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Nos ados sont-ils tous des pervers sexuels à cause d'internet ?

Sexe en ligne
Sexe en ligne - © JLGutierrez - Getty Images

Nos jeunes deviennent-ils des déviants sexuels à cause d’internet ? Tout ça mérite d’être nuancé. Le point avec Nicolas Zdanowicz psychiatre à Mont Godinne et professeur à l’UCLouvain

Les écrans sont vraiment coupables ?

Dans un premier temps, on constate que l’âge du premier rapport sexuel n’a pas changé depuis 1990, il se situe toujours aux environs de 17 ans. L’utilisation intensive d’internet n’a donc apparemment pas changé les choses.
Avant, les ados consommaient des vidéos ou des magazines pornos. On constate maintenant que leur consommation a fortement chuté au profit de sites internet. Il s’agit donc d’un transfert de moyen de communication mais rien ne prouve que cette forme de consommation soit plus importante qu’auparavant.

Qu’est-ce qui pousse certains ados à avoir une sexualité très branchée sur internet. Les causes sont multifactorielles :

  • La personnalité de l’ado
  • L’offre très diversifiée et accrocheuse d’internet
  • Le contexte familial.

C’est l’ensemble de ces trois facteurs qui pose problème.

D’après les études, les jeunes qui vont beaucoup sur internet se situent dans un contexte de pauvreté relationnelle dans leur famille avec peu de communication, des liens distendus, d’où l’envie de se réfugier sur le Net.

Beaucoup de jeunes sont sur les réseaux sociaux mais peu d’entre eux sont vraiment dépendants. Ceux qui le sont ont le même profil que les dépendants sexuels : difficultés relationnelles, peu d’estime de soi, peu de relations familiales.

Ça ne concerne que les garçons, pas les filles

C’est évidemment un cliché. Les filles sont tout aussi concernées que les garçons. Elles peuvent se trouver dans un cercle vicieux : leurs parents sont séparés, elles ont subi des abus sexuels, elles ont une vision positive de la pornographie, elles ont beaucoup d’expériences sexuelles et sont en recherche de sexe sur internet. C’est aussi une manière de renforcer le côté abus et dégradant recherché par ces jeunes parce qu’elles ont une représentation biaisée du sexe. Ce phénomène est identique chez les garçons.

La représentation du sexe

Les jeunes qui sont dépendants sur internet ont une vision de la sexualité très fonctionnelle, elle ne sert que le plaisir et l’affect est tout à fait mis de côté.

Cela change leur regard sur la sexualité et pose la question sur la manière qu’ils ont ou auront de construire leurs relations affectives.

Mais les études ne montrent pas clairement où se situent les causes : est-ce qu’il faut une conception particulière de la sexualité avec un manque affectif pour devenir accro ou est-ce internet qui déforme la vision de la sexualité ? Les études tendent à démontrer que c’est la manière particulière d’appréhender le sexe et qu’elle sera non pas nécessairement aggravée par internet mais au moins confirmée.

Ces ados ont très peu de liens sociaux. Leurs pratiques sur internet et la publication de leurs pratiques sur les réseaux sociaux n’ont qu’un but : chercher un maximum de "likes" pour augmenter leurs liens sociaux. Ils cherchent de l’affectif, du lien. Ce n’est pas internet qui est en cause, c’est la recherche sur internet.

Dans ce cas, les parents devraient se poser des questions : si les enfants cherchent des "likes" c’est qu’il leur manque quelque chose.

La prévention doit être affective : il faut leur parler plus d’amour et plutôt que de sexe, de respect, de leur futur en tant qu’adulte mieux dans sa peau avec une meilleure estime de soi et de meilleures relations avec les autres autrement que par sexe.

Redisons-le c’est la rencontre d’un jeune, dans un contexte particulier, avec ce type de contenus fournis par internet qui donne un mélange problématique.

Évitons les raccourcis et posons-nous les bonnes questions avant d’incriminer internet.

 

 

 

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