Tendances Première

Santé : "Malgré toute la souffrance, il reste encore beaucoup de plaisir et de joie à soigner"

Pour permettre aux soignants de "vider leur sac" et d’améliorer la relation qu’ils entretiennent avec leurs patients, la Société Balint Belge propose une formation psychologique continue du soignant, non politisée, aconfessionnelle, interuniversitaire, multidisciplinaire et polyvalente. Explications avec les médecins généralistes Philippe Heureux et Florence Decorte.

Un lien de confiance nécessaire pour soigner et être soigné

Une faculté d’écoute bienveillante, une aptitude à installer une relation de confiance et un sens de l’empathie : voici ce que la plupart des patients attendent d’un "bon" soignant - qu’il soit médecin, infirmier, ou spécialiste. Même son de cloche du côté du personnel médical, et plus particulièrement encore en ces temps de pandémie où la confiance fluctue en fonction des informations qui arrivent dans les médias : "Sans confiance, je ne peux pas soigner correctement mes patients. Je passe donc du temps à (ré)établir ce lien" témoigne un médecin sur l’antenne de Tendances Première. En plus des compétences médicales, une relation de confiance est en effet fondamentale dans la prise en charge médicale. Mieux encore : "cette relation soignant-soigné fait partie du traitement, elle a elle-même un effet thérapeutique : on appelle ça une médecine à main nue et à cœur ouvert" commente la docteur Florence Decorte.

Malheureusement, dans les faits, ce lien n’est pas toujours facile à instaurer. En fonction des services et des institutions, les soignants n’ont pas toujours le temps ou les moyens d’entretenir une relation avec leur patientèle. Les infirmiers, médecins et spécialistes qui subissent cette souffrance institutionnelle se sentent souvent trop débordés, stressés et surmenés et ne parviennent plus à "prendre soin", en plus de soigner. Ce manque de proximité avec leurs patients les amènent souvent à ressentir un "manque de sens" et une "perte de plaisir" dans leur pratique professionnelle. C’est d’ailleurs une des causes récurrentes de burn-out dans le milieu de la santé.

Des groupes de parole pour améliorer la relation soignant-patient

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"Pour pouvoir être à l’écoute des soignés, il faut que le soignant lui-même ait pu expérimenter tous les bienfaits d’une écoute bienveillante" rappelle le docteur Philippe Heureux. "C’est en partie à ça que servent les groupes de discussion". © Getty Images

"Pour pouvoir être à l’écoute des soignés, il faut que le soignant lui-même ait pu expérimenter tous les bienfaits d’une écoute bienveillante" rappelle le docteur Philippe Heureux. "C’est en partie à ça que servent les groupes de discussion", poursuit-il. Organisés par la Société Balint Belge, ces groupes de parole réunissent entre 8 à 10 praticiens pour une discussion d’environ 2h autour de la relation entre le soignant et le soigné. "Il n’y a pas que des médecins, il y a aussi des infirmier(e)s, des sages-femmes, des logopèdes, des aides-soignant(e)s, etc. Il y a aussi un animateur et un observateur – qui a d’ailleurs souvent une formation de psychothérapeute et qui reste en retrait. Ça se passe dans une super ambiance. Au fur et à mesure des séances, on fait connaissance […] chacun apporte son éclairage sur sa relation avec les patients. On peut rire, faire part de ses émotions, pleurer, bref, être soi-même ; mais on parle uniquement de cette relation soignant-soigné. On ne parle pas de nos difficultés personnelles et on ne juge pas les patients" explique la docteur Florence Decorte.

En mettant cette relation soignant-soigné au cœur de ses préoccupations, la Société Balint Belge accompagne les soignants dans leurs démarches, les écoute et leur permet de s’exprimer sur des malaises éventuels. "À partir des réunions, on peut réfléchir tous ensemble et élaborer éventuellement quelque chose. Et c’est ça, en partie, qui augmente le plaisir et le sens de la pratique" conclut Philippe Heureux.

"Et pourquoi ne pas parler, pour une fois, du plaisir, du sens et de la joie que nous procure ce métier ?"

Oui, il y a beaucoup de souffrance institutionnelle parmi les membres du corps médical. Certes, il y a des burn-out. "Mais malgré toute cette souffrance, il reste encore beaucoup de plaisir et de joie à soigner !" réplique la docteur Florence Decorte. "C’est vrai qu’il y a des soignants qui encaissent (comme la population d’ailleurs) le stress aigu puis chronique lié à la pandémie […] Mais il y a aussi des soignants qui vont bien et qui cherchent à remettre du sens dans ce qu’ils font, tout en ne faisant pas l’impasse sur les fondamentaux de la pratique. C’est la question du sens qui donne le plaisir de soigner. Les deux sont liés. Et peut-être que dans certains secteurs de la santé, on est un peu en panne de sens" continue Philippe Heureux.

Le sens, le plaisir et la joie de soigner : c’est justement le thème de la revue n°122 de la Société Balint Belge. "On a décidé ce thème avant l’arrivée de cette pandémie, de manière assez spontanée d’ailleurs […] On parle beaucoup de la souffrance au travail, du burn-out, etc. Alors on s’est dit : "mais pourquoi ne pas parler, pour une fois, du plaisir, du sens et de la joie que nous procure ce métier ?" La confection de ce numéro a été une belle aventure. On a recueilli de beaux témoignages, qui nous ont fait beaucoup de bien" explique Florence Decorte. 

Pour en savoir plus :

  • Retrouvez les docteurs Florence Decorte et Philippe Heureux de la Société Balint Belge dans le podcast Tendances Première ci-dessous :
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