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Phobie scolaire : quand l'enfant a peur de décevoir

Phobie scolaire : quand l'enfant a peur de décevoir
Phobie scolaire : quand l'enfant a peur de décevoir - © Pixabay

Votre enfant est terrorisé à l'idée de devoir aller à l'école ? De la peur d’apprendre à la phobie scolaire, Bruno Humbeeck, psychopédagogue à l’Umons, nous éclaire.  

La phobie scolaire, c'est une peur effective de ne pas répondre aux attentes en termes de résultats et une peur affective de décevoir les gens qu'on aime. 


Une anxiété contagieuse

Ces sentiments sont difficiles à gérer pour l'enfant, surtout dans un contexte d'hyper investissement scolaire. Ses peurs sont parfois amplifiées par l'anxiété des parents.

L'enfant au départ n'a peur de rien, c'est pour cela qu'il faut tellement surveiller les tout petits. Mais si le parent manifeste des indices d'anxiété, la peur de l'enfant va s'y nourrir. C'est d'ailleurs comme cela que l'enfant inscrit sa peur comme étant quelque chose de nécessaire à son développement. Il s'appuie sur les émotions des parents pour agir.

L'origine de la phobie scolaire vient souvent d'un parent anxieux par rapport à la scolarité de son enfant. Il a peur que son enfant échoue ou risque d'échouer par des résultats un peu moins bons, anticipant en quelque sorte le décrochage.

La pression est énorme, dans une société qui multiplie le nombre de surdoués de manière artificielle, en considérant que les enfants hyperstimulés par rapport aux matières scolaires seraient des surdoués. Le problème est que lorsque l'enfant est présenté comme un surdoué, le risque de décevoir est accru, l'investissement peut devenir excessif.


Peur > anxiété > phobie

L'enfant, dans sa peur de décevoir, craint de ne pas être autant aimé que son frère ou sa soeur plus performant. La peur risque alors très vite de devenir de l'anxiété.

C'est un problème quand un enfant est anxieux pour réaliser des performances à l'école, car c'est contre-productif sur le plan pédagogique.

C'est d'autant plus dramatique quand cette anxiété se déclenche tellement souvent qu'elle devient une phobie et que l'enfant perçoit que toute immersion dans cet environnement scolaire est pour lui un danger extrême. 

La peur est une façon tout à fait positive de réagir aux dangers. Elle est construite, dans la mesure où elle s'appuie sur quelque chose qui a été nécessaire dans le développement de l'être humain, comme notre peur de l'araignée. 


Légitimer les peurs de l'enfant

L'école est quelque chose qui s'impose, mais face à une phobie, on doit parfois permettre des accommodements raisonnables. Cela commence par écouter la phobie, les émotions qui sont derrière, l'origine de la peur. Les peurs sont ainsi légitimées parce qu'elles sont comprises.

"Si la réussite s'évalue uniquement en termes de rapidité et de performance, ce n'est sans doute pas le critère le plus adapté à l'enfant. Par contre si la réussite passe par le fait qu'il préserve son plaisir d'apprendre dans tous les espaces où il est en mesure de l'installer, les critères sont alors beaucoup plus détendus", affirme Bruno Humbeeck.


La tolérance à l'échec

Parfois l'enfant se met lui-même en situation de phobie scolaire, parce qu'il entend la voix de son père ou de sa mère qui dit secrètement : sois parfait.e. Il a peur de se décevoir lui-même, de perdre l'estime qu'il a de lui-même.

Les enfants doivent être tolérants aux échecs. Il faut leur faire comprendre qu'ils peuvent échouer, mais 'mieux' ou 'autrement', et leur faire accepter l'idée que l'apprentissage n'est jamais qu'un tâtonnement, qu'on le réalisera mieux si c'est dans le plaisir.

Nous vivons dans une société qui nous met sous pression. Il faut accepter d'autres voies d'épanouissement que la stricte voie professionnelle, et tenter de se réaliser dans un espace de vie dans lequel on trouve intérêt et plaisir.

Au niveau de l'orientation scolaire puis professionnelle, valider les espaces dans lequel l'enfant choisit de se construire est une façon de le valider, lui. 

Ecoutez Bruno Humbeeck dans Tendances Première

 

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