Tendances Première

"Si vous vous sentez hypersensible, acceptez-le et prenez-le tel quel"

On connaît Maurice Barthélémy comme acteur et réalisateur de plusieurs longs métrages (Papa, Low cost, Les ex) mais on ne connaissait pas son hypersensibilité. Lui non plus d’ailleurs, il l’a découverte sur le tard, en 2015 ! Qu’est-ce exactement l’hypersensibilité en psychologie ? 20% de la population seraient concernés.

Maurice Barthélémy publie Fort comme un hypersensible (Editions Michel Lafon),
en collaboration avec Charlotte Wils, psychopraticienne.
____________________________

 

C’est parce qu’il était intrigué par le profil de sa fille que Maurice Barthélémy a découvert sa propre hypersensibilité. Elle était très curieuse de tout, très exigeante avec elle-même, toujours dans la compétition, mais aussi coléreuse quand elle ne parvenait pas à ses fins.

La lecture d’un livre sur l’hypersensibilité a été pour lui une révélation. Il paraît que la plupart des parents d’enfants hypersensibles sont eux-mêmes hypersensibles. Il a retrouvé, en lui comme en sa fille, les caractéristiques reprises dans cet ouvrage : une pensée en arborescence, les sens au taquet, une forte intuition, une surempathie,… 

 

Cela a été pour moi un très grand soulagement quand j’ai découvert cela, parce qu’enfin j’ai pu mettre un nom sur cet état que je n’arrivais pas à qualifier.

L’hypersensibilité a toujours existé, mais elle ne portait pas ce nom-là. On parlait de timidité, d’introversion, de discrétion.

Pour Charlotte Wils, psychopraticienne, c’est aujourd’hui presque 30% de la population qui est hypersensible. "Les chiffres augmentent parce qu’on se rend compte qu’il y a probablement beaucoup d’hypersensibles qui ont trop longtemps essayé de se conformer au restant de la population et ont donc dissimulé cette hypersensibilité, peut-être même après avoir été diagnostiqués dépressifs. On fait en sorte de faire taire cette sensibilité, et c’est pourquoi les chiffres étaient inférieurs à la réalité."


Le profil type de l’hypersensible

La première caractéristique, ce sont des sens beaucoup plus aiguisés : l’hypersensible va voir des choses que les autres ne voient pas, il va entendre des choses que les autres n’entendent pas, il va sentir des choses que les autres ne sentent pas.

"Ensuite, au niveau cognitif, les hypersensibles ont des connexions en arborescence, ce qui fait que les choses vont beaucoup plus vite, qu’ils ont un sentiment de décalage par rapport à des groupes de personnes, voire à leur propre famille."

Maurice Barthélémy s’est toujours senti en décalage, "comme un petit extraterrestre". Il s’auto-observait en permanence. C’est ce qu’on appelle le faux self. L’hypersensible se crée une distance avec lui-même pour ne pas prendre les choses trop à vif.

Il a connu des difficultés à l’école, par rapport à l’apprentissage et à la concentration. Il avait un grand besoin d’être très stimulé. Il y avait un malentendu entre ses professeurs et lui : non, il n’était pas dispersé et feignant, il n’était simplement pas tout à fait adapté au système scolaire, pensé plutôt pour les normo-pensants.


"Je ne suis pas favorable à une sectorisation des personnes hypersensibles"

Les enfants hypersensibles ont une grande curiosité, aiment les activités manuelles, la sociabilité, mais ils ont des difficultés au niveau des apprentissages tels qu’ils sont demandés. Ils présentent souvent des troubles associés : hyperactivité, dysgraphie, dyscalculie… Ils sont très créatifs et ont du mal à rester dans les codes de l’enseignement classique. Ils ont besoin que ce soit ludique, que cela sorte presque du cadre scolaire.

Les enseignements atypiques leur sont plus favorables, même si l’idée n’est absolument pas de les sortir de la société, souligne Charlotte Wils.

"Il est important, au contraire, qu’ils apprennent à fonctionner avec les autres, de même pour les adultes hypersensibles. Je ne suis pas favorable à une sectorisation des personnes hypersensibles. Mon travail est de les accompagner à vivre dans cette société, parce qu’on en fait partie. Il est hors de question qu’on se mette à part ou qu’on reste entre nous. Au contraire, c’est véritablement important, y compris en entreprise, de trouver la complémentarité. On est complémentaire en fait, on a besoin les uns des autres."

Les hypersensibles sont aussi beaucoup plus fatigables et donc sujets au burn out. Ils sont en effet extrêmement courageux, perfectionnistes, ils se donnent à fond, ils ont un grand niveau d’exigence vis-à-vis d’eux-mêmes. Ils ont donc besoin de 'pauses sensorielles' pour faire remonter leur niveau d’énergie.

Quels tests pour détecter l’hypersensibilité ?

Les tests de QI sont souvent proposés pour déceler une hypersensibilité. Pour Maurice Barthélémy, qui cherchait une validation à cette suspicion d’hypersensibilité, le test QI s’est avéré non significatif. Mais il se sentait hypersensible, il présentait les caractéristiques des hypersensibles. Il a alors rencontré Charlotte Wils, qui lui a donné le conseil suivant :

Evidemment que vous êtes hypersensible et au bout d’un moment, il faut arrêter de chercher forcément une validation. Si vous vous sentez hypersensible, acceptez-le et prenez-le tel quel.

Si vous avez besoin de passer un test de QI, allez-y, mais l’important est de se sentir complètement en phase avec tout cela et de lire des livres sur le sujet, ajoute Maurice Barthélémy. Et puis c’est aussi simple que d’accepter le fait d’avoir le vertige ou d’être gaucher !

Lors du premier entretien, explique Charlotte Wils, la personne explique sa situation, comment elle vit les choses, comment elle perçoit son hypersensibilité, les difficultés qu’elle rencontre. Ensuite, la psychopraticienne lui fait passer le test d’hypersensibilité et lui donne toutes les explications nécessaires. C’est cela qui permet une sorte de validation auprès de la personne.

"Mais la première chose, pour une personne hypersensible, si elle se sent sensible, si elle se reconnaît dans les différentes lectures, c’est que c’est elle qui est d’abord la spécialiste d’elle-même."

Charlotte Wils travaille beaucoup avec les sens, car dans 'hypersensibilité', il y a 'sens'. Avec la PNL, pour les troubles sensoriels, elle travaille beaucoup sur la manière dont les gens perçoivent, au niveau visuel, auditif ou kinesthésique.
 

Pourquoi se découvre-t-on si tard hypersensible ?

"Parce qu’en général, explique Charlotte Wils, cela va être une difficulté qui va faire que cela va s’imposer à nous : les difficultés vont s’accumuler, les scénarios vont être répétitifs et on va souvent essayer de les dépasser. Et au moment où la difficulté va être un peu plus grande ou il y aura trop de répétitions, l’hypersensibilité va se révéler à nous. Elle est toujours mise en lumière, quand on est adulte, par les difficultés."

Par ailleurs, il y a un malentendu, souligne Maurice Barthélémy. Beaucoup de gens pensent que l’hypersensibilité, ce n’est que de l’hyperémotivité, alors que c’est aussi de l’hyperinformation. Beaucoup ont donc des préjugés sur l’hypersensibilité, et notamment les hommes.

"C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre. Je voulais absolument que les hommes assument leur hypersensibilité. Ce n’est pas de la sensiblerie. Ce n’est pas forcément de l’hyperémotivité. Ce n’est pas de la féminité, même si c’est important d’assumer la part de féminin en soi. Mais pour moi, c’est très important de dire que c’est aussi, en tout cas chez moi, un surcroît d’information que j’ai du mal à gérer, et c’est la raison pour laquelle parfois je suis trop fatigué, parce que j’ai trop d’informations ou j’ai du mal à faire le tri dans ma tête."

Il n’est pas toujours facile de parler de son hypersensibilité, même à ses proches, la moquerie n’est jamais loin. Mais plus vous le dites, plus les gens s’adaptent à vous, et pas le contraire !
 

Quelle distinction entre haut potentiel et hypersensibilité ?

Les hauts potentiels ont souvent une grande part d’hypersensibilité. Ce qui permet de faire la distinction avec les hypersensibles, c’est le test de QI.

C’est cette part d’hypersensibilité qui les fait souffrir, et pas leur coefficient intellectuel. Il est important alors d’investir cette part d’hypersensibilité dans quelque chose, dans une activité, une passion, un métier. Et c’est comme cela qu’on va pouvoir trouver un épanouissement.

 

La force des hypersensibles

Pour certains, l’hypersensibilité, c’est douloureux, Maurice Barthélémy en a tout à fait conscience, mais pour sa part, il a fait un travail pour se débarrasser de la culpabilité et des peurs qui pouvaient l’envahir, pour en profiter comme d’un cadeau. On lie trop souvent l'hypersensibilité aux difficultés à s'adapter à la vie, à l'école, au travail, aux relations. Lui, il veut mettre l'accent, dans son livre, sur la force des hypersensibles : "Je suis plutôt quelqu'un de joyeux, je suis content du métier que je fais. Si j'ai choisi ce métier, c'est en partie à cause de mon hypersensibilité. Et donc je me suis dit, je vais raconter comme je la vis."

Pour Charlotte Wils, l’hypersensibilité, ce n’est pas les difficultés, c’est un trésor !

"On va plutôt regarder ce qui contrarie votre hypersensibilité, ce qui empêche qu’elle pousse, qu’elle éclose, ce qui vous empêche de la vivre pleinement."

Certaines personnes sont malheureusement hyposensibles. Ce sont des personnes qui réfrènent leurs émotions, qui ont très peu d’émotions. Cela peut être les hypersensibles qui ont essayé de se conformer à une forme d’hyposensibilité, pour rentrer dans une norme de la société. Au pire, c’est le psychopathe.

Et c’est pour cela que c’est très bien que l’hypersensibilité soit à la mode ! Plus on va en parler, plus cela va être pris en compte dans les écoles et dans les entreprises.

 

Ecoutez le dossier complet dans Tendances Première

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK