Tendances Première

Adolescence: Quand la norme de l’épilation est remise en question


Marie-Laure Mathot, journaliste au Ligueur des Parents s’est intéressée cette semaine aux poils. Mais pas n’importe lesquels… Ceux qui apparaissent à la puberté, ceux des zones intimes ! Souvent vus comme indésirables ou sales à l’adolescence, on se dit qu’on doit les retirer mais est-on vraiment obligé ? Bien sûr que non. Être bien informé pour mieux aborder le sujet avec son ado, c’est essentiel.

Les poils préoccupent autant les garçons que les filles, et parfois très tôt. Même si ce sont surtout les femmes que l’on représente systématiquement totalement glabres. La publicité ne montre d’ailleurs jamais de poil vagabond pour les déodorants ou parfums divers ! Cela reste une question de choix, mais le regard de la société vous impose souvent de vous raser. Les films aussi font passer ce message du poil indésirable.

"Ces dernières années, on a aussi fait comprendre aux jeunes filles, et même à celles qui ne sont pas encore actives sexuellement, que les poils sont indésirables partout."
 

Un phénomène de mode et une question tabou

Dominique Warocquiez, dermatologue au Chirec, fait des consultations de dermatologie au niveau génital depuis 20 ans.

"Honnêtement, c’est clair qu’il y a toute une génération, observe-t-elle, mais je ne vais pas vous dire que ce ne sont que des filles de 20 ans, il y a aussi des femmes de 30, 40 ans. Cela dépend du milieu socio-culturel aussi : il y a des gens pour qui c’est normal de s’épiler, culturellement. Mais c’est de plus en plus, et de plus en plus souvent, tout, l’intégrale. Je pense que c’est une discussion qui est en lien directement avec la sexualité. Parce qu’il n’y a pas de raison d’hygiène. C’est vraiment un phénomène de mode."

Il est bien d’en parler, souligne Marie-Laure Mathot, parce qu’on a tendance à en faire un tabou, surtout à cet endroit, surtout entre un(e) ado et son parent, le sujet est tellement intime. La plupart des parents accompagnent leur ado pour l’épilation des jambes, des aisselles mais pas pour la région pubienne, un sujet qu’on aborde plutôt avec ses copines. C’est aussi parce qu’il y a une différence générationnelle : les filles s’épilent l’intégrale, les mamans pas.
 

Les poils, c’est sale ?

La dermatologue Dominique Warocquiez parle très positivement des poils. Ils ne sont absolument pas sales, contrairement à ce que pensent de nombreux ados. Surtout avec les conditions d’hygiène dans lesquels nous vivons aujourd’hui. En plus d’être propres, ils sont utiles.

"Les poils de la zone génitale ont un rôle de protection, contre toutes les agressions extérieures, le froid, le chaud, la saleté, mais aussi pour conserver les sécrétions vaginales pour les filles et maintenir la surface de la vulve plus humide que la peau, parce que ça doit être comme ça.
Pour les garçons, ils ont aussi un rôle de protection, à la périphérie de la verge. Ainsi que pour la régulation de la température au niveau des testicules, ce qui est très important pour la formation des spermatozoïdes".

Ce rôle de protection est aujourd’hui en grande partie endossé par nos vêtements. On ne s’assied plus par terre, tout nu, dans la vie de tous les jours. Ce n’est pas pour autant que les poils ont perdu toute utilité, notamment parce qu’ils retiennent les sécrétions. En fait, on pourrait même dire qu’ils sont plus utiles chez les filles que chez les garçons, observe Marie-Laure Mathot.
 

Une remise en question de l’épilation

L’idée n’est pas de remplacer un diktat par un autre, mais plutôt de s’interroger, de s’informer.

Le premier conseil que donne Dominique Warocquiez aux parents d’ados qui veulent s’épiler ou se raser à cet endroit, c’est : "Tu n’es pas obligé, en fait, et certainement pas obligé de faire l’intégrale. C’est une mode, ne le fais pas parce qu’on t’a fait des remarques. Ce qui est plutôt normal, si on doit utiliser ce mot, c’est d’avoir des poils."

Ce questionnement est de plus en plus présent. Aujourd’hui, il y a des comptes instagram entièrement dédiés aux poils, des webséries… On voit même Angèle dans un clip se faire coller des poils aux aisselles.

On voit donc qu’il y a une remise en question de la norme sur l’épilation, sur le rasage.

Cette remise en question n’est toutefois pas évidente à l’adolescence, une période où l’on n’a pas trop envie de se démarquer des autres. Dominique Warocquiez conseille alors plutôt d’accompagner l’ado avec un bon matériel, propre, de lui montrer qu’il faut une peau saine, qu’il vaut mieux utiliser tel ou tel type de rasoir, qu’il ne faut pas se raser à sec, qu’il ne faut pas utiliser de crème dépilatoire sur ces zones fragiles,… plutôt que de le laisser tout seul, au risque de se blesser.

Car, dit-elle, se retirer les poils, peu importe la méthode, c’est toujours une agression pour la peau.

Bref, la première question à se poser, c’est : est-ce vraiment utile ?
Un sujet développé dans Le Ligueur de cette semaine.

 

>> Et pour en savoir plus

Le collectif Le Sens du Poil rassemble 5 étudiantes de l’IHECS, qui ont créé une websérie pour sensibiliser aux différentes pilosités et s’interroger sur cette question. On y trouve notamment un épisode sur l’industrie qui tourne autour du poil et sur les sommes folles que l’on consacre aux rasoirs, crèmes dépilatoires et autres cires. Elles montrent aussi que le poil est un sujet sérieux, politique, que c’est une sacrée charge mentale pour la plupart des femmes.

La websérie Libres ! sur Arte TV consacre l’épisode Gazon Maudit à ce sujet.

La websérie Poilorama, plus ancienne, sur Arte Creative, montre aussi que le poil est politique, incontrôlable, dans une société où l’on veut, justement, tout contrôler.
 

Ecoutez ici la séquence dans Tendances Première

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