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Nous sommes de plus en plus indifférents. Faut-il s'inquiéter?

L'indifférence nous rend sourds et aveugles
L'indifférence nous rend sourds et aveugles - © Jetta Productions Inc - Getty Images

Nous sommes de plus en plus indifférents. Faut-il s'inquiéter? Quelques réponses avec Jean Van Hemelrijck, psychologue et psychothérapeute

L’indifférence est très présente aujourd’hui.

L’indifférence est un mot que les psys utilisent avec prudence.

Dans une famille où il y a eu abus sexuel, l’autre parent indique souvent qu’il n’a rien vu même s’il a eu devant les yeux des indices qui auraient pu lui mettre la puce à l’oreille. Il était coupé de cette réalité, il ne la voyait pas.

C’est le même phénomène qui s’est passé durant la guerre où les Belges et les Allemands n’ont pas vu ce qui se passait. Les suiveurs, ceux qui n’ont pas pensé, pas réfléchi disposaient d’informations qui auraient pu leur indiquer la gravité de la situation.

Pourquoi ne voit-on pas ce qui se passe et qui est grave ?

C’est le thème du livre " Les amnésiques " de Géraldine Schwarz. Elle questionne le processus de mémoire français puis allemand. Elle montre comment l’Allemagne a fait un travail d’abord d’oubli pour ensuite se saisir de l’horreur, sortir de l’oubli.

En Allemagne de l’Est, où ce travail n’a pas été fait, on retrouve des foyers d’extrême droite. On mesure ainsi toute la puissance de la capacité de se remettre ou non en question.

L’aboulie

C’est un trouble qui se caractérise par une absence ou une diminution de la volonté.

Nous disposons de tellement d’informations, nous sommes confrontés, dans les JT, à tellement d’horreur que nous finissons par ne plus les voir.

Pour l’instant en Belgique, nous n’avons toujours pas de gouvernement. Des personnes ont été élues et puis il ne se passe rien. Comment un pays peut-il fonctionner comme ça ? Qui s’en émeut ? Qui se révolte ? Qui trouve ça inadmissible ? Nous regardons la situation avec indifférence. Nous sommes éteints, nous avons perdu confiance.

Comment expliquer cela ?

Selon Jean Van Emelrijck, nous vivons dans un état où on s’émeut des trous dans la route, des retards de train mais pas d’une absence de politique. Nous nous sentons dans une sécurité absolue, c’est d’une telle évidence, qu’on pense ne plus avoir besoin du politique.

Notre société fonctionne comme ça. Dans un groupe de gens, si quelqu’un pose une question qui ne trouve pas de réponse, quelqu’un ira sur google pour trouver la réponse. Il n’y a plus aucun moment où l’insécurité est présente.

En voiture, on ne se pose pas la question de trouver son chemin, le GPS prend le contrôle. L’ignorance a disparu. Nous vivons dans un état qui nous éteint, qui nous place dans une profonde indifférence. Ce qui nous touchera sera ce qui touchera directement à notre propre confort. Nous ne prenons plus suffisamment de distance avec la réalité pour la regarder : on ne voit plus, on n’entend plus, nous évoluons dans un confort qui nous rend indifférent.

La Belgique, un pays de confort et de sécurité absolus

Pour nous, c’est une évidence. Or, l’évidence n’existe pas. L’homme est le résultat de sa construction non de son état, explique Jean Van Emerijck.

Maintenir l’Etat en équilibre demande un travail régulier de réajustement. La société évolue, l’interdépendance entre les hommes n’est jamais faite de certitudes, elle est faite de question et de doutes. C’est là que la politique est fondamentale. Lorsque la population n’a pas de réponse à ses questions, qu’elle s’enfonce dans un état de léthargie, elle est susceptible de suivre le premier individu charismatique, hurleur qui amènera des réponses, des vérités. Et l’histoire nous a montré combien ça peut être dangereux.

Même sans gouvernement, nous continuons à nous sentir en sécurité, nous perdons de vue les conséquences, les répercussions que cette absence pourrait avoir.

Il faut continuer à réfléchir, à s’émouvoir, à râler.

L’acratie

L’acratie est l’absence de caractère, de détermination pour réaliser une action indispensable dans une situation donnée.

Nous sommes tous capables de réfléchir avec intelligence dans l’immédiat mais c’est beaucoup moins le cas pour le futur. Cette intelligence qui questionne le futur n’est pas individuelle parce qu’on n’est pas capable. C’est pourquoi la politique est fondamentale parce qu’elle a une réflexion d’interdépendance collective sur le futur.

Que préparons-nous à nos enfants ? Parmi nos obligations, nous avons celle qui consiste à dire que nous ne sommes pas d’accord avec cette léthargie. Ne soyons pas indifférents. Si nous nous sentons un peu coupables, nous amorçons déjà un début de réaction.

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