Tendances Première

Pourquoi la science n’aime pas les femmes

La science reste l’un des rares domaines qui résistent à la parité. En France, les chiffres sont implacables : la moitié des titulaires d’un baccalauréat scientifique sont des femmes. Mais elles ne représentent que 28% des chercheurs, un tiers des ingénieurs et encore moins dans certaines spécialités de type mathématiques et informatique. À rebours de la bien-pensance ambiante, Fabiola Flex dévoile des vérités que l’on ne veut pas voir.

___________

Pourquoi les scientifiques qui tentent de réfléchir aux effets néfastes, sur leur discipline, de la mixité à tout prix sont-ils réduits au silence ? Et s’il ne servait à rien de se battre pour faire plus de place aux femmes dans les carrières scientifiques ? interroge Fabiola Flex dans son livre au titre plutôt provocateur, Pourquoi la science n’aime pas les femmes (Ed Buchet Chastel).
 

Les femmes n’aimeraient pas la science ?

Les femmes étaient, jusqu’à il y a peu, totalement absentes des prix scientifiques internationaux. Le grand public, lui, n’en connaît qu’une seule, Marie Curie. On observe un manque d’identification potentielle des femmes à travers des personnalités modernes. Une chose est toutefois certaine, c’est que certaines femmes aiment la science et y réussissent très bien !

Toutes les sciences ne manquent pas de femmes, souligne Fabiola Flex. Dans le domaine de la santé, plus de 64% des étudiantes à l’Université sont des filles. Et la santé est une science aussi importante que les mathématiques, la physique ou l’informatique, surtout dans le contexte actuel. Dans les sciences qui ont trait à l’humain, les femmes sont majoritaires.

Les carrières de professeur de sciences sont également extrêmement féminisées. "On rentre là sur des choix personnels, des choix d’équilibre de vie. Et on sort un peu du sujet : est-ce que les sciences aiment les femmes ou pas."

Il y a une méconnaissance des métiers, dans leur ensemble, lorsqu’on est adolescent, et ce n’est pas particulièrement un problème lié aux sciences. Mais, en tant que parents, autorisons-nous suffisamment nos jeunes à s’imaginer dans ce type de carrière là ?

Des démarches ont été faites pour essayer de donner plus de visibilité à ces métiers et pour donner plus de possibilités aux femmes de pouvoir penser à ces métiers.
 

Le critère de genre est-il indispensable ?

Une étude publiée en 2018 montre que le fait d’avoir introduit des quotas hommes-femmes dans les commissions de recrutement académique n’a pas eu les effets prévus, n’a pas du tout favorisé le recrutement des femmes. Soit parce que les hommes du jury se sentent agressés par le fait qu’on introduise des femmes, soit parce que les femmes du jury ne voulaient pas qu’on pense qu’elles se favorisent entre elles.

Faut-il penser que les femmes sont victimes de la société, de stéréotypes insupportables ? Que malgré leur volonté, elles n’arrivent pas à intégrer les sciences ?

"Et là je dis, halte, prenons un peu de recul, calmons-nous. Y a-t-il vraiment un problème ? Est-ce vraiment si grave si on n’est pas à égalité 50/50 dans toutes les sciences en France ?"

Le problème est qu’on se focalise et qu’on arrive sur des extrémismes en matière de volonté d’avoir absolument 50% de femmes partout, souligne Fabiola Flex. "Sans s’interroger sur le fait de savoir si c’est vraiment le bon critère. Sans se dire : le fait qu’il y en ait plus dans les sciences de santé et moins en maths, est-ce que c’est vraiment un problème ? Est-ce qu’on n’a pas de questions plus importantes à se poser, comme le fait qu’on ne retient pas les bons scientifiques qui vont faire leurs recherches ailleurs, pour avoir des sous ? Est-ce qu’on ne devrait pas avant tout se poser la question du niveau global en maths, quel que soit le sexe ?"

Le critère de genre est-il le plus pertinent pour savoir ce qui est le mieux pour le pays et la société en tant que telle ? interroge Fabiola Flex. "J’ai un doute. Ce critère homme-femme est tellement simple. On se focalise dessus parce qu’il est simple, évident. Il y a certainement d’autres critères à prendre en compte."

Ces questions mériteraient peut-être avant tout un peu de bon sens.
 

Revoir la place des sciences dans la société

Pour expliquer le manque de représentativité des scientifiques, "il y a certainement une question de culture, observe Fabiola Flex. Aux Etats-Unis, le fait d’être scientifique a beaucoup de valeur dans la société. Les personnes sont fières d’être scientifiques. […] En France, les chercheurs ont souvent une image de personnes qui sont payées à ne rien faire ou qui ne rapportent pas vraiment. On préfère embaucher dans les entreprises des gens qui proviennent des grandes écoles plutôt qu’un docteur. Le mot docteur n’est pas très bien valorisé dans notre culture."

Il y a certainement un lien entre l’image du chercheur, son aura dans la société et le nombre de Prix Nobel. Les Etats-Unis dominent de loin.

Le problème est donc lié à la question de place des sciences dans la société, à ce stéréotype qu’on a sur les docteurs en général.

"Une grande partie de ce problème général, qui atténuerait même le questionnement sur hommes-femmes dans les sciences, serait de revaloriser les sciences, les doctorats, les carrières scientifiques, avec les moyens qui vont avec. Et je pense que toutes les petites questions annexes disparaîtraient de fait lorsqu’on aurait bien plus de gens investis, liés à ces domaines. L’essentiel étant que chacun ait envie de contribuer à faire évoluer la société, à apporter son grain de sel à la connaissance globale. C’est vraiment l’objectif général de la science. Et ça mérite vraiment autre chose que des petites questions hommes-femmes", conclut Fabiola Flex.
 

Ecoutez ici l’intégralité de l’entretien avec Fabiola Flex

Newsletter La Première

Recevez chaque vendredi matin un condensé d'info, de culture et d'impertinence.

OK