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Notre arbre généalogique à la lumière des tests ADN

Le succès mondial des tests ADN apporte une formidable dynamique autour de l’histoire de nos familles et de la généalogie. Chacun a désormais un accès direct à la découverte de ses origines, les généalogistes peuvent identifier des ancêtres inconnus, vérifier des parentés en remontant jusqu’aux Gaulois ou aux Vikings, et parfois même résoudre des énigmes telles celles de Louis XVII ou du fils caché d’Hitler. Quelles sont les origines de nos familles ? Comment se sont-elles construites à travers les siècles et les pays ?

Les généalogistes Jean-Louis Beaucarnot et Nathalie Jovanovic-Floricourt publient Quoi de neuf dans la famille ? (Ed. Buchet-Chastel).
 

Ce livre est le premier à relier la généalogie aux découvertes génétiques.

En s’appuyant sur de nombreuses histoires vraies, aussi étonnantes que bouleversantes (retrouvailles surprenantes, enfants substitués, secrets de famille…), il apporte aussi un décryptage précis de l’usage de chaque test ADN – l’interprétation possible, l’influence des grandes migrations, la lecture des chromosomes X et Y, la triangulation, l’épigénétique…

Le but du livre est de montrer ce que l’on peut trouver par la généalogie génétique.

 

Les tests ADN 'à usage récréatif' ?

Beaucoup s’intéressent aujourd’hui à ces tests, appelés par leurs détracteurs 'tests ADN à usage récréatif'. En particulier les jeunes qui s’en amusent et cherchent à retrouver par exemple leurs origines ethniques, en envoyant des échantillons d’ADN dans des laboratoires américains. En France, ces tests sont interdits.

Jean-Louis Beaucarnot rejette le terme 'récréatif'. "Vous avez à côté de ça d’autres publics, des personnes en situation très particulière, des adoptés, des enfants nés de PMA, des enfants de la DASS, de l’Assistance publique, qui eux, sont toute leur vie confrontés à un problème identitaire vital. Et là, ce n’est pas récréatif.

Vous avez aussi, en France, en Belgique, des millions de gens qui font de la généalogie et qui ont recours à ces tests dans le but de résoudre certaines énigmes auxquelles ils sont confrontés, ou bien d’aller plus loin et d’en savoir plus. Et là, ce n’est pas non plus récréatif."
 

Les tests ADN ne sont pas des gadgets

On fait parfois une mauvaise interprétation de ce qu’on peut attendre des laboratoires de recherche ADN, explique Jean-Louis Beaucarnot. Ce n’est pas du gadget ! La généalogie classique, qui permet de remonter ses ancêtres jusqu’au 17e siècle, demande déjà un savoir-faire, de l’apprentissage, des connaissances, des compétences, mais la généalogie génétique demande encore plus de compétences. C’est un métier ! On trouve encore peu de généalogistes génétiques en Europe, mais ils sont déjà très présents Outre-Atlantique.

Toutefois, certaines choses dans ce qu’on attend du test ADN sont de l’ordre du gadget, par exemple les origines ethniques, souligne Jean-Louis Beaucarnot. En tant que généalogiste, ce n’est pas ce qu’il vient chercher en pratiquant ce genre de test. Les laboratoires ont des panels qui sont trop pauvres pour obtenir ce type de renseignements, les statistiques sont trop floues.


Correspondances génétiques

L’intérêt des tests ADN n’est pas au niveau des origines ethniques, mais bien au niveau des correspondances génétiques. Ce terme technique désigne vos cousins génétiques, identifiés, qui ont eux aussi fait des tests et que l’on vous présente comme ayant avec vous des ancêtres communs, comme ayant hérité comme vous de l’ADN de mêmes ancêtres communs. Et cela ouvre beaucoup de pistes !

Le généalogiste fait un véritable d’enquêteur, croise des informations. Les gens, majoritairement des jeunes, qui font le test ADN pour s’amuser, reçoivent des informations qu’ils ne sauront pas décrypter. Heureusement, certains vont prendre le temps de se former, de se documenter et de pouvoir interpréter et comprendre.

Ceux qui sont faits pour la généalogie sont ceux qui aiment chercher. En généalogie génétique, c’est pareil. Il faut être disposé à comprendre et à apprendre.



Quid de la protection des données ?

Il ne faut pas trop craindre l’utilisation de vos données, de votre génome, par des sociétés qui testent votre ADN, rassure Jean-Louis Beaucarnot.

"Aujourd’hui, on s’expose partout, sur des tas de réseaux sociaux, sans aucune limite. Et tout à coup, là on a peur, peut-être parce que ça concerne le génome. Mais il y a des garde-fous. Il y a en Europe le RGPD, le règlement général de protection des données. Et au plan mondial aussi, les sociétés et laboratoires sont tenus de respecter un minimum de normes. Ils ne peuvent pas livrer vos données sans votre autorisation. Vous gardez la main sur vos données et pouvez demander qu’elles soient retirées."

Et rien ne vous empêche de travailler sous pseudonyme, pour protéger votre anonymat. A vous de voir si ça vaut la peine de prendre quelques risques.

Il est clair que pour un enfant abandonné, ou adopté avant l’heure de l’adoption internationale, ou issu de la PMA, l’enjeu est tel qu’il ne se pose pas la question. Tout comme la recherche sur des maladies génétiques, qu’il faut laisser aux généticiens, aux biologistes et aux médecins !

Certains labos proposent une assistance psychologique pour aider à faire face aux découvertes qui peuvent s’avérer bouleversantes, de façon positive ou négative.


>>> Jean-Louis Beaucarnot explique quelques cas étonnants. Écoutez-le ici ! >>>

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