Tendances Première

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand bébé pleure ?

Nous réagissons instinctivement très fort aux pleurs des bébés. Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala, nous explique ce qu’il se passe dans notre cerveau quand bébé pleure.

C’est la substance grise péri-épendymaire, dans notre cerveau moyen, qui nous donne l’envie immédiate d’aller consoler un bébé qui pleure. Cette zone est liée à nos comportements ancestraux de survie. Elle provoque une réaction très rapide et spontanée, de façon totalement inconsciente.

Les pleurs activent dans notre cerveau des zones auditives, émotionnelles et motrices spécifiques. J’entends un son. Est-il important ? Si oui, je dois agir tout de suite.
Si nous laissons courir ce son plus longtemps, notre rythme cardiaque va s’accélérer, notre peau va transpirer, notre tension artérielle va augmenter, notre respiration va légèrement se dérégler, nous aurons plus de force dans nos mains, explique Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala.

Cette forme de stress est programmée pour sauver la vie des bébés. En termes d’évolution, la 'mélodie' des pleurs de bébé est spécifiquement agaçante et perturbante, de façon à capter notre attention plus que tout autre chose dans notre environnement.

Notre réaction est donc physiologique et tout à fait normale. Il est tout aussi normal pour un bébé de pleurer. Un bébé humain 'normal' pleure environ deux heures par jour. Il est naturel et utile pour un bébé de pleurer, tout autant que de respirer. Ces deux actions sont d’ailleurs reliées sur le plan physique et neurologique. Chez les animaux, cette vocalisation de détresse est une référence pour les mères et les empêche de délaisser leurs petits.

Que faire quand bébé pleure ?

La psychologue Héloïse Junier, propose quelques pistes à explorer. En comprenant mieux les processus chez nous et chez les bébés, en se posant les bonnes questions, chacun devrait pouvoir trouver des réponses adéquates.

S’agit-il de coliques ?
Sans doute pas. Les pédiatres s’accordent sur le fait que les vraies coliques, physiologiques, symptômes de maladie, se traduisent par des pleurs de plus de 3 heures par jour, plus 3 jours par semaine, et pendant plus de 3 semaines. Ce qui est énorme en termes d’intensité.

Est-ce un langage ?
Un langage que nous ne comprenons pas ? Non, selon Héloïse Junier, car qui dit langage, dit un acte volontaire. Or les pleurs viennent de réseaux primitifs, que le bébé ne commande pas.

Est-ce un caprice ?
Le caprice est un désir non assouvi. Or les désirs n’apparaissent chez l’enfant que vers 18 mois-2 ans, il est très sain d’ailleurs que tous ses désirs ne soient pas assouvis, que les limites soient posées. Mais avant cet âge, les enfants ne font pas de caprices. C’est impossible sur le plan neurologique, les connexions ne sont pas encore faites. Ils éprouvent seulement des réels besoins physiques et émotionnels.

Quand un bébé pleure, on va donc d’abord vérifier ses besoins physiques : a-t-il faim ? A-t-il froid ? A-t-il chaud ? A-t-il mal quelque part ? Quand on a vérifié tous ces besoins-là, il reste tous les besoins émotionnels : être rassuré, être écouté, être proche, sentir la chaleur humaine, se sentir touché…
 

Pourquoi vouloir faire taire à tout prix les pleurs émotionnels ?

Le psychologue Eric Binet interroge : pourquoi le doudou ou la tutute seraient-ils les uniques objets de consolation ? Ces objets n’expriment ni bienveillance, ni amour, ni empathie.

Du coup, la question est : et si on laissait nos bébés s’exprimer dans nos bras, comme un puissant moyen de déstresser, d’évacuer leurs tensions, en comblant leurs besoins de bienveillance, d’empathie et d’écoute ?

Il faut savoir que les bébés occidentaux pleurent beaucoup plus que les autres bébés autour du monde. Pourquoi ?
En Corée, les bébés passent 8% de leur temps tout seuls, contre 67.5% aux Etats-Unis. Notre culture occidentale est inadaptée à l’immaturité des bébés, qui ont besoin de cet enveloppement, besoin d’être rassurés. Les bébés asiatiques ou africains pleurent moins parce qu’ils sont davantage portés, que leurs besoins primaires, physiques, physiologiques et émotionnels sont davantage comblés par cette proximité. Il y a donc moins de stress et de détresse dans leurs pleurs comme dans leur mode de vie.


Prendre un peu de distance

Nous sommes toutefois sur la bonne voie d’adaptation, nous sommes de plus en plus conscients du besoin physiologique qu’a la bébé de s’exprimer. Nous pouvons alors entendre ses pleurs autrement, d’une autre oreille, sans réagir tout de suite.

Nous allons alors éviter de suractiver notre cerveau parental, de suractiver notre empathie, et prendre nos distances, en nous étant d’abord assurés que les besoins de base sont couverts et que ce sont des besoins émotionnels. Nous comprendrons qu’en fait, notre bébé a juste besoin de pleurer et de raconter. Et nous verrons que le bébé qui a pu s’exprimer librement dans un environnement rassurant, apaisant, compatissant, dormira mieux, aura plus d’espace pour apprendre, sera plus éveillé.

On peut donc le laisser pleurer, mais dans les bras, pas tout seul dans son lit, recommande Aline Schoentjes. Et lui dire : je t’écoute, tu as le droit d’exister tel que tu es, tes émotions ont le droit d’être là.

Pour désamorcer le stress qui a été activé par notre cerveau de survie, il faut reprendre une respiration calme et se poser la question : est-ce que mon bébé est vraiment en danger ? Non, il vit juste une difficulté. Je ne peux rien y faire, je peux juste accueillir cette difficulté en ce moment et observer que cet accueil posé lui offre cet espace d’expression, de déstress. Puis je peux le poser dans son lit.

"Cela ne veut pas dire que c’est facile à faire tous les jours et qu’on n’a pas besoin de sérieux relais. On sent que c’est difficile, que ça vient chercher dans notre impuissance, mais si l’on prend du recul, si l’on prend conscience de nos réactions physiologiques, on peut se mettre en lien avec ce que vit le bébé, l’accompagner dans sa croissance et son développement."

Ecoutez Aline Schoentjes ici

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK