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Réseaux sociaux : faut-il s’inquiéter de leur utilisation intensive par les jeunes ?

Huit jeunes sur dix utilisent tous les jours les réseaux sociaux. Difficile de leur interdire mais hors de question de fermer les yeux… Alors comment réagir ? Faut-il s’inquiéter ? Quels conseils de sécurité leur donner ?

La nouvelle génération a investi les réseaux sociaux numériques comme les précédentes se sont prises de passion pour le cinéma ou la télévision. Mais sait-on vraiment comment les adolescents s’approprient-ils ces lieux de socialisation et ces outils de communication ? Faut-il intégrer des pédagogies pour l’usage des RS ? Comment ? 

L’utilisation des réseaux sociaux est-elle problématique chez les jeunes ?

Aline Durieu, spécialisée dans les workshops de sensibilisation aux jeunes dans les écoles et fondatrice du projet CYTIZEN, a une vision assez positive des réseaux sociaux et reproche d’ailleurs aux médias de parler un peu trop facilement de "problèmes d’addiction" dès qu’ils abordent son utilisation par les jeunes. "Addiction. C’est un mot qui est très fort et qui fait peur. Ce n’est pas nécessaire." Au contraire, l’utilisation des réseaux par les adolescents serait presque naturelle, selon elle : "Quand on sait vraiment ce que font les jeunes sur les réseaux sociaux, on se rend vite compte que c’est tout à fait normal. En fait, par rapport à il y a 20 ans, les usages sont les mêmes. C’est juste le paysage derrière qui est différent. Les jeunes communiquent tout simplement énormément entre eux. Avant ils le faisaient sur le banc dans le parc, maintenant ils le font sur les réseaux sociaux".

Pas de raisons de l’interdire donc, puisqu’il n’y a rien d’inquiétant…"à partir du moment où l’utilisation est faite de manière critique ! Ce qui n’est évidemment pas toujours le cas." Et c’est là que le bât blesse.

Les adolescents ne sont pas par défaut des "digital natives"

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© Getty Images

Bon nombre de parents et d’enseignants qui "laissent faire" considèrent de facto que "les ados gèrent" leur utilisation des réseaux sociaux. "Absolument pas, ce serait une grosse erreur de se dire ça !" réagit Aline Durieux. "Ce n’est pas parce qu’un jeune est né à l’époque d’internet et de la 4G qu’il a les compétences ou qu’il est forcément "digital native", comme on dit. Il y a tout un apprentissage à faire derrière, comme pour tout." poursuit-elle.


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"Quand un jeune prend le bus tout seul pour la première fois, on l’accompagne, on le met en garde, on le prévient de ce qui pourrait arriver, de comment réagir. Pour les réseaux sociaux, ça devrait être la même chose […] Il est nécessaire qu’il y ait un accompagnement, de préférence avant que l’enfant ne reçoive son premier smartphone."

L’importance de la pédagogie des réseaux sociaux

Flavie Gauthier – qui chapeaute le programme pédagogique "Cyber Héros" de Bibiliothèque sans Frontière qui montre aux enfants comment naviguer sur le Web de manière sûre et responsable – ne peut qu’approuver : "Nous, on commence avec les enfants 8 ans. On nous dit souvent que c’est super jeune mais aujourd’hui, le premier smartphone en fédération Wallonie Bruxelles est reçu en moyenne à 11,5 ans. Il faut regarder la réalité en face. Dans les classes de 5e ou 6e primaire, les enfants utilisent déjà les réseaux sociaux."


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Avec le projet "Cyber Héros", Flavie apprend notamment aux plus jeunes à maîtriser leur identité numérique (ce que je partage en ligne, ce que je ne partage pas), et les sensibilise au cyberharcèlement. Tout se passe généralement très bien. "En fait, la plus grosse difficulté que l’on rencontre, ce sont des profs qui se disent que ce n’est pas leur rôle de sensibiliser les jeunes à leur utilisation des réseaux sociaux et qui pensent que la responsabilité revient aux parents. On essaye de leur faire comprendre que c’est un peu les deux, en fait […]" En effet, souligne-t-elle "aujourd’hui, la "vie de tous les jours" se passe aussi en ligne. La citoyenneté est aussi numérique."

Pour Flavie, il est donc indispensable que les professeurs prennent leurs responsabilités quant à la pédagogie du numérique. Particulièrement après ce que nous avons vécu aux mois de mars, avril, mai et juin, durant le confinement : "à partir du moment où l’école intègre le numérique dans l’enseignement comme outil pédagogique, c’est aussi aux profs de faire de la prévention" conclut-elle.

Revoir le dossier "Pédagogies des Réseaux Sociaux" sur Tendances Première :

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