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Quand les nouveaux papas sont shootés à l’ocytocine

Si on connait mieux aujourd’hui le désordre hormonal qui accompagne une grossesse et une naissance chez une femme, on connait moins bien le phénomène chez les hommes. Et pourtant… On en parle avec Aline Schoentjes, sage-femme chez Amala.

On a longtemps clamé que les pères n’étaient pas biologiquement et psychologiquement faits pour s’occuper des enfants comme le font les femmes. Mais on sait aujourd’hui qu’ils subissent eux aussi des transformations hormonales et cérébrales importantes lorsqu’ils deviennent parents !

Parler de la baisse de la testostérone chez les nouveaux pères reste un sujet un peu tabou, car se profile la peur de l’émasculation. Pas de crainte à avoir, les hommes continuent à faire des enfants ! La nature est bien faite !
 

L’effet de l’ocytocine

Des études ont montré que la baisse hormonale de la testostérone se produit juste avant ou après la naissance de l’enfant et que, plus elle est importante aux premiers jours après l’accouchement, plus le jeune papa va s’occuper de son enfant et s’impliquer dans les tâches ménagères.

Pourquoi donc ? Parce qu’en parallèle avec cette baisse de la testostérone, tous les chercheurs s’accordent sur une augmentation très significative de l’ocytocine, plus de 33% dans les 6 premiers mois du bébé.

Cette hormone intervient dans l’orgasme, l’accouchement, l’allaitement quand elle circule dans le sang. Mais elle circule aussi dans le cerveau et joue un rôle extrêmement positif dans la confiance et dans le lien social, tandis que la testostérone serait plutôt l’hormone de la méfiance.

On la retrouve aussi dans la reconnaissance des visages, dans l’empathie, dans la générosité. Après un spray d’ocytocine dans le nez, 80% des gens augmentent leurs dons à des organismes de charité, par exemple.

L’ocytocine intervient aussi dans la qualité et la stabilité du lien conjugal et c’est un excellent anti-stress. C’est sans doute pour cela qu’on l’appelle l’hormone de l’amour.

Enfin, l’ocytocine active la production de dopamine, essentielle dans le processus de récompense.


Des papas shootés à l’ocytocine

En même temps que l’ocytocine augmente, on voit s’activer dans le cerveau du nouveau papa les zones liées à la reconnaissance des émotions sur le visage, celles qui permettent de comprendre l’état mental du bébé, une zone spécifique au parentage et les zones de la récompense, plus particulièrement parentale.

Elle libère aussi de la dopamine dans une zone spécifique aux soins pro-actifs au bébé.

L’explication est donc là : en fait les papas sont shootés ! Comme les mères, ils sont drogués à l’ocytocine et à la dopamine. Plus ils s’occupent des petits et plus ils sont heureux.

Plus le père vit avec son enfant et s’implique dans son éducation, plus ce renversement hormonal se prolonge longtemps.
 

Quelle différence alors entre la fonction mère et la fonction mère ?

Un chercheur de Denver a observé que les pères présentent les mêmes changements cérébraux que les mères, au niveau anatomique : une augmentation de la matière grise dans les zones liées à l’attachement, à l’éducation, à l’empathie, à la capacité d’interpréter et de réagir de façon adéquate aux comportements de leur bébé.

Par contre, les zones les plus actives sont différentes. Chez les mères, elles se situent plus au centre du cerveau, là où se régulent les soins, l’éducation, la détection des risques…

Alors que chez les pères, elles se situent plus en surface, orientées vers des fonctions cognitives : la réflexion, les objectifs à atteindre, la planification, la résolution de problèmes…

Ils vont donc s’occuper différemment de leur enfant, avoir des rôles et des comportements différents. Et les petits le sentent. Leur cerveau est synchrone avec celui de leurs parents, aussi quand il s’agit de produire de l’ocytocine. Le bébé fera donc le plein d’ocytocine et de dopamine chez papa, chez maman, mais dans des interactions très différentes et tout aussi essentielles à son bon développement.

On peut donc rassurer les futurs papas, la nature a tout prévu pour les aider à devenir pères, à les satisfaire dans leur nouveau rôle : ils deviennent biologiquement parents à la naissance de leur enfant.

L’idéal serait de leur accorder un congé parental de plus de dix jours pour leur permettre de surfer sur cette vague biologique, ce qui par la même occasion permettrait aux mères de souffler.

A lire pour plus d’infos : The Life of Dad – The Making of the Modern Father, par le docteur Anna Machin.

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