’est ce qui nous oblige à faire du multitasking. On se rend compte que les employés sont beaucoup moins productifs en étant sursollicités.

"Pour concevoir des univers, on est censé faire travailler des compétences transversales, mais elles ne peuvent être présentes que si on est concentré sur ce qu’on fait. Le multitasking favorise donc des compétences uniquement verticales et séquentielles, et encore."

Les sociétés qui mettent en place des moments de déconnexion, via des salles de repos, de la méditation guidée, des siestes guidées, du travail d’autres compétences, permettent au cerveau de déconnecter et de revenir en étant plus créatif.

Plutôt qu’une déconnexion, c’est donc une gestion de la connexion au quotidien qu’il faut mettre en place.

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