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Santé : le vaccin contre le papillomavirus pour les garçons comme pour les filles


La couverture vaccinale contre le Human Papillomavirus (HPV) est plutôt bonne chez les jeunes filles. Ce qui n’est pas le cas chez les garçons, alors qu’ils sont également concernés. On parle ici d’une maladie complètement évitable mais encore trop méconnue. Transmission, prévention, vaccination… explications avec Julie Verbiest, médecin dans un Planning familial.

 

Le Human Papillomavirus, le HPV, est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente : par voie orale ou sexuelle, un seul contact suffit. On estime ainsi que plus de 80% des personnes sexuellement actives sont, un jour dans leur vie, confrontées à une infection par le HPV, dont la moitié entre 15 et 24 ans. 90% en seront totalement guéries après 2 ou 3 ans, la vaccination peut favoriser cette guérison. Mais actuellement, le taux de couverture vaccinale est trop faible pour diminuer la circulation du virus.

Le HPV peut disparaître de lui-même ou causer plusieurs types de cancers. Chaque année, plus de 1000 nouveaux cas de cancer détectés en Belgique sont imputables au papillomavirus humain : cancer du col de l’utérus (le plus fréquent), mais aussi cancer du vagin, de la vulve, de la bouche, du pénis et de l’anus. Ces deux derniers étant en augmentation, la question de la vaccination des jeunes hommes s’impose.

Le Human Papillomavirus touche donc autant les garçons que les filles. Depuis l’an dernier, les garçons peuvent donc aussi bénéficier de la vaccination gratuite, "ce qui n’était pas le cas avant, sans doute par stratégie de vaccination, le principal cancer causé par le papillomavirus étant le cancer du col de l’utérus. La décision a été d’élargir la vaccination par souci d’égalité, parce qu’il y a des cancers moins fréquents qui touchent les garçons et des verrues génitales qui les concernent. En oubliant les garçons, on oublie en particulier le groupe des hommes qui ont des relations sexuelles avec les hommes", souligne Julie Verbiest.


Le dépistage

Pour les filles, le dépistage du papillomavirus consiste en un frottis qu’on réalise lors de la visite chez le gynécologue.

Pour les garçons, c’est plus compliqué et difficilement détectable, les anuscopies ou les péniscopies ne sont pas du tout systématisées. Forcément, du coup, les papillomavirus de type cancéreux sont souvent découverts à un stade très avancé. Les verrues génitales, elles, se voient beaucoup plus tôt, et elles présentent très peu de risques d’évoluer vers le cancer.

 

Malgré les informations, on constate une réelle méconnaissance de la part des jeunes filles et des jeunes garçons sur ce genre de maladies. La clé reste l’éducation, c’est le sens des séances d’éducation à la vie sexuelle et affective que les plannings organisent dans les écoles. Il faut augmenter la visibilité de ces informations, en particulier sur les réseaux sociaux pour mieux toucher les jeunes, plaide Julie Verbiest.

On n’est pas assez informé sur les risques de ce genre de virus.


Prévention et vaccination

En dehors de l’absence de sexe, l’une des précautions essentielles est l’utilisation du préservatif, mais il faut savoir que la protection est partielle, car le virus est présent en dehors des parties couvertes par le latex, d’où l’importance de la vaccination.

La vaccination est plus systématique chez les filles aujourd’hui, mais elle reste limitée, car elle n’est pas obligatoire, elle n’est que préconisée. A Bruxelles et en Wallonie, on est entre 36 et 50% de couverture vaccinale, contrairement à la Flandre où l’on est à 90%. Cela s’explique par l’organisation des soins qui est différente selon les régions. En Flandre, c’est la médecine scolaire qui gère cette vaccination, tandis qu’en Wallonie et à Bruxelles, jusqu’ici, la vaccination n’était pas possible dans le cadre scolaire. Les PMS renvoyaient donc les jeunes vers les médecins de famille, ce qui compliquait les choses pour les parents.

Depuis l’année scolaire 2019-2020, les choses ont évolué : garçons et filles peuvent se faire vacciner en deuxième secondaire, via la médecine scolaire ou chez un médecin de leur choix.

Mais il ne faut pas oublier que le vaccin ne suffit pas, il peut donner un faux sentiment de protection, mais il ne protège que contre certains cancers causés par certains virus. Il faut donc répéter aux jeunes : protégez-vous ! Le vaccin doit s’accompagner d’une discussion sur les pratiques sexuelles et leur sécurité.

On peut être vacciné adulte, jusqu’à 25 ans, ou plus tard chez les immunodéprimés. C’est important de le faire tôt dans la vie sexuelle pour éviter d’avoir déjà été mis en contact avec des souches virales.
 

Quel traitement ?

Le degré de gravité des lésions provoquées par le HPV est très variable : les lésions les moins graves sont les condylomes ou les verrues génitales : le risque d’extension est faible, sauf si on est immunodéprimé. Il n’y a pas de risque cancéreux, mais d’un point de vue de l’image de soi, c’est parfois très difficile à vivre.

Chez les filles, le cancer du col de l’utérus représente environ 700 cas par an en Belgique. Elles sont touchées aussi par le cancer de la vulve, de l’anus, du vagin.
Chez les garçons les cancers touchent la tête et le cou, le pénis et l’anus.

Les verrues se soignent par destruction locale : on applique des produits irritants qui détruisent le virus, ou on peut avoir recours à la cryothérapie ou au laser. Le temps fait aussi son oeuvre et dans 90% des cas, grâce à l’immunité, en deux ou trois ans, les lésions disparaissent spontanément. Et il n’y aura pas de risques de développer un cancer, puisque ce ne sont pas les mêmes souches.

En dehors de l’immunité, l’arrêt du tabac favorise la régression des lésions. Chez les fumeurs, les lésions ont tendance à être beaucoup plus graves.

Dans 70% des cas, les cancers provoqués par les papillomavirus sont guérissables, mais parfois les chirurgies sont lourdes. On essaie de préserver au maximum les organes génitaux et l’appareil reproducteur pour que les femmes puissent encore avoir des enfants. L’objectif est bien de maintenir la fertilité et de diminuer le risque de complications lors des grossesses.

La moyenne du diagnostic se situe autour de 51 ans, parce que c’est un cancer qui se développe lentement, sur une dizaine ou une quinzaine d’années, entre les lésions précancéreuses qu’on peut distinguer sur le frottis de col et un cancer.

Ecoutez ici le dossier complet sur ce sujet !

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