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Prévention et cancer de la peau : quand faut-il s’inquiéter ?


Malgré les innombrables campagnes de sensibilisation, le cancer de la peau est à l’origine de 450 décès par an en Belgique. Chaque année, plus de 40.000 nouveaux cas de cancers de la peau apparaissent chez nous. Heureusement, la plupart d’entre eux peuvent être guéris s’ils sont détectés précocement. Mais certaines formes sont très graves, comme le mélanome ou le cancer à cellules de Merkel. Prévention, information, éducation et responsabilisation sont primordiales ! Explications avec Jean-François Baurain, médecin oncologiste à l’UCLouvain.
 

Les mélanomes sont la 5e cause de cancer et les chiffres ont triplé en 10 ans ! Cela n’étonne pas beaucoup les professionnels de la santé. L’origine du cancer de la peau est toujours la même : l’exposition aux ultraviolets, rappelle Jean-François Baurain. Et l’augmentation est due :

  • au fait que l’on s’expose plus.
  • au fait que l’on arrive à une génération qui a beaucoup été au soleil sans aucune protection, qui a aujourd’hui dans les 50-60 ans.
  • et enfin, au vieillissement de la population, parce que la majorité des cancers de la peau surviennent chez les personnes âgées.


L’éducation au danger des UV est primordiale !

Certains parents oublient de protéger leurs enfants, alors que c’est le premier geste à faire. Si les enfants sont conscientisés très jeunes, se protéger devient presque pour eux un réflexe, souligne Jean-François Baurain.

  • La meilleure protection, c’est le vêtement. Le chapeau, le t-shirt à manches longues, éventuellement avec des filtres à UV, sont la base.
  • La crème solaire à indice élevé, de 50, est le complément indispensable.
  • Il faut éviter d’aller à la plage entre 11h30 et 15h, surtout avec des jeunes enfants, en dessous de 10 ans. Les rayons ultraviolets après 15-16h sont beaucoup moins forts et permettent finalement un meilleur bronzage, plutôt que ces rayons très puissants qui vont juste provoquer des coups de soleil.
    Le soleil à son zénith délivre une quantité plus importante d’ultraviolets par centimètre carré. Ces rayons sont donc plus nocifs et comme ils sont de plus haute énergie, ils vont induire plus facilement des mutations dans le matériel génétique des cellules de la peau, et donc induire ces mutations qui, quelques années plus tard, vont induire le cancer.

Chez les adolescents, on constate un net relâchement au niveau de la prévention. Le message doit être rappelé ! Parce que les ultraviolets, certes, provoquent des cancers de la peau, mais ils vieillissent aussi énormément la peau.

Comme dans tout, pour le soleil, c’est l’abus qu’il faut éviter !
 

C’est quoi, un cancer de la peau ?

Parmi les types les plus fréquents de cancer de la peau, il y a les carcinomes basocellulaires, pour 70%, et les carcinomes spinocellulaires, pour 10% des cancers.

"Ils viennent de cette partie de la peau où il y a cette prolifération continue. Quand on va au soleil, les mélanocytes produisent le pigment foncé qui est la mélanine, qui va se déposer dans les cellules de la peau. Progressivement, la peau va se colorer et développer ce filtre naturel contre les ultraviolets.

Puis, le bronzage va disparaître avec le temps, parce que notre peau ne cesse de se renouveler ; il y a cette prolifération des cellules de l’épiderme, la couche superficielle de la peau. Et c’est de cette couche-là que proviennent la majorité des cancers."
 

Parmi les cancers plus rares, on compte les mélanomes (10% des cancers cutanés), très agressifs. Et plus agressif encore : le cancer à cellules de Merkel, qui provient d’autres cellules très spécifiques de la peau, et dont l’incidence est en augmentation très importante, note Jean-François Baurain. Il touche principalement la personne âgée, le diagnostic est souvent tardif et jusqu’à il y a peu, il n’y avait pas de traitement.
 

La crème solaire empêche-t-elle de bronzer ?

La crème solaire doit s’appliquer régulièrement, toutes les deux heures, et permet d’être exposé plus longtemps aux ultraviolets, avant d’avoir un coup de soleil. Elle protège donc la peau.

"Il est partiellement vrai que la crème solaire à indice de protection 50 vous fera moins bronzer que la crème à indice 20. Mais c’est surtout très faux, dans le sens où une crème solaire ne va pas vous empêcher de bronzer."

 

Quand utiliser l’indice 20 plutôt que l’indice 50 ? Si vous allez au soleil, en Belgique, à partir de 4h, dans un endroit ombragé, un indice 20 suffira largement. Si vous vous promenez plusieurs heures dans le sud de la France, il vaudra mieux appliquer un indice 50, recommande Jean-François Baurain.

"Beaucoup ne mettent pas de crème solaire, parce qu’ils trouvent cela contraignant, et parce que, jusqu’à il y a peu, elles étaient encore très grasses. Mais les fabricants ont énormément travaillé sur ces formes-là, qui sont aujourd’hui plus faciles à appliquer, parfois même sous forme de spray. Les indices, même jusqu’à 50 ou 100, sont beaucoup moins gras qu’avant, s’appliquent plus facilement et ne donnent plus cette impression d’être comme une sardine à l’huile !"

Plus votre peau sera bronzée, plus elle sera protégée. "Mais il ne s’agit pas de fréquenter les cabines de bronzage, comme dans les années 90 pour pouvoir s’exposer plus longtemps au soleil ! Parce que c’est la quantité cumulative d’ultraviolets qui va faire qu’à 70 ou 80 ans, vous développerez ces formes - qui ne donnent jamais de métastases - de carcinomes basocellulaires ou spinocellulaires."

Par ailleurs, ce n’est pas parce qu’on est bronzé qu’on est dispensé de crème solaire !


Les peaux plus claires plus fragiles ?

Les peaux claires sont plus sujettes au cancer de la peau, parce que la mélanine, ce pigment foncé qui nous protège naturellement des ultraviolets, est moins présente.

Les personnes à peau foncée sont naturellement mieux protégées contre les ultraviolets. Mais elles ont des besoins en vitamine D très élevés. Or on a besoin de soleil pour synthétiser la vitamine D, indispensable pour avoir les os solides et éviter l’ostéoporose plus tard. Plus on va vers le nord, moins on a de soleil. L’évolution a donc éclairci la peau des personnes qui vivent plus au nord, pour ne pas développer ces ostéoporoses.

A noter que la dépigmentation de la peau n’est absolument pas une forme de cancer. Elle provient justement d’une réaction immunitaire face à une agression qui a détruit les mélanocytes, cette protection naturelle. Il faut juste y appliquer plus de crème solaire et de protection, parce que le filtre naturel contre les ultraviolets n’existe plus.
 

L’importance de la prévention

Il faut faire peur, parce que ces cancers, lorsque je les vois arriver, ils sont souvent à un stade très avancé. Jusqu’à il y a peu la majorité de ces cancers étaient tout à fait incurables et moi, je vois ces personnes qui meurent de ces cancers. Et donc oui, faire peur, c’est éviter qu’on en arrive à ces stades-là.
Dire que la prévention coûte cher, je l’entends, mais l’avantage de ce cancer, c’est que juste avec nos deux yeux, ou avec les deux yeux de notre conjoint ou conjointe, on peut déjà faire de la prévention.

La prévention, c’est ne pas s’exposer et s’examiner de temps en temps, une fois par mois, tous les deux mois, pour repérer une tache ou une plaie qui ne guérit pas. Cela ne prend que 5 minutes. Et s’il y a un doute, on va consulter. Mais à partir de quand faut-il douter ? La difficulté de l’auto-prévention, c’est de savoir quand avoir peur !

Un nouveau-né n’a pas de grain de beauté. Ils vont apparaître avec l’âge, naturellement, jusque vers 40 ans. Puis ils vont commencer à disparaître et ce sont les kératoses qui apparaîtront autour de 60 ans. Ce sont des anomalies de la peau tout à fait bénignes, qui ne se transforment jamais en cancer. Elles n’apparaissent pas très vite.

Le mélanome, c’est en quelques semaines ou en quelques mois qu’il apparaît. Et il évolue, il grandit. Une lésion qui grandit n’est pas une lésion normale.

C’est subtil, mais il vaut parfois mieux aller voir une fois trop vite son médecin généraliste, insiste Jean-François Baurain. Il référera chez le dermatologue si nécessaire.

Et si vous avez beaucoup de grains de beauté, il conseille d’aller voir le dermatologue, qui décidera si un suivi annuel est nécessaire, ou si une visite tous les 2 à 5 ans suffit.
 

Les différentes formes de cancers cutanés

Le carcinome basocellulaire est la forme la plus fréquente de cancer de la peau. C’est une petite lésion, souvent un peu perlée, qui apparaît chez les personnes de 70 ans. Le traitement est purement chirurgical et permet la guérison à 99%. Le souci est que ces lésions sont souvent situées au niveau du visage, car liées à une exposition chronique au soleil, et parfois la chirurgie est compliquée.

Le carcinome spinocellulaire est un peu moins fréquent et touche également les personnes autour de 70 ans. Ces deux cancers sont plus fréquents chez les personnes qui ont eu une transplantation d’organe.

Le mélanome est le cancer qui provient des mélanocytes, les cellules qui produisent la mélanine, ce pigment foncé du bronzage. Il apparaît, pour la majorité, sous forme de taches noires en augmentation rapide. Dans 80% des cas, il n’est pas lié à la transformation d’un grain de beauté.
Dans 3/4 des cas, un diagnostic très précoce est possible. La chirurgie - l’excision de cette lésion - est suffisante. Parfois, on donne des traitements pour prévenir la récidive, qui sont souvent de l’immunothérapie, et qui sont très efficaces. Ces médicaments, qui existent depuis 5 à 6 ans en oncologie, stimulent le système immunitaire du patient, qui va lui-même attaquer son cancer et le détruire.

Le cancer à cellules de Merkel est très rare, moins de 0.1% des cancers cutanés. Il est très agressif, il fait partie d’une sous-classe de cancers à petites cellules, connus pour leur agressivité encore mal comprise. Elle est liée à une triade de facteurs : une infection par un virus, une immunodépression et l’exposition aux ultraviolets. Il prolifère extrêmement vite et le diagnostic est souvent tardif. La guérison est souvent plus compliquée.
 

Pourquoi les personnes âgées sont-elles plus vulnérables ?

Les personnes âgées sont plus vulnérables parce qu’elles sont souvent plus seules, il n’y a personne pour examiner leur peau et détecter d’éventuelles lésions. Et les cancers de la peau surviennent majoritairement chez ces personnes.

Clairement, ces personnes ne doivent pas voir peur de montrer leur peau. Une personne âgée avec une petite papule, une petite boursouflure rosée, qui grandit, développe peut-être un carcinome de Merkel. Elle doit consulter très rapidement un professionnel, insiste Jean-François Baurain.

Si j’ai un message à faire passer aujourd’hui, outre l’exposition rationnelle aux UV, c’est peut-être : ne soyons pas timides et osons montrer notre peau !

 

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